j’ai des attentes très précises pour cette présidentielle
des attentes fondées
des attentes probables
d’ici au 24 avril 2022 je présage
attention mesdames messieurs
Si le livre de Liliane Giraudon implique une « dialectique poétique du fragment », celle-ci est pourtant bien peu dialectique du fait d’une logique du montage et du mouvement (ou des mouvements). Le livre est autant composé de mots, de phrases, que de chocs, de rencontres, d’écarts, de fuites. Tout y est mobile : mots, syntagmes, temps, identités, sens. La synthèse dialectique laisse la place à une étrange dialectique du déchirement, de la fragmentation, à des synthèses disjonctives. La « dialectique du fragment » n’efface pas le fragment, le fragmentaire, elle ouvre au contraire le texte à une polyphonie qui réalise une universelle fragmentation.
« Mr Biswas prit son petit déjeuner : des biscuits extraits de la grande caisse noire, du beurre rance, du thé tiède, sucré et fort. Shama, quoique indignée, se montrait fidèle à ses devoirs et correcte. À mesure qu’elle le regardait manger, son indignation se muait de plus en plus en un réflexe de défense. À la fin, elle était simplement grave.
Les historiens ont tracé les grandes lignes et les moments-clefs de la décolonisation : c’était le propos des trois premiers épisodes du documentaire, « C’était la guerre d’Algérie » de Georges-Marc Benamou et de Benjamin Stora, diffusés le 14 mars 2022. Toutefois, ils s’attardent peu sur ce qu’on pourrait nommer les faits culturels et socio-littéraires. C’est pourtant leur manifestation qui témoigne de l’effervescence d’une société et de ses aspirations profondes, même s’ils sont à l’initiative d’avant-gardes.
Autant le dire tout de suite : avec Rester barbare, Louisa Yousfi livre un texte important. Essai littéraire, manifeste politique du décolonial, force de l’écriture devant un monde qui s’effondre, réflexion sur l’intégration et l’assimilation, Rester barbare sonde l’irréductible d’une parole que l’Occident voudrait faire taire. De Mohammed Dib à PNL, de la littérature au rap, Louisa Yousfi pose la barbarie comme puissance esthétique et politique positive contre la rhétorique macroniste, lepéniste et zemmouriste de l’ensauvagement. Une nouvelle voie se dessine pour qui écrit : elle est ici. Autant de nouvelles perspectives sur lesquelles Diacritik a souhaité interroger avec Louisa Yousfi le temps d’un grand entretien.
Ce que j’attends de l’élection présidentielle (et des législatives qui suivent) c’est une modification du rapport des forces qui composent le champ politique.
Depuis plusieurs mois, déjà, je travaille sur les journaux ouvriers du XIXe siècle, ceux qui ont été écrits, publiés, imprimés, entre les deux révolutions, celle de 1830 et celle de 1848. Ce sont des gens qui ont combattu le despotisme avec une énergie hallucinante, en écrivant des poèmes, en écrivant des romans, en faisant de la critique, en construisant des barricades, aussi en portant des toasts révolutionnaires, car les repas pris en commun entre partisans étaient la seule occasion possible pour eux pour dire publiquement leur engagement.
Depuis soixante ans, la France et l’Algérie ont, en principe, séparé leurs destins, tout au moins en ce qui concerne le régime politique qui gérait la colonie et qui avait nécessairement des retombées dans l’hexagone. Chaque pays honore sa temporalité à sa façon. Si l’on parle plus volontiers, en France, de la date des Accords d’Évian, en Algérie, on évoque la date de l’indépendance.
Dans En France (2014), Florence Aubenas rappelait cette question constamment posée aux journalistes par leurs lecteurs : « pourquoi cette histoire et pas une autre ? » Chaque fois, répond-elle, « un événement », « incendie ou élection, meurtre ou mariage, peu importe, quelque chose ». Et le reportage surgit « dans cette zone d’opacité-là, entre des questions et des réponses qui ne coïncident pas ». Ainsi est né L’inconnu de la poste, enquête de six ans sur un fait divers saturé de questions sans réponses qui sort en poche chez Points.
Le titre ci-dessus, « c’est vous l’écrivain », est la jolie formule qu’utilisa Jérôme Lindon lorsqu’il accueillit le jeune Jean-Philippe Toussaint pour le première fois en ses bureaux. Il avait beaucoup aimé La Salle de bains, qu’il allait publier et qui connaîtrait d’emblée un grand succès. Mais s’agissait-il de sa part d’une remarque gentiment moqueuse ? Ou bien d’une véritable apostrophe identificatrice ?
Étrangement je n’ai jamais, de toute ma vie d’électrice, ressenti une telle urgence politique et à la fois jamais je n’ai nourri moins d’espoir en des élections présidentielles. J’ai toujours eu une certaine réserve quant à une forme de « mirage présidentiel », de foi en une personnalité forte qui sauverait la situation, préférant bien sûr me concentrer sur les programmes et les équipes permettant de les mettre en œuvre. De ce point de vue, la cinquième République qui centre le pouvoir autour de la fonction présidentielle me semble dépassée.
Vers les terres vagues est le récit d’un voyage autant que celui d’une expérience sensible et politique dont le lieu privilégié est la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Entretien avec Virginie Gautier.
Changement de saison. Il est grand temps de circuler plus librement dans le Terrain Vague. Chacun le fera à sa manière, tirant le fil de ses obsessions, tout en gardant un regard ouvert sur ce qui arrive, sous forme de message adressé, ou par hasard, retenant ce qui s’est fait prendre dans la toile que tissent ces déambulations. Mais ce n’est pas en critique que le diariste chemine : plutôt en compositeur, ou en dessinateur – il faut être les deux pour élaborer une partition qui tienne à la fois la table et le mur (le carnet de notes et l’écran).