La Femme existe (Rock Machine)

© LAURENT CHOUARD RM 24

La Femme est le passé, le présent et l’avenir de la pop française.

En somme, il y a tout au cœur de ce nouveau disque du collectif centré autour de Sacha Got et Marlon Magnée, toute La Femme dans Rock Machine le bien nommé, album kaléidoscopique dans lequel un auditeur peu attentif n’entendrait qu’un éclectisme opportuniste. Non. S’ils surjouent les clichés du rock 80’s en prenant des poses (comme dans le clip de Clover Paradise où une substance illicite initie un dangereux face à face métaphysique avec soi-même), ou qu’ils se moquent des attentes calibrées des médias lorsqu’il est question de diffuser une chanson (le délirant et hilarant I’m gonna make a hit), c’est qu’ils connaissent la chanson, qu’ils maîtrisent les mélodies, que leur ironie n’a pas de limites et qu’ils sécrètent une sacrée dose de confiance en soi. Cette nonchalance feinte, ce je-m’en-foutisme arty sont ici fascinants car ils sont le produit de véritables surdoués qui déroulent. Peut-être ont-ils lu Sun Tzu ? Attaquez à découvert mais soyez vainqueurs en secret.

© TIM AOUIZERATE

La Femme réussit là où beaucoup pêchent puisqu’on on leur pardonne tant : l’accent français sur les chants anglais dans la plupart des titres, notamment la prononciation « bye-bye Pary » et non une logique « bye-bye Parissss » irriguant le génial single Ciao Paris ! qui dit le désir d’accomplissement, de plus en plus partagé par les trentenaires, qui se tient dans un au revoir à la capitale : « if life is a beach, then I just want to go to swim, and stay with my friends, the fish and the sea ». L’enchaînement de deux chansons aux titres faciles et proches Sweet Babe et Yeah Baby. La nonchalance grammaticale de I believe in Rock’n’roll « I was thinking about the people / The people who believe in nothing / Because you must believe in something / And me, I believe in rock n roll ! » La référence super évidente aux White Lines de Grandamaster Flash dans White Night. On pardonne car La Femme s’amuse avec sincérité et ne pense qu’à ça. Elle n’aura probablement jamais d’enfant et le chante dans l’onde d’une mélodie lancinante et parfaite (Love si over) mais cela n’a aucune importance puisqu’elle a parfaitement conscience qu’il y aura toujours une de ses propres chansons à fredonner dans la solitude d’un soir de Noël.

SAM QUEALY RM 24

Dans My Generation, le constat est évident : « Nous sommes la dernière génération de l’ancien monde, allez ! », c’est simple, vrai, drôle. Rock Machine se clôt sur une ballade, insigne aux sœurs éparpillées dans tous les disques de La Femme ( It’s time to wake up / Psycho Tropical Berlin 2013, Le vide est ton nouveau prénom / Mystère 2016, Le jardin / Paradigmes 2021). Intitulée Amazing, elle illustre parfaitement ce que le groupe offre depuis le début de sa carrière discographique il y a une dizaine d’années : une surprise, un refus obstiné, délicieux et séduisant, de tout type de rang.

La Femme, Rock Machine, 13 titres, sortie le 11 octobre, Disque Pointu.