« Il faut tenir, et courir, s’élancer d’une enceinte à l’autre. Papillonner, flirter, continuer la discipline de légèreté. Tenter d’obtenir ce sentiment impur, inachevé et possible du chagrin heureux » confie sans transiger Christophe Honoré, dans l’une des plus belles scènes de Ton Père où, à la manière d’un cristal d’énamoration et de douleur apaisante, le cinéaste raconte, au début des années 1990, sa première vision à Beaubourg d’un spectacle de Dominique Bagouet. Sans doute ces quelques mots qui portent le doux souvenir du jeune Rennais d’alors qui venait comme une ombre tremblante à la capitale voir le spectacle d’un homme bientôt mort du sida pourraient-ils se tenir comme l’exergue confiant et la devise poétique même du splendide Plaire, aimer et courir vite, le plus beau film d’Honoré sorti hier sur les écrans.

Arthur Cahn

Parmi les premiers romans qui ont paru en ce début d’année 2018, sans doute Les Vacances du petit Renard d’Arthur Cahn s’impose-t-il comme l’un des plus remarquables et singuliers. En dévoilant l’histoire du jeune Paul Renard qui, le temps d’un été à la chaleur vacante, tombe amoureux d’Hervé, un homme mûr, Arthur Cahn offre un récit éminemment sensuel où s’affirme une décisive initiation à la fiction et à l’écriture.
Diacritik a rencontré Arthur Cahn le temps d’un grand entretien pour évoquer avec le jeune romancier, également cinéaste, ce premier roman qui s’impose comme l’une des réussites de ce début d’année.

Claude Simon (1913-2005), victime malgré lui d’un canular réactionnaire

Claude Simon, ce serait, décidément, mort ou vivant, l’éternelle bataille de la phrase. Telle serait la conclusion hautement morale et finement désabusée qui viendrait conclure le canular dont chacun depuis lundi s’émeut : deux amis, Serge Volle, écrivain et peintre de 70 ans et un « ami écrivain très connu dont Volle ne veut pas dire le nom » affirment qu’aucun éditeur aujourd’hui « n’accepterait de publier Claude Simon ». Décision est alors prise d’envoyer 50 pages du Palace, roman de Claude Simon, à « dix-neuf éditeurs, petits et grands ». Le constat est sans appel : sur les 19 éditeurs dont le nom demeure un mystère dans l’histoire de l’humanité, 7 ne prennent pas la peine de répondre quand 12 le refusent au prétexte notamment de « phrases sans fin… qui font perdre le fil au lecteur ». La démonstration serait donc faite, et elle prendrait les allures d’un crime de lèse-majesté de la Littérature même : le Prix Nobel de 1985 ne pourrait plus être publié en 2017.

Je viens de passer une semaine chez mes parents, à Tarbes. Ce fut une semaine chargée, très belle et bouleversante, j’étais là aussi pour rencontrer certains amis de Guillaume, un garçon que j’ai connu et aimé et qui s’est suicidé, pendu, à 32 ans chez lui à Lannemezan. Mais de ça, pas envie d’en parler dans l’immédiat. Peut-être plus tard, peut-être dans un livre. On verra.

Christophe Honoré (DR)

Après presque douze ans d’absence de la scène littéraire, Christophe Honoré revient en cette rentrée de septembre avec sans doute l’un de ses plus beaux livres : l’inquiet et mélancolique Ton père qui paraît dans « Traits et portraits », la collection de Colette Fellous au Mercure de France. S’ouvrant sur la découverte par sa fille un matin d’un mot malveillant l’accusant d’être un mauvais père, Ton père dévoile un récit des filiations démultipliées où, à la narration policière qui entend bientôt trouver le calomniateur répond la splendide autobiographie en pièces détachées d’une jeunesse bretonne.
Diacritik a rencontré Christophe Honoré le temps d’un grand entretien afin d’évoquer avec lui ce livre qui s’affirme comme l’un des plus remarquables de l’année.

Julie Wolkenstein (DR)

Sophie et Paul — oui, « comme les personnages les plus célèbres de la littérature pour enfants. Comme dans la comtesse de Ségur. D’accord. » — se rencontrent, par hasard, gare d’Austerlitz, dans un Starbucks. Comme tous les clients de l’enseigne, ils doivent décliner leurs prénoms, , « familiarité de façade » et « connivence factice ». Sophie aime tromper son monde et s’inventer un nom, Pauline par exemple. Paul, lui, a dit s’appeler Gaspard. Pauline et Gaspard, deux prénoms de personnages de la comtesse de Ségur comme d’Eric Rohmer, ils en ont tant « en commun ».
« Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde », énonçait un célèbre incipit. « Où allaient-ils ? » : à l’IMEC, pour l’un comme pour l’autre, afin de consulter le dossier Rohmer. Leur enquête sur le premier film, inachevé et invisible, du cinéaste, une adaptation des Petites filles modèles est le point de départ des Vacances de Julie Wolkenstein, un roman qui n’a de cesse de dérouter son intrigue, pour le plus grand plaisir de son lecteur.