Catherine Weinzaepflen : il suffit de traverser la mer (feuilleton/2)

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Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.

 

A 

dans la nuit

un martèlement

de pas

nombreux

la réveille

 

lumière blanche

de lune gibbeuse

éclaire l’alentour

de la maison en terre

 

les pas s’arrêtent

 

l’Algérienne s’est avancée

pieds nus

jusqu’à la porte en fer

 

eux en arrêt

devant la porte

casqués

fusil entre les bras

comme on ferait

d’un nouveau-né

faux-frères

se dira-t-elle plus tard

 

qui

à travers la découpe

en forme de fleur

les observe

 

l’Algérienne

conjugue ses forces

à essayer

de ne pas trembler

 

de l’autre côté

les hommes

en tenue de camouflage

se remettent en marche

sous l’injonction

d’un ordre vociféré

un ordre d’avancer

qui déchire la nuit

 

elle s’adosse au mur

glisse doucement au sol

 

reprendre son souffle

c’est quoi cette guerre

quoi ce monde

à n’y rien comprendre

 

plus tard

l’Algérienne

rêve d’un cachot

d’une maison qu’elle a

fuie

et se réveille en pleurs

 

on peut donc pleurer

en dormant ?

 

B

la blonde a dormi

d’un sommeil de plomb

comme une souche

reprend-elle

énumérant les façons

dont on nomme

ce presque mourir

 

elle a dormi tard

il fait si chaud

où est-elle ?

où est le chien ?

 

déplie ses mains

puis étire ses bras

articule son corps

puis debout

à côté du lit de camp

(cette manie qu’elle

a désormais

de ne plus pouvoir

dormir dans un lit)

mesure sa solitude

 

non

ça ne se mesure pas

c’est juste la sensation

d’un squelette

qui se réajuste

 

le chien est apparu

joueur

 

mauvais jour

la blonde va d’une pièce

à l’autre

en culotte

seins nus

alors que

pourquoi pas toute nue

il fait si chaud

 

affalée dans un fauteuil

au siège canné

elle se dit : benjoin

 

au fur et à mesure

que l’encens

répand son parfum

vanillé

la blonde reprend

sa vie

en mains

 

les margouillats

translucides

sont figés au mur

nul insecte volant

à cette heure du jour

parfois l’un d’eux

tombe au sol

il pourrait tomber

sur elle

 

il fait trop chaud

pour bouger