Jeudi 11 novembre 2021, le Forum des Images recevait Art Spiegelman pour évoquer la sortie de The Parade de Si Lewen et de Street Cop de Robert Coover aux éditions Flammarion dont il a respectivement assuré l’édition et réalisé les illustrations. La rencontre était animée par David Rey (Atout Livre) et Dominique Bry (Diacritik) tandis que Marguerite Capelle assurait la traduction simultanée. La venue d’Art Spiegelman en France est toujours un événement et le public ne s’y est pas trompé, venu en nombre pour assister à cet échange où l’on a parlé d’art, d’édition, d’illustration, d’histoire, de mémoire, de BD underground et d’underwears…
Récit politique, enquête, affolement de la narration et de sa possibilité, Des îles, de Marie Cosnay, est également un témoignage fondamental : témoignage pluriel de celles et ceux qui, du fait d’être immigré.e.s, exilé.e.s, « clandestin.e.s », du fait de chercher une vie ailleurs que là où les traités internationaux et les politiques racistes leur assignent une place, subissent un traitement indigne, inhumain ; témoignage de celle qui, écrivant, écoutant, regardant, est emportée dans un mouvement général qui la dépasse : mouvement de mort, mouvement de vie. Rencontre et entretien entre Mathieu Potte-Bonneville et Marie Cosnay.
« Personne ne peut dire d’où vient un livre et encore moins celui qui l’a écrit. Les livres naissent de l’ignorance, et s’ils continuent à vivre après avoir été écrits, ce n’est que dans la mesure où on ne peut les comprendre », soulignait Paul Auster dans Leviathan (1993), via son personnage Aaron.
Dû à Maylis Besserie et désormais disponible en poche chez Folio, Le Tiers Temps porte en bandeau le visage si caractéristique de Samuel Beckett. Visage sombre, ridé, buriné, séduisant aussi.
On connaît la distinction opérée par Pierre Desproges entre les rires français et british : « l’humour anglais souligne avec amertume et désespoir l’absurdité du monde. L’humour français se rit de ma belle-mère ». Alan Bennett, acteur, scénariste, réalisateur, romancier, bouleverse quelque peu cette définition pourtant lumineuse : l’humour anglais, tel qu’il le pratique, part d’une idée décalée, à la limite de l’absurde, et se rit de The Queen pour mieux servir, en arrière plan, une peinture sans concession du milieu littéraire et une apologie de la lecture dans ses infinis pouvoirs de subversion ; Sa Majesté, prise de passion pour la lecture, en délaisse ses obligations royales, se joue du protocole et de l’étiquette, pire, en vient à prendre des notes, à écrire et à profondément revoir son rapport aux monde et aux autres.
Un appartement sur Uranus est notamment construit autour de l’analogie entre la transition de genre et la migration. Mais se dire « migrant », alors que l’on possède un passeport européen, pourrait relever d’une ignorance de ses propres privilèges en tant que citoyen européen et personne blanche.
Aulus, Pyrénées, Ariège. Terminus. Fin de l’étroite et sévère vallée. Au-delà, abrupts, le roc, la montagne. De ce terminus, Zoé Cosson va faire son point de départ, son premier roman. Elle va dessiner, magnifiquement, « le portrait rapiécé » de ce lieu, ainsi que celui « de ces corps qui peuplent les rues du village ».
Mais comment en viens-je à écrire sur « le phénomène woke » comme on aime à le qualifier ? Est-ce ce que je n’aurais pas mieux à faire, surtout si j’estime que justement il constitue un détournement stérile d’énergie, un lâcher de passions tristes vite confirmé par un détour sur les réseaux ou en compulsant un énième ouvrage avec son petit chapitre sur les identités ?
Moins une critique qu’une page de journal, des choses vues, notées, amassées, sans hiérarchie.
Dirigée par Carole Aurouet, la collection « Le cinéma des poètes » (Nouvelles Éditions Place) réunit des études brèves et stimulantes consacrées à de nombreux auteurs et à leurs rapports au cinéma. Desnos, Picabia, Duchamp, Roussel, Duras ou encore Michaux ou Aragon (liste largement non exhaustive) figurent au catalogue du « Cinéma des poètes ». Christelle Reggiani, à laquelle on doit de nombreuses études sur Perec et la direction de ses Œuvres en Pléiade, signe un Perec et le cinéma dans cette foisonnante collection.
Quand l’avion a atterri à l’aéroport de Hanoï, j’ai récupéré ma valise et je me suis approché d’un comptoir où un douanier fumait une cigarette et je lui ai dit en anglais que j’avais un vol pour Paris le lendemain matin
On aurait envie de prendre le titre du livre d’Emmanuèle Jawad, Interférences, comme une invitation à penser la survivance de quelque chose du spéculatif, mais non pour viser un au-delà du texte et l’excéder dans un commentaire, ni pour dire seulement qu’ici « on photographie l’appareil en train de filmer on la photographie qui regarde l’appareil en train de filmer » (vertige de la mise en abyme).