Malgré cent-vingt films, malgré le travail de sauvegarde et de valorisation du Centre Simone de Beauvoir, malgré encore une rétrospective qui lui a été consacrée à la Cinémathèque en 2007 ou le focus du Cinéma du Réel en mars dernier, l’œuvre cinématographique et les combats féministes de Carole Roussopoulos restent méconnus du grand public. Sans doute l’est-ce davantage encore concernant les engagements de son amie et camarade Delphine Seyrig, plus connue pour ses rôles dans les films de Resnais, de Demy ou de Buñuel.
Robert Frank s’est éteint hier, à l’âge de 94 ans, révèle le New York Times aujourd’hui. Né en Suisse, mort au Canada, à jamais dans nos imaginaires pour The Americans : cela suffirait à dire un être du mouvement constant, construisant son œuvre sur le déplacement.
Il y a peu, Charles Coustille nous donnait sous le titre d’Antithèses (Gallimard) les résultats de l’enquête pour le moins originale qu’il avait conduite parmi les grands auteurs français. Il y croisait les mondes littéraire et universitaire, en prenant l’exemple de quatre auteurs majeurs du XXe siècle (j’omets ici Mallarmé) qui s’étaient engagés dans le projet d’une thèse sans jamais aboutir. Parmi les cas passés en revue, le plus remarquable était celui de Charles Péguy, un Péguy que Coustille plaçait haut dans ses admirations tout en sachant que l’écrivain était à demi oublié aujourd’hui.
La saison des essais n’a pas encore débuté que Charles Coustille et Léo Lepage viennent déjà, avec Parking Péguy, de signer en cette rentrée littéraire l’un des plus remarquables et plus neufs essais critiques de ces dernières années. Parking Péguy interroge ainsi l’œuvre de Charles Péguy, son legs et sa postérité, à la manière d’une exploration, notamment photographique, de la France par les lieux qui portent le nom de Péguy.
Nos sociétés se reconnaissent à une « accumulation de spectacles » ; nous vivons dans nos écrans comme des papillons dans l’hypnose des lampes ; et malgré cette inflation de productions imaginaires, malgré cette boulimie d’images et de fictions, « notre part de création personnelle est devenue moindre que celle d’une blanchisseuse du XIXe siècle » (Leroi-Gourhan, 1965).
Roman plastique, installation impermanente, œil en quête d’histoire : tels pourraient être les différents sous-titres qui viennent spontanément à l’esprit de celles et ceux qui viennent d’achever la lecture de Rétine de Théo Casciani, premier grand roman qui paraît ces jours-ci chez POL, et très belle découverte de cette rentrée littéraire.
Le premier long-métrage de Romain Laguna, Les Météorites, est social et poétique, habité par le très terrestre comme traversé par l’immensité du ciel, par l’au-delà du ciel. Si le réalisateur filme la montagne, la terre, le vent, des personnages dont le microcosme pourrait aussi valoir en tant qu’image de l’être humain ici-bas, il inclut surtout dans ce film une nature dont la présence à l’image se double d’une immensité qui ne peut être filmée, qui dépasse l’Homme, sa perception, sa pensée.
Il y a un livre que je rêve d’écrire, de faire plutôt, ce serait celui des années 90, le parfum des années 90, ses formes et ses images, ses textures, ses musiques, les couleurs des années 90, son espérance et ses illusions, ses longues nuits, ses journées courtes, sa joie, ses pensées et ses mots, ses visages et ses corps, sa foi en l’avenir, son énergie, sa gaité, ses fantasmes, ses désirs, son ambition et ses morts, sa mort partout propagande, ma jeunesse. Le livre des années 90.
La déferlante Marvel n’a pas fait que des heureux : entre les cinéphiles lassés de voir débouler des super-héros en collants tous les deux mois dans les salles obscures et les fans exigeants discutant la qualité aléatoire des blockbusters ou sequels à répétition, les justiciers semblaient s’être ligués pour envahir les écrans jusqu’à l’overdose (voire l’ennui).
Nous avons découvert Max Porter avec La Douleur porte un costume de plume, fabuleux livre, d’une poésie dense et rare, plus qu’une histoire une atmosphère et un ton. Et voici Lanny qui, tout en s’installant dans le même espace noir et poétique, ajoute une pierre singulière à l’œuvre, de celles qui promettent de beaucoup compter.
Au gré d’un intermède charmant, nous voilà avec Marcel partageant les jeux de Gilberte aux Champs-Élysées. Duègne occasionnelle du garçon, la paysanne Françoise demande à ce dernier de l’accompagner aux water-closets sis depuis peu dans un bâtiment désaffecté de l’avenue.
Un des événements majeurs de cet été fut « Qui a fait le tour de quoi ? 20 mn avec Magellan » de Romain Bertrand. Prononcé au désormais incontournable Banquet d’été de Lagrasse, sur les coups de 19h19, dans la chaleur vespérale des Corbières, ce remarquable feuilleton historique, beau comme du Conrad, a fait revivre chaque soir devant un public conquis le premier tour du monde par Magellan.
Le roman d’Amelia Gray, Menaces, peut être présenté comme une intrigue policière. Quelqu’un est mort dans des conditions suspectes, et il s’agit de déterminer ce qui a eu lieu, de connaître les circonstances de la mort et ses causes. Quelque chose est arrivé et ce qui est arrivé est l’objet d’une enquête ayant pour finalité l’élucidation qui expliquerait et donnerait du sens. Or, le livre s’engage moins dans l’éclaircissement de la chose, du fait, que dans les méandres d’un monde mental producteur d’une errance, d’une obscurité, d’un dédale dans lequel se perdre.
Une fois encore, en cette rentrée, Julia Deck signe un grand roman avec Propriété privée qui paraît aujourd’hui aux éditions de Minuit. Dans ce quatrième récit, plus encore que dans les précédents, Julia Deck déploie avec grâce et férocité une critique sociale sinon politique aiguë de ce qu’on pourrait appeler des « bobos » épris de nature et choisissant de vivre dans un « éco-quartier » : le couple Caradec.