« On y pense ou on n’y pense pas », on tente de s’y préparer, on refuse d’y croire, « comme si l’envisager sous tous les angles permettait d’améliorer le pire, ou simplement d’y survivre ». Julia Deck écrit, dès les premières pages d’Ann d’Angleterre, comment elle a tenté d’apprivoiser l’inévitable (la mort de sa mère) avant de comprendre, le jour où sa mère a fait un AVC, combien ce training était vain. On ne se prépare pas à la disparition de celles et ceux qu’on aime.

Que peuvent les vivants pour les morts? Que peuvent les morts pour les vivants? Lydia Flem pose ces questions, les développe, les prolonge dans Que ce soit doux pour les vivants. Livre subjectif, intime, en même temps que réflexion, Que ce soit doux pour les vivants entrelace de manière singulière une forme d’autobiographie, de biographie, d’essai, autant qu’il accomplit quelque chose : garantir la vie des morts, créer des liens avec les morts, témoigner. Entretien avec Lydia Flem.

Le but d’Hélène Giannecchini n’est pas de définir abstraitement l’amitié. L’autrice s’efforce de penser celle-ci comme possibilité subjective, éthique, politique : En quoi l’amitié peut-elle être la condition d’un rapport aux autres et à soi ? En quoi l’amitié peut-elle être la condition d’un autre mode de vie ? En quoi l’amitié peut-elle être la condition d’une forme d’agir politique ?

Cinéma, écriture, dessin, art, poésie et bande dessinée au programme de ce vingt-cinquième épisode, se rencontrant – se frottant, s’entrechoquant – dans l’espace mental. On pourrait ne rien projeter sur le papier ou l’écran de ce qui s’est animé intérieurement à leur lecture, à partir de quoi se sont tissés d’inextricables dialogues lors de nos incursions sur l’autre scène. Mais en cet espace critique, il faut bien accompagner ces traces mémorielles de quelques notes concrètes ; donc brouillonner un minimum nos réflexions, avant qu’elles ne s’évanouissent dans le grand lac d’Oubli qui exerce au Terrain vague la même attraction que celui des Buttes Chaumont dans lequel plus d’un(e) s’est précipité(e) :

Cinéma, terre de contraste ! Une ville surpeuplée de gens seuls, des lumières artificielles qui aveuglent plus qu’elles n’éclairent, une société patriarcale où les hommes sont absents, une ouverture presque documentaire qui nous montre une vision réaliste de Mumbai où les âmes se perdent qui se mue en voyage initiatique passant du réalisme à l’onirisme, l’obscurité d’un village perdu où les êtres se retrouvent.

Foisonnant. C’est le premier mot qui vient à l’esprit lorsque l’on pense ou que l’on évoque l’univers des revues. On aurait aussi pu écrire vivant, fragile, nécessaire, engagé… surtout à l’heure du numérique, de l’éphémère, des contenus sous intelligence artificielle, du prêt à penser et des vérités alternatives.

. 23 septembre 2024. J’ai écrit il y a quelques semaines à propos de Thomas Clerc : « L’auteur et moi avons en commun d’être parisiens de naissance ». Mais ouvrant à nouveau Paris, Musée du XXIe siècle, le Dix-huitième arrondissement, je lis qu’il est né à Neuilly sur Seine. Me revient aussitôt que j’avais bien repéré cette indication à première lecture ; mais, ne l’ayant notée, je l’avais vite oubliée (leitmotiv : ma mémoire immédiate fout le camp). Cherchant à transformer cette bourde en petite pensée, je rumine que : S’il ne l’est pas de naissance, il l’est d’avant la naissance. Et de plus, Neuilly… Claude Ollier, qui y avait vécu quand il avait une quarantaine d’années dans une pièce minuscule et inconfortable, m’avait dit un jour : « Au fond, Neuilly, c’est Paris. » On est sans le sou de la même manière dans une chambre de bonne, qu’elle soit intra-muros ou dans un immeuble de la petite couronne.