Lundi 21 avril 2025. Projection en avant-première à la Cinémathèque française du film d’Eugénie Grandval, Bulle Ogier, portrait d’une étoile cachée. Ce documentaire, qui agence extraits de films, archives INA, brèves analyses et témoignages recueillis par la cinéaste, sans faire appel à un(e) comédien(ne), ni commander de musique « originale », éclaire le parcours singulier de celle qui est devenue actrice « par hasard », de sa rencontre décisive avec Marc’O à son discret (et relatif) retrait, en passant par sept films avec Jacques Rivette – sans oublier quelques pépites signés Alain Tanner, Luis Buñuel, Daniel Schmid, Marguerite Duras, Eduardo de Gregorio, Werner Schroeter, Rainer Werner Fassbinder, Manoel de Oliveira (et quelques d’autres, dont son compagnon Barbet Schroeder) ; ou sa présence sur les planches, dans des mises en scène de Luc Bondy, Claude Régy, Patrice Chéreau… Bien entendu, tout n’est pas montré, mais ce qui l’est suffit à mettre en évidence sa grande économie de de jeu, sa justesse, sa grâce, son pouvoir de séduction, bref sa finesse ô combien touchante, qui font de Bulle Ogier une des actrices les plus mémorables de sa génération (diffusion prochaine sur Ciné+).

Le groupe de pop anglais Pulp vient d’annoncer son retour avec le single Spike Island dont le clip est une attaque en règle (mais pleine d’humour) contre l’utilisation de l’Intelligence Artificielle dans l’art, faisant écho aux nombreuses voix inquiètes chez les artistes concernés par le séisme sourd qu’elle constitue dans le domaine des droits d’auteur.

Avec Une femme sur le fil, Olivia Rosenthal démantèle la linéarité d’une forme littéraire, tire sur le fil de l’écriture et de l’existence en déplaçant nos repères narratifs. Grâce à des fragments numérotés de 1 à 1000, l’écrivaine délivre une œuvre inclassable, à la fois intuitive et réfléchie, où elle explore les violences intimes à travers la figure du funambule, mêlant interviews d’artistes de cirque et réflexions sur l’écriture. Elle donne à voir une pensée qui s’élabore et se corrige continuellement, jusqu’à susciter le vertige. Entretien.

« Qui peut encore, aujourd’hui, rencontrer des gens capables de raconter quelque chose avec rectitude ? » La question inquiète de Walter Benjamin, à une époque où « l’expérience a subi une chute de valeur », se pose encore lorsqu’il s’agit de définir la nature de celle proprement poétique, en particulier à l’heure où l’économie tout entière, sinon celle du livre, semble tenter d’en dévaluer la portée.

C’est après avoir longé, en autostop, la frontière américano-mexicaine que Sylvain Prudhomme écrit et publie Coyote. Tissant paroles, polaroids, récits et influences cinématographiques, il rassemble les vérités qui coexistent dans la zone traversée. Comment rendre ces rencontres sensibles aux autres, aux lieux, à ce qu’ils racontent pour se fondre en elles ? Coyote, composé d’éclats d’histoires recueillis par l’écrivain-passager, est publié chez Minuit, six ans après « On The Road », un reportage commandé par la revue America et paru en 2018. Entretien avec Sylvain Prudhomme.

Plus de 10 ans après son magistral mais un peu oublié « Mr Turner », et après son « Peterloo » que les distributeurs français ont oublié de distribuer (il y avait surement quelques niaiseries d’Emmanuel Mouret avec Camilla Jordana à nous infliger d’urgence), Mike Leigh, que l’on peut considérer (que je considère) comme le plus grand cinéaste britannique en activité, revient avec un film à la fois bouleversant et d’une pudeur salvatrice. Salvatrice car on avait presque oublié le sens de la retenue du réalisateur de Secret et Mensonges qui nous rappelle que l’on n’est pas obligé de chercher à faire pleurer pour faire monter les larmes aux yeux du spectateur, ni de se vautrer dans le pathos comme le premier Guédiguian venu pour que l’on entre en empathie avec les personnages.