L’engouement pour ou contre les romans de Bret Easton Ellis m’est resté étranger. En furetant dans mes étagères, je suis retombé sur Les lois de l’attraction, en poche. Date d’achat : 24/5/1995. Je n’étais pas pressé. J’ai dû par la suite emprunter American psycho, et Lunar park ou Suites impériales, je ne sais plus, en médiathèque. Pourquoi s’encombrer de livres dont j’avais plus ou moins décrété par avance qu’ils me déplairaient ? Le matraquage branché avait peut-être agi sur moi a contrario : l’atmosphère de soufre pasteurisé-marketé qui entourait l’auteur nourrissant mon scepticisme,  il me fallait étayer ma réticence, au moins jeter un œil sur les pièces à conviction.

Un jour, il y a longtemps, elle s’est mise à chercher. Obscurément chercher. Au début elle voulait être comédienne, elle pensait que c’était ça pour sa vie :  dire les mots des autres, leurs couleurs, leurs sentiments, puis non, elle a doucement arrêté, la réalité de l’actrice s’est effacée, elle a compris sans le comprendre, en ressentant plutôt, que sa recherche allait se faire ailleurs, autrement. C’est ainsi que Nathalie, mon amie du cours Florent, est devenue Vittoretti, un artiste peintre, dessinateur, plasticien. Vittoretti c’est un « il », c’est une « elle ». Une île, une aile. C’est neutre pour mieux embrasser.

C’est un de ces lieux de la nuit et du sexe quand ils se veulent illimités, c’est un bar qu’on pourrait dire un peu sordide ou glauque, dans le Marais ou ailleurs, Tel Aviv, Toulouse, à peu près partout, Paris. On peut dire bordel, on peut dire backroom, j’ai envie de dire le bar rouge, rouge. C’est un de ces lieux où l’on finit, la journée, la vie. On vient là comme un échoue, du verbe échouer, pour en finir, pour rencontrer ou retrouver quelqu’un, un corps et des corps, des morceaux de corps sans visages. On vient se vider, aussi bien. C’est vulgaire, et ça ne l’est pas. Il y a des pig, des cochons, des pigboy, et des solitudes. C’est sacré. Ce sont des frères qui se cherchent. Des tellement frères ensemble.

« Il faut prendre soin de ceux qui restent et enterrer les morts. On n’écrit pas autre chose. Des tombeaux.» Mathieu Riboulet

Tissage, reprise. Le beau rituel juif de la Queriah où il s’agit, après la mort d’un proche, de déchirer ses vêtements durant les sept jours du deuil. Lentement, délicatement. À l’issue de ces sept jours, l’endeuillé doit recoudre les vêtements en prenant soin de laisser visibles les reprises et les coutures. C’est ce que je fais quand je saute un paragraphe. L’axe du regard est une aiguille.