Les peintres abstraits sont des ascètes, des spiritualistes. « Il n’y a pas de mal à ça » disait Deleuze dans ses cours Sur la peinture (Minuit, 2023). Car l’âme des peintres abstraits est fondamentalement religieuse. C’est en tout cas ce qu’on voit chez Kandinsky, qui a beaucoup peint ça et beaucoup écrit ça… Il disait : « Du spirituel dans l’art » – qui est au final l’un des traités esthétiques essentiels du XXè siècle (Du Spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier, Folio Gallimard) ; un livre qui s’est écrit comme par lui-même, disait Kandinsky (quasiment sans même qu’il s’en rende compte, avec des notes qui s’étaient accumulées pendant plus d’une dizaine d’années)… Puis il avait écrit en allemand le récit qu’on peut lire aujourd’hui, Les marches, mais traduit du russe, car Kandinsky s’était auto-traduit dans sa langue maternelle – le russe – pour le faire éditer à Moscou, en 1918…
Ce qui n’était jamais arrivé, c’est d’avoir entre les mains Ce qui n’était jamais arrivé, de traverser un livre inouï qui nous révèle ce qui n’est jamais arrivé à la littérature : de se cristalliser (au sens de Stendhal) dans un livre-plus-que-livre qui nous arrive comme une grâce. Un livre dans lequel Hélène Cixous est taillée, un livre-robe qui se chahute, se bouscule, court dans les allées du Rêve.
Consacré à l’assassin de Jean Jaurès, Les Morts de Raoul Villain est autant un livre d’histoire qu’une réflexion en acte sur les limites du récit historique, un essai sur les rapports entre histoire et fiction, entre l’archive, les documents, et leurs marges, leurs manques. Qu’en est-il des vies qui existent dans ces absences ? Mais encore : quel point de vue également politique serait possible à partir de la figure de Raoul Villain ? Entretien avec Amos Reichman.
Dans un article retentissant publié dans Libération le 25 décembre 2023, Johanna Luyssen revenait sur un événement jusqu’alors relaté de manière biaisée : comment, le 16 novembre 1980, un philosophe renommé, avait assassiné son épouse dans les locaux mêmes de l’ENS Ulm. Il s’agissait pour la journaliste de rappeler le nom de cette femme, Hélène Rytmann, comme son parcours exceptionnel, et de dire hautement que ce meurtre serait aujourd’hui qualifié de « féminicide ». La journaliste a poursuivi son enquête dans un très beau livre, Les Fragments d’Hélène, qui vient de paraître.
Né en 1980, Cédric Le Penven vit et travaille comme enseignant à la campagne, dans le Sud-Ouest de la France. Outre un essai sur l’œuvre de Thierry Metz, poète encore trop peu connu à l’écriture pourtant saisissante de douleur mal contenue, il a publié depuis les années 2000 une douzaine d’ouvrages de poésie, livres dans lesquels on retrouve parfois quelques échos de ses conversations avec ses élèves mais également l’expression insistante de son besoin de nature. Ce ne sont pourtant là que contrepoints dans une œuvre poétique dominée par la difficulté à être avec les autres, avec soi-même, à devenir père après avoir été un enfant, un adolescent battu, jeté à terre, plus bas que terre.
Le Treize est le récit détaillé des attentats du 13 novembre 2015 (préparatifs, déroulement), dans l’esprit du « récit documentaire » ou du « document poétique » inspirés notamment des objectivistes américains.
Il s’agit d’un collage de rapports d’expertises, actes d’accusations du procès de 2022 auxquels Jean-Michel Espitallier a eu accès, enregistrements des appels du Samu et de la police, témoignages de victimes, médecins, forces de l’ordre, journalistes, paroles des terroristes (les titres de chapitres).
La toile de fond de ce récit est constituée du discours médiatique qui amplifie, par son incapacité à saisir entièrement l’événement, la sidération qui le frappe.
À la rentrée de septembre 2024, Flammarion a inauguré une nouvelle collection dans laquelle « universitaires et écrivains des nouvelles générations » proposeront « des enquêtes variées abordant la politique, la terre, le social et l’intime ».
Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
28 septembre 2025. Reprenant ce journal de lecture, rédigé, non au quotidien, mais à son propre rythme, imprévisible, je tente de me remémorer ce qui a pu faire de moi, dès l’enfance, un lecteur obstiné… Était-ce l’ennui ? Ou la difficulté de trouver le sommeil (ou peut-être le désir de le repousser) ? Sans doute un peu des deux, auxquels il faut ajouter la curiosité. Aujourd’hui, alors que je ne m’ennuie plus que rarement (après avoir passé du temps à apprendre les vertus de l’ennui à mes enfants), l’insomnie dévore plus que jamais mes nuits… Quant à la curiosité, elle reste vive, même si parfois déçue.
Pour la sortie de son second long métrage, Renoir, présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2025, nous rencontrons la réalisatrice japonaise Chie Hayakawa.
Du 8 au 12 octobre prochains se tiendra la 25e édition du Festival MidiMinuitPoésie organisé par la Maison de la Poésie de Nantes.
Trois ans avant qu’il ne partît dans la montagne pour rejoindre au Ban-de-la-Roche le bon pasteur Oberlin, étrangement bon d’une étrange bonté, Lenz distinguait encore, dans une lettre importante à Sophie de La Roche, les deux composantes opposées de la poésie : le Bildende, formateur et didactique, trop enclin au ton comminatoire et boursouflé, et le Tönende, lié à la musique sinon au chant.
Après Papa(Seuil, 2020), Régis Jauffret poursuit ses incursions dans la mémoire parentale avec Maman (éditions Récamier). L’entretien révèle un écrivain confronté simultanément aux secrets familiaux et aux bouleversements technologiques qui remettent en question l’acte même d’écrire. Entre révélations posthumes sur une mère au double visage et interrogations sur l’avenir de la littérature face à l’intelligence artificielle, Régis Jauffret explore les territoires où l’authenticité humaine résiste encore aux algorithmes.
Alors que la rentrée littéraire bat son plein, certains écrivains poursuivent loin des projecteurs une œuvre exigeante et discrète. C’est le cas d’Éric Chevillard, qui publie Ohé Pimoe.
Les derniers cours de Deleuze à Vincennes, l’université créée sur une décision du ministre de l’Éducation nationale Edgar Faure, en réponse au mouvement étudiant de Mai 1968 – où Gilles Deleuze disait se sentir vraiment spinoziste, soit prêt à admirer, à signer la phrase : « la mort vient toujours du dehors » ; ou encore : « la mort n’est pas un processus »…