Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
dans la nuit
un martèlement
de pas
nombreux
la réveille
lumière blanche
de lune gibbeuse
éclaire l’alentour
de la maison en terre
les pas s’arrêtent
l’Algérienne s’est avancée
pieds nus
jusqu’à la porte en fer
eux en arrêt
devant la porte
casqués
fusil entre les bras
comme on ferait
d’un nouveau-né
faux-frères
se dira-t-elle plus tard
qui
à travers la découpe
en forme de fleur
les observe
l’Algérienne
conjugue ses forces
à essayer
de ne pas trembler
de l’autre côté
les hommes
en tenue de camouflage
se remettent en marche
sous l’injonction
d’un ordre vociféré
un ordre d’avancer
qui déchire la nuit
elle s’adosse au mur
glisse doucement au sol
reprendre son souffle
c’est quoi cette guerre
quoi ce monde
à n’y rien comprendre
plus tard
l’Algérienne
rêve d’un cachot
d’une maison qu’elle a
fuie
et se réveille en pleurs
on peut donc pleurer
en dormant ?
B
la blonde a dormi
d’un sommeil de plomb
comme une souche
reprend-elle
énumérant les façons
dont on nomme
ce presque mourir
elle a dormi tard
il fait si chaud
où est-elle ?
où est le chien ?
déplie ses mains
puis étire ses bras
articule son corps
puis debout
à côté du lit de camp
(cette manie qu’elle
a désormais
de ne plus pouvoir
dormir dans un lit)
mesure sa solitude
non
ça ne se mesure pas
c’est juste la sensation
d’un squelette
qui se réajuste
le chien est apparu
joueur
mauvais jour
la blonde va d’une pièce
à l’autre
en culotte
seins nus
alors que
pourquoi pas toute nue
il fait si chaud
affalée dans un fauteuil
au siège canné
elle se dit : benjoin
au fur et à mesure
que l’encens
répand son parfum
vanillé
la blonde reprend
sa vie
en mains
les margouillats
translucides
sont figés au mur
nul insecte volant
à cette heure du jour
parfois l’un d’eux
tombe au sol
il pourrait tomber
sur elle
il fait trop chaud
pour bouger