Adoubé par Craig Thompson qui signe la préface d’In Waves, AJ Dungo signe le roman graphique américain de la rentrée. Un voyage initiatique, le récit d’un double apprentissage. La pratique du surf élevé en mojo (qui confère à ses adeptes un pouvoir quasi mystique) et l’expérience du deuil. Un livre graphiquement envoûtant et fascinant d’intelligence et de sensibilité.

La critique abuse parfois du terme « jubilatoire » pour exprimer la joie expansive procurée par la lecture d’une œuvre ou pour décrire l’atmosphère régnant dans celle-ci. On n’osera donc pas recourir à cet adjectif souvent galvaudé (mais pourtant bien pratique) pour parler de La fin du monde en trinquant de Jean-Paul Krassinsky. Même si ce n’est pas l’envie qui manque…

Si Enki Bilal n’a rien perdu de sa fascination pour les ruptures, le chaos n’intéresse pas l’auteur de la trilogie des éléments, de la tétralogie du monstre et réalisateur de Bunker Palace Hotel et Tykho Moon. Après le BUG initial paru en 2017 —  premier tome d’un « cinq-shots » selon les mots de l’auteur rencontré vendredi dernier —, BUG 2 paraît aujourd’hui chez Casterman, promesse d’une série au long cours (en librairies et sur vos écrans).

En 2012, Jacques Tardi entamait un voyage dans l’histoire personnelle des Tardi père et fils : en retranscrivant (le terme d’adaptation serait trop impersonnel) les carnets de son père, le fils faisait œuvre de mémoire et racontait par le menu les silences paternels, la guerre et la capitulation éclair, l’enfermement dans un camp de prisonniers. Ainsi naissait Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB, une série de trois albums à laquelle Jacques Tardi met fin avec Après la guerre

 

Les contraires satyres : avec Extases (qui paraît le 6 septembre chez Casterman) Jean-Louis Tripp explore et expose sa part plus qu’intime, dans un récit autobiographique qui le dispute à l’autofiction et met en scène et en images la sexualité et la construction de soi, l’apprentissage et les fantasmes, le réel et l’imaginaire d’un auteur, narrateur et personnage principal.

Les amours adolescentes de Bastien Vivès ont une grâce empreinte d’une gravité légère, à des lieues de ses dernières réalisations. Et pour cause : l’auteur du Goût du chlore, de Polina, d’Elle(s) et Dans mes yeux, a délaissé les rings virils et futuristes de Last Man pour réinvestir le champ intime des amours de jeunesse.
Itinéraire d’un ravissement graphique et narratif.

Lorenzo Mattotti © Dominique Bry

Épopée, geste fantasmagorique, conte humaniste, Guirlanda de Kramsky et Mattotti emprunte mille chemins dans un seul but : célébrer l’amour, la tolérance et la différence, l’espoir et la beauté.
Entretien avec le dessinateur, peintre et illustrateur Lorenzo Mattotti. Où l’on apprend que le temps a été son allié, que Jerry Kramsky est un formidable metteur en mots et que la plume alerte de Mattotti peut se faire (un peu) politique.

Résistons d’emblée à l’envie de citer OSS117 expliquant que «le Soviet éponge» et évacuons la polémique et les questions de la trahison, du blasphème voire de l’hérésie pour ne pas avoir à nous demander s’il fallait ou non coloriser la première aventure de Tintin dessinée par Hergé : ce mercredi 11 janvier paraît en librairie le légendaire Tintin au pays des Soviets en couleur(s).

Brigitte Fontaine
Brigitte Fontaine est déroutante. Elle publie Boulevard des SMS, avec le dessinateur Alfred, recueil de maximes empreint d’une poésie résolument moderne. Sur ce Boulevard le trafic est dense, on y croise des papillons, Dieu, la langue française (« aphrodisiaque »), des femmes, des hommes, des bêtes, des cornemusiers, des mille-feuilles et même des tiroirs USB, comme un drôle d’autoportrait diffracté (même si l’image ne lui plait guère)… Brigitte Fontaine nous reçoit chez elle pour nous parler de ce drôle d’univers mais aussi de son admiration pour Bob Dylan, Prince ou Serge Gainsbourg. L’entretien est à son image, hors des clous et zazou, jusqu’à sa conclusion : elle nous fait écouter Kathleen Ferrier chantant Brahms, une de ses chanteuses préférées, avec Billie Holiday et Nina Simone. Décidément, Brigitte Fontaine préfère parler des autres pour se dire, l’une de ses nombreuses élégances.

Crépuscule des idiots

Le Crépuscule des idiots de Jean-Paul Krassinsky paru le 31 août dernier chez Casterman est une claque gigantesque, un livre intelligent, drôle et d’une acuité incroyable en ce dernier tiers d’année 2016… Fable animalière inspirée (entre conte japonais et récit d’anticipation post-moderne), Le Crépuscule des idiots dézingue les fous de dieux, les vrais faux-prophètes, les tyrans locaux qui se servent de et dans la religion pour asseoir leur pouvoir et asservir les masses (ignorantes ou non) ; Jean-Paul Krassinsky questionne le rapport au sacré, l’obscurantisme et la perversion des idéaux religieux au nom des stratégies et ambitions personnelles des autocrates et intégristes poilus…

En 1948, la publication de La Loterie dans les pages du New Yorker fait scandale. Le récit d’un monstrueux rituel païen dans un petit village de la Nouvelle Angleterre horrifie les lecteurs qui vont tenir pour la réalité ce qui n’est qu’une fiction signée Shirley Jackson (nouvelliste américaine majeure et dont le roman La Maison hantée sera considéré plus tard par Stephen King comme l’un des meilleurs romans d’horreur du XXè siècle).

Preview BD

Sacrifiant à l’exercice des previews, effets d’annonces et autres marronniers qui présentent « les BD très attendues de la rentrée », coup de projecteur sur trois titres à paraître entre 31 août et le 15 septembre 2016 (et sur lesquels on reviendra plus longuement) : Le Crépuscule des idiots de Jean-Paul Krassinsky, Kobane Calling de Zerocalcare et Mort aux vaches de François Ravard.

Le dernier assaut est annoncé pour le mois d’octobre prochain : avec lui, Jacques Tardi entendrait livrer son dernier ouvrage consacré à la première guerre mondiale, thème indissociable et presque emblématique de l’œuvre du dessinateur. Entre 2012 et 2014, Tardi avait délaissé son univers de prédilection avec deux albums qui racontaient d’autres batailles, un autre combat. Une autre guerre : Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB.