Au crépuscule des terribles années 60, frappé de stupeur et de fulgurance, Michel Foucault l’avait écrit à Pierre Guyotat, alors que sommeillaient déjà en lui les prémices du très bel Idiotie qui paraît cette rentrée : « L’histoire immobile comme la pluie » traverse, comme un intangible point fixe, les pages les plus terribles du romancier. Car, de Tombeau pour cinq cent mille soldats jusqu’à Idiotie, Pierre Guyotat, ce serait tout d’abord l’histoire d’un cri, couronné le lundi 5 novembre d’un Prix Femina spécial 2018 pour l’ensemble de son œuvre et Idiotie. Et du prix Médicis dès le lendemain, 6 novembre 2018.

«Nage libre » : l’expression est utilisée pour désigner les épreuves de natation dans lesquelles, autorisés à pratiquer la nage de leur choix, les compétiteurs optent unanimement pour le crawl en raison de sa vitesse de propulsion. Un crawl encore largement nouveau à l’époque où commence à le pratiquer, dans Souvenirs de la marée basse, la mère de la narratrice – au contraire de sa fille qui, pour sa part, préfère la brasse, la brasse coulée ou l’indienne.

Au crépuscule des terribles années 60, frappé de stupeur et de fulgurance, Michel Foucault l’avait écrit à Pierre Guyotat, alors que sommeillaient déjà en lui les prémices du très bel Idiotie qui paraît cette rentrée : « L’histoire immobile comme la pluie » traverse, comme un intangible point fixe, les pages les plus terribles du romancier. Car, de Tombeau pour cinq cent mille soldats jusqu’à Idiotie, Pierre Guyotat, ce serait tout d’abord l’histoire d’un cri.

Le projet de Cases départ est original mais limpide. En 72 séquences – chacune d’elles, un poème indépendant –, Luc Dellisse retrouve, à force de concentration et d’imagination mélangées, quelque chose de ce qui lui reste de l’année 1967, la première où il avait l’impression d’être vraiment en vie (rappelons pour la petite histoire que l’auteur est né en 1953 ; son enfance a donc été longue et heureuse – mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit en ces pages et les lecteurs des premiers romans de Luc Dellisse savent de quoi il retourne réellement).

« Il faut tenir, et courir, s’élancer d’une enceinte à l’autre. Papillonner, flirter, continuer la discipline de légèreté. Tenter d’obtenir ce sentiment impur, inachevé et possible du chagrin heureux » confie sans transiger Christophe Honoré, dans l’une des plus belles scènes de Ton Père où, à la manière d’un cristal d’énamoration et de douleur apaisante, le cinéaste raconte, au début des années 1990, sa première vision à Beaubourg d’un spectacle de Dominique Bagouet. Sans doute ces quelques mots qui portent le doux souvenir du jeune Rennais d’alors qui venait comme une ombre tremblante à la capitale voir le spectacle d’un homme bientôt mort du sida pourraient-ils se tenir comme l’exergue confiant et la devise poétique même du splendide Plaire, aimer et courir vite, le plus beau film d’Honoré sorti hier sur les écrans.