Comment arriver à ces transparences ? Comment faire que ce soit si solide alors que c’est si liquide ? Regardez le naturel des coulées, on a l’impression que la toile n’a pas été touchée, jamais, regardez, elle est engendrée mais incréée.
Category Archive: Le journal d’Olivier Steiner
Olivier Steiner est écrivain. Il tient ici un journal dans le journal, intempestif.
Il expliquait les choses avec ses mains. Comme si ses mains tenaient un discours parallèle à celui de la voix. Il me disait souvent — à moi mais pas qu’à moi, il le disait à beaucoup de personnes, de garçons et de filles — il disait donc : il faut travailler, jusqu’au bout, sans s’arrêter, jusqu’au bout.
Je te quitte. Je ne t’aime plus. Je ne t’aime plus parce que je te méprise, parce que je ne t’admire plus. Je te quitte, c’est fini. Prends soin de toi.
Séparation. Toute honte bue. C’est officiel. La solitude vient de gagner une nouvelle bataille.
Il se passe quelque chose. A chaque période de l’histoire il s’est passé quelque chose mais là, il se passe quelque chose. Je ne suis expert en rien, si ce n’est en phrases, et encore, pas sûr. Un jour Marguerite Duras a dit dans un entretien : Vous savez, je ne sais pas toujours très bien ce que je dis, ce que je sais, c’est que c’est absolument vrai. Ben voilà, je fais comme elle. Ce qui se passe ?
Je suis né le 15 février 1976 mais d’une certaine façon je suis né ce jour de 89, jour que je n’ai pas noté, que j’ai longtemps nié, j’ai voulu nier son caractère fondateur, j’avais 13 ans. J’étais précoce, j’allais souvent dans ce jardin public, j’avais remarqué que les hommes y marchaient d’une drôle de façon, avec une drôle de lenteur, cette lenteur était pleine de signes et de signaux, c’était fascinant à voir, un spectacle fou, tout un monde.
« A celui qui veut enterrer sa mémoire et ses dons, c’est encore la littérature qui s’offre comme terre et comme oubli. » Maurice Blanchot
Olivier Steiner :
Très beau, ce titre de ta dernière expo chez Dilecta, Quelque chose d’invisible n’en peut plus. C’est de Hélène Bessette ?
Une bouffée délirante on dira une bouffée délirante il aurait mieux fait de prendre un Tercian et de se coucher pourquoi salir le monde n’est-il pas déjà suffisamment pollué et puis ce truc de ne pas mettre de ponctuation on a déjà vu ça c’est déjà fait déjà vu et si bien fait Camille Laurens Nina Bouraoui pour ne citer qu’elles alors quoi une logorrhée une de plus un cri une litanie manie manie mais oui mais non des larmes des larmes je vous dis voilà des larmes tenues retenues de rage de désespoir de fatigue de nausée de mal de tête de mer de terre des larmes sans raison on dira pathologiques
Il est arrivé vendredi matin, pour le week-end. Il ne vit pas à Paris. Il neigeait le matin de son arrivée, aujourd’hui dimanche il fait soleil.
Comme l’air, l’espace, l’azote et le dioxyde d’azote, l’ineffable nous entoure tout le temps : c’est tel rayon de soleil à travers la branche qui bourgeonne dans le square, c’est tel regard dans le métro, le cri d’une mouette au-dessus de Paris, le bruit de la neige poudreuse sous les pas, celui des feuilles mortes au bord du grand canal à Versailles, une odeur de vin chaud, de cannelle, tel regard d’enfant qui s’appuie gravement sur vous, dans la file d’attente d’un magasin, vous ne savez pas pourquoi, vous ignorez ce que ça veut dire mais ça s’imprime en vous à jamais, c’est aussi la façon dont cette vieille dame monte dans le bus, telle pensée fugace qui vous fait rater votre station de métro, c’est enfin ce chaos dans la tête au moment de s’endormir, toute la tristesse et la fatigue du monde. C’est cela et tout le reste, c’est surtout tout ce qui échappe à la moindre définition, toute la musique aussi bien. Le silence avant et après la musique.
Olivier Steiner : Alors, cette grasse mat, terminée ?
Clément Bénech : Oui à peu près !
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Pourquoi, la question. Duras a longtemps été ma réponse. Pourquoi, la réponse. Duras sera toujours la question. Depuis le début Duras et ses phrases magiques, inaugurales. Phrases qui reviennent en boucle, écrites tracées sur la crête des mots, phrases tatouages sur une peau de lecteur ébloui : On écrit sur le corps mort du monde, corps mort de l’amour. Écrire c’est arriver avec la crise au bout de la crise.
Pourquoi, la question.
Duras, la réponse.