La pièce requiert son propre espace et son propre temps. Un certain protocole est présupposé. Pas plus de cinq ou six « spectateurs » – qui ne sont pas des spectateurs – présents en même temps. Les portables, les clefs, les sacs doivent être déposés à l’entrée. Il faut avoir réservé et arriver à telle heure précise, entrer ensemble dans l’espace où aura lieu la pièce. Mais celle-ci pourrait avoir déjà commencé. N’a-t-elle pas déjà commencé ? Et son commencement commence quand, précisément ? Les contours sont brouillés, et les mots, les idées.

« Sois nu quand tu sèmes, nu quand tu laboures, nu quand tu moissonnes, si tu ne veux pas, manquant de tout, aller mendier dans les demeures étrangères » (Hésiode). La scène est plongée dans le noir et bruisse de petits bruits. On pressent dans cet espace, amplifié du son de yodels lointains, que le jour va se lever. Le jour des « travaux et des jours ». Le jour du travail humain. Le jour des mains laborieuses de la journée d’homo faber. Une heure de besogne s’en suit, attentive et concentrée. Les gestes simples du labeur, les figures obligées des danses du folklore autrichien, patiemment formalisés, construisent la gestuelle abstraite d’une liturgie scénique à laquelle un danseur nu officie en solitaire. Un petit neveu montagnard de la grande Hannah Arendt épèle en gestes méthodiques La Condition de l’homme alpin.

Aujourd’hui s’ouvre le dix-septième festival Actoral qui se tiendra jusqu’au 14 octobre sur différentes scènes culturelles marseillaises (Montévidéo, La Friche Belle de Mai, les théâtres du Gymnase et des Bernardines, le MuCEM, le cipM, les librairies L’Odeur du temps ou Histoire de l’œil, etc.).
Fondé en 2001 par Hubert Colas, Actoral, Festival international des arts et des écritures contemporaines, c’est, pour cette édition encore, plus d’une centaine de rendez-vous en un peu plus de deux semaines dont beaucoup sont des premières françaises, des écrivains et artistes venus du monde entier pour présenter des propositions inédites, qu’il s’agisse de spectacles, de lectures, de rencontres et dialogues.

Mylène Benoit et Franck Smith © Jean-Philippe Cazier
Mylène Benoit et Franck Smith © Jean-Philippe Cazier

Dans le cadre du festival Concordan(s)e, la chorégraphe Mylène Benoit et l’écrivain Frank Smith s’associent pour créer Coalition, un essai chorégraphique qui mêle poésie et danse autour de questions autant esthétiques que politiques concernant le corps, la communauté, le On, le discours. Rencontre et entretien.

Anne Teresa De Keersmaeker n’est pas du genre à faire des cadeaux. Surtout lorsqu’il s’agit de favoriser la compréhension d’une œuvre. En proposant à l’Opéra de Paris un Così fan tutte dépouillé, dépourvu de décors et d’illustration, elle n’a pas facilité l’adhésion à ce vaudeville mozartien. A l’heure des réseaux sociaux, dire ou affirmer quelque chose n’est guère envisageable si l’on veut être entendu. De Keersmaeker ne propose pas non plus un de ces tourbillons qui aurait tout emporté sur son passage, dont elle s’est fait la spécialité.

Michel Foucault
Michel Foucault

« Anthropos apteros for days
walked and walked around the maze 
»

(W.H. Auden)

 

À l’automne 2010, Ben Evans est en résidence au Pieter Performance Space de Los Angeles. Il travaille sur Glorious Hole, sa nouvelle performance. Son travail patine un peu et il fait un pas de côté, comme un aparté au public d’un spectacle encore absent, pour « donner un peu de contexte ». Comme un acteur qui a un trou, il occupe le silence. Le geste propitiatoire de tourner une vidéo répète par anticipation le principe de Glorious Hole : comment, en tournant autour, sauter par-dessus un trou ?

Amandine André et AC Hello photo : JP Cazier
Amandine André et AC Hello photo : JP Cazier

Amandine André et A.C. Hello font partie des nouvelles écritures du champ poétique contemporain, un champ où elles s’inscrivent et qu’elles redéfinissent de manière singulière – quitte à s’interroger sur leur appartenance à quelque chose qui serait la poésie.
Rencontre et entretien fait de croisements entre la littérature, la politique, la performance, la langue et ses dehors, la danse, la lecture, Danielle Collobert, la bibliothèque verte, Deleuze ou Bukowski.