Les aventures de China Iron, de l’écrivaine argentine Gabriela Cabezón Cámara, est plusieurs livres à la fois : un conte, une utopie, un récit gauchesque, un roman d’éducation. Ce roman, finaliste de l’International Booker Prize 2020, est autant une critique politique qu’un récit écologiste, une aventure queer qu’un texte où la poésie entremêle les rythmes et forces naturels, l’Histoire, l’imaginaire, les corps. Il s’agit d’un livre où l’identité est subvertie, renversée, remplacée par d’autres relations au sein de ce qui est.

Il n’est rien de plus difficile que d’écrire sur un livre qui touche au plus intime. Rien de plus indispensable, non plus, puisque c’est précisément là que ce livre atteindra ses lectrices et lecteurs. Alors peut-être, pouvons-nous tenter d’aborder Valet noir de Jean-Christophe Cavallin par une citation, comme lui-même le fait au fil de ses pages qui tissent et construisent une écologie du récit — « frappé par la nature abstraite de l’absence ; et cependant c’est brûlant, déchirant. D’où je comprends mieux l’abstraction : elle est absence de douleur, douleur de l’absence — peut-être donc amour ? »

« Aujourd’hui, chacun l’aura compris, le caillou dans la chaussure, c’est la problématique du Covid. Malgré tous les dispositifs systémiques de veille sanitaire qui avaient été mis en place en temps et en heure, force est de constater que les signaux faibles de ce qui est peu à peu devenu une pandémie ont échappé à tous les contrôles.

De livre en livre, Iain Levison n’a de cesse de dépeindre une Amérique brute et meurtrie, hantée par son passé et où nulle rédemption n’est possible. Dans Un voisin trop discret (aux éditions Liana Levi), l’auteur d’Un petit boulot et d’Arrêtez-moi là explore une fois de plus la psyché américaine avec acuité et une bonne dose d’humour acerbe.

Si l’humanisme d’Albert Camus pouvait parfois paraître solennel (je le serai moi-même ici) et officiant, il n’avait pourtant rien d’une posture pour cérémonies. Aussi éloigné du cynisme que de la candeur, fondé sur un « goût violent de la justice », empreint d’une noblesse combative, l’humanisme de Camus refusait à la fois le confort des radicalismes mondains, les catéchismes révolutionnaires et le secours des horizons surnaturels.

Depuis le volume collectif codirigé avec Julien Piat La Langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon (Fayard, 2009), les travaux de Gilles Philippe, professeur de linguistique à l’université de Lausanne, ont profondément renouvelé l’étude du style et donné à la stylistique, discipline jugée vieillotte et devenue mineure dans les programmes littéraires, la place qu’elle mérite.

Les éditions Hors d’atteinte offrent une nouvelle fois à la lecture un livre singulier qui, cette fois, ouvre sur cette Afrique du Sud si fascinante : l’autobiographie de Trevor Noah, Trop noir, trop blanc. Une enfance sud-africaine dans la peau d’un métis, traduction française de Born a Crime : Stories From a South African Childhood par Michael Belano et Marie Hermann.

Si dans la grande tradition du cinéma social anglais, Be Happy explore l’existence d’une jeune citadine de la middle class britannique du début des années 2000, cette convention réaliste a ceci de singulier qu’elle est vite détournée du simple portrait de classe au profit d’une fable burlesque où le personnage de Poppy prend valeur de métaphore éclatante. Sorti en 2008, le film de Mike Leigh confronte le spectateur aux contradictions d’une société qui, tout en plaçant l’épanouissement personnel au cœur des aspirations individuelles, est prise de malaise quand un sourire vient à ne plus quitter un visage.

Jean Kaempfer s’entretient avec Caroline Lamarche (Nous sommes à la lisière, L’Ours, La Chienne de Naha, Dans la maison un grand cerf, etc.) dans le cadre du festival Littérature au Centre 2021, cette année en ligne en partenariat avec Diacritik. Une édition centrée sur « Littérature et animal ».