Voici un romancier qui cite les Ecritures – en français, en latin ; aujourd’hui dans son roman Persona grata comme précédemment dans Pour les siècles des siècles, qui lui-même faisait suite à Rabalaïre, tous les trois publiés chez P.O.L (en 2021, 2023 et 2025) – chez P.O.L où l’on a aussi un théoricien des images, Jean Louis Schefer (1938-2022) qui dans son ouvrage Cinématographies (1998) développait l’idée absurde (disait-il lui-même) « d’une généalogie des images depuis la scène de Golgotha »…

Lire est une activité dévorante pouvant s’accomplir à peu près partout, de manière volontiers désordonnée ; c’est affaire de trous dans l’emploi du temps, et non d’organisation rationnelle des activités du jour. Écrire un journal de lecture, cherchant à retenir de petites pensées éphémères, en écho à des éclats de textes explorés avec plus ou moins d’acuité, l’est davantage encore – le moment heureux de cette activité étant celui du montage. Mais avant d’y parvenir, il faut griffonner, raturer, détruire, reprendre, se frotter à certaines limites, alors qu’en finir n’est pas au programme : on ne rend sa copie qu’en raison de ce qui a été paraphé sur le dérisoire contrat qu’on a conclu avec soi-même. Il s’agit toujours d’un exercice de la liberté dont il faut saisir les opportunités, quitte à en sortir un peu sonné – entre fatigue et perplexité.

Conan Doyle en Pléiade… On imaginait cela impossible, ne serait-ce qu’il y a une dizaine d’années. Lovecraft, oui, on est un peu moins surpris. Celui-là a une fibre littéraire qui le ferait accepter même par ceux que l’étiquette de la littérature de genre rebute. Et puis il y a son style et le genre, le fantastique (qui a toujours été le sous-genre le mieux accepté par la grande littérature – voyez Balzac, Maupassant, Borges). Mais Conan Doyle ?

3 octobre 2025. Encore et toujours Feldman sur la platine – l’inépuisable Morty, qui avait confié en 1967 au jeune Jean-Yves Bosseur (20 ans) : « Sincèrement, je ne pourrais pas vivre dans mon art. Dedans, j’y mourrais. Compris ? J’aime bien vivre, bien manger, j’aime vivre vite, parce que dans mon art je me sens mourir très, très LENTEMENT. » Cet entretien s’achevait par ces mots : « Il faut se tenir à l’écart des grandes villes ; trop de choses ; trop de choses stupides… » Bien entendu, Morton Feldman est mort à son domicile de Buffalo, dans l’état de New-York : cet écart n’était pas une coupure radicale.