Cette tentation aberrante d’apporter un écho à tout ce qui nous fait signe… Cela pourrait être une belle contrainte, au sens oulipien : parler, même sommairement, de toute chose lue, vue, écoutée, avec laquelle un dialogue s’est amorcé. Mais c’est impossible d’y arriver, car il y en a trop : on doit renoncer à ce projet, à moins de se muter en spécialiste d’un seul domaine, ce qui est contraire à l’esprit du Terrain vague où l’on est plutôt en quête d’interactions.
Il y a cinq ans, annonçant sur Facebook les titres de deux chroniques à venir pour Diacritik – Blutch à Strasbourg : Dialogues dans un autre paysage ; John Cage & après – je précisais le « principe » qui les sous-tendait : « Il ne s’agit pas d’un journal tenu par un critique, mais d’un journal dont l’écriture est perpétuellement en situation critique, comme au bord du précipice. » Je retrouve ces mots dans l’espace Souvenirs de ce réseau social, sans être absolument certain d’être aujourd’hui en parfait accord avec eux. Mais si j’y réfléchis, il me semble clair que ce précipice se trouve tout d’abord – et même matériellement – dans la tête : dans l’espace mental que construit le rêveur du Terrain vague quand il esquisse ce « journal de lecture » dont les chroniques ici publiées ne proposent que des états provisoires.
Même quand il (se) dessine en couleur(s) – Thérapie de groupe, Le Combat ordinaire, Le Retour à la terre – Manu Larcenet est attiré par la noirceur, le gris et les ombres. Il y a donc une évidente logique dans son envie (son besoin ?) d’adapter La Route, chef d’œuvre de Cormac McCarthy. Le roman post-apocalyptique culte, couronné par le prix Pulitzer, adapté au cinéma se voit donc transposé en bande dessinée, par la grâce d’un Larcenet qui a dû prendre sur ses nuits pour restituer si brillamment le vertige et le désespoir de vivre des temps finis, la perte et l’absence.
Sous l’influence des crônicas de Clarice Lispector, une série de textes du poète américain Guy Bennett, publiés dans Diacritik tout au long de l’année 2024.
Une famille est à l’image d’une des scènes données à voir dès les premières minutes : Christine Angot réalisatrice s’introduit de force dans la maison de la dernière femme de son père. Depuis la mort de son mari, elle n’a jamais répondu aux appels de Christine Angot, n’a jamais essayé de comprendre, n’a jamais voulu savoir. Car l’inceste, c’est un peu cela, dans notre société. On a préféré, jusqu’à quelques années encore, ne pas en parler, ne pas entendre, ne pas écouter.
Art, politique, médias… C’est la revue de presse du Chutier.
Poète, essayiste, auteur d’une œuvre exigeante, traducteur, directeur de la revue L’Étrangère, éditeur, Pierre-Yves Soucy est aussi le créateur d’une œuvre graphique sous-tendue par un questionnement qui prolonge son œuvre poétique. Entretien avec Pierre-Yves Soucy réalisé par Véronique Bergen.
Le flûtiste Jean-Pierre Pinet, responsable de l’atelier de création musicale au conservatoire de Metz, écrit aussi des récits de fiction. Il publie en ce début d’année un recueil de nouvelles au titre explicite, Solitudes.
Ça commence par une réédition des quatre tomes épuisés de son Journal chez Delcourt le long de l’année 2022 ; ça continue avec la parution du Dernier sergent : les guerres immobiles en septembre 2023, album inédit qui fait suite. Fabrice Neaud revient, il reprend son cycle autobiographique là où il s’était arrêté avec le tome 4 publié en 2002 avec encore plus d’approfondissement dans la forme et le fond, malgré le haut niveau d’exigence déjà présent dans les quatre premiers tomes de son Journal.
À réception du catalogue des « 10 ans / 200 livres » de L’Atelier contemporain – ouvrage hors commerce de 488 pages format 16/20 cm, et, comme de règle chez cet éditeur, superbement réalisé –, comment ne pas céder à la tentation de faire le point avec celui qui en est l’âme et le maître d’œuvre principal, François-Marie Deyrolle ?
Neufs récits qui mettent en scène les tracas de la vie quotidienne vécus par des gens ordinaires de tous les âges de la vie et des deux sexes : homme, femme, enfant, adolescente, sénior. Neuf plans séquences focalisés sur un seul personnage, différent à chaque fois, placé face à un interlocuteur invisible mais présent par sa voix en off, nous introduisent dans des bureaux, parfois des salons, où se déroule un entretien entre un citoyen lambda avec un agent de l’administration lambda.