« Qui voit les rives de la Seine voit nos peines : on n’y trouve plus que les colonnes précipitées d’une fourmilière d’esclaves motorisés. » (Panégyrique, éditions Gérard Lebovici, 1989, Gallimard 1993)

Cette phrase signée Guy Debord me traversa l’esprit sans crier gare dans le bus 68 (c’est son vrai numéro). Dont la trajectoire trainarde à l’approche du tunnel du Carrousel laissait présager le pire.

Ce matin il y a du vent sur la mer et pourtant tout est déjà chaud. La télé parle en continu et en même temps que la radio et que les gens qui font la queue de partout. Les avions low cost font des allers-retours dans le ciel et déversent sur le Vieux Port des gens qui se ressemblent tous. Et qui se perdent comme ils peuvent dans les petites rues. Et qui cherchent un morceau de la mer. Et qui achètent des savons. En plein milieu d’une tempête de soleil qui bombarde tout.

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Si l’on en croit Christopher Hitchens (Dieu n’est pas grand. Comment la religion empoisonne tout, traduction d’Ana Nessun, Belfond 2009), « certains anciens Égyptiens croyaient que la sodomie était la cause des tremblements de terre. » Cela donne à penser sur la solidité de nos croyances et convictions d’aujourd’hui.

L’intimité est sacrée. C’est un « besoin vital de l’âme ». Même si Simone Weil ne l’a pas retenue dans sa liste qui en compte quinze (L’enracinement. Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain). Selon Simone Weil, après le besoin de vérité, « plus sacré qu’aucun autre », les besoins vitaux de l’âme humaine sont, dans l’ordre où elle les expose : le passé, l’ordre, la liberté, l’obéissance, la responsabilité, l’égalité, la hiérarchie, l’honneur, le châtiment, la liberté d’opinion, la sécurité, le risque, la propriété privée, la propriété collective.