Jour Un – Mardi 13 mai 2025.
Category Archive: Ciné, séries, télé
Jour Zéro – Lundi 12 mai 2025.
Arrivée à Cannes dimanche soir. Commencement des hostilités aujourd’hui.
Lundi 21 avril 2025. Projection en avant-première à la Cinémathèque française du film d’Eugénie Grandval, Bulle Ogier, portrait d’une étoile cachée. Ce documentaire, qui agence extraits de films, archives INA, brèves analyses et témoignages recueillis par la cinéaste, sans faire appel à un(e) comédien(ne), ni commander de musique « originale », éclaire le parcours singulier de celle qui est devenue actrice « par hasard », de sa rencontre décisive avec Marc’O à son discret (et relatif) retrait, en passant par sept films avec Jacques Rivette – sans oublier quelques pépites signés Alain Tanner, Luis Buñuel, Daniel Schmid, Marguerite Duras, Eduardo de Gregorio, Werner Schroeter, Rainer Werner Fassbinder, Manoel de Oliveira (et quelques d’autres, dont son compagnon Barbet Schroeder) ; ou sa présence sur les planches, dans des mises en scène de Luc Bondy, Claude Régy, Patrice Chéreau… Bien entendu, tout n’est pas montré, mais ce qui l’est suffit à mettre en évidence sa grande économie de de jeu, sa justesse, sa grâce, son pouvoir de séduction, bref sa finesse ô combien touchante, qui font de Bulle Ogier une des actrices les plus mémorables de sa génération (diffusion prochaine sur Ciné+).
Plus de 10 ans après son magistral mais un peu oublié « Mr Turner », et après son « Peterloo » que les distributeurs français ont oublié de distribuer (il y avait surement quelques niaiseries d’Emmanuel Mouret avec Camilla Jordana à nous infliger d’urgence), Mike Leigh, que l’on peut considérer (que je considère) comme le plus grand cinéaste britannique en activité, revient avec un film à la fois bouleversant et d’une pudeur salvatrice. Salvatrice car on avait presque oublié le sens de la retenue du réalisateur de Secret et Mensonges qui nous rappelle que l’on n’est pas obligé de chercher à faire pleurer pour faire monter les larmes aux yeux du spectateur, ni de se vautrer dans le pathos comme le premier Guédiguian venu pour que l’on entre en empathie avec les personnages.
Il y a peu de documentaires qui suscitent autant de réactions dans une salle de cinéma. Surtout un vendredi pluvieux à 15 heures. Très vite, pleurs, soupirs, réaction épidermiques, cris scandalisés. Car comment qualifier ce que le spectateur voit pendant 1h40 dans Black Box Diaries, sélectionné aux Oscar 2025 ?
Il y a trois films dans Les Guerres de Christine S. : le film lui-même avec des extraits de deux autres films de Philippe Vallois, Huguette Spengler, ma patrie la nébuleuse du rêve (1984) et On dansait sous les bombes (1994), un documentaire qui suit Christine Spengler lors d’un reportage qu’elle effectua au Liban. Plusieurs strates composent par conséquent ce portrait dans lequel on reconnaît le « style » d’un cinéaste.
Publié en 1949, Le deuxième sexe est une somme philosophique, anthropologique, sociologique, ethnologique dont l’ambition est de « regarder les femmes d’un œil neuf ». Si la force et les effets de ce livre ne sont plus à souligner, il est remarquable que ce livre ne cesse de faire retour et d’irriguer des courants et théories que Simone de Beauvoir n’avait évidemment pas envisagés.
Tardes de soledad, film documentaire d’Albert Serra : vu le 23 janvier dernier, sans prendre de note. Au moment où j’écris ces lignes, sept semaines ont passé, au cours desquelles le film a travaillé intérieurement : s’est métamorphosé, et sans doute en partie dissout. En parler n’est pas sans risque – l’écueil principal étant d’en rester aux premières impressions, alors qu’il faudrait se mettre en quête de détails non aperçus afin de dépasser le stade du jugement premier (souvent dernier chez les trop pressés).
C’est l’un des (trop rares) bienfaits de la vidéo à la demande ou du replay un jour de disette télévisuelle : tomber par hasard sur un film anecdotique qui ne révolutionne en rien le cinéma d’action (et le cinéma tout court, loin de là) mais qui se révèle être un bon divertissement. Bloody Milkshake est de ceux-là : un pop-corn movie qui entend littéralement déconstruire le film de genre en plus d’atomiser le genre masculin qui en prend plein la testostérone.
Récemment sorti en salle, Mon gâteau préféré est dédié par Maryam Moqadam et Behtash Sanaeeha « aux femmes honorables de notre pays qui sont montées en première ligne dans la lutte pour le changement social ».
« J’ai trouvé dans le Bauhaus l’expression la plus parfaite d’un art dégénéré » (Joseph Goebbels)
D’abord, il y a la musique… Symphonique, une ouverture, qui semble annoncer un thème, la sonate d’une musique de film. Mais voilà, l’ouverture ne se finit pas, elle se répète, magistrale, un peu angoissante. En tendant l’oreille, ce dont l’ouverture nous laisse le temps, on entend une multitude de sons, comme autant de pistes, comme autant de sujets. Elle annonce un film qui fait mine de raconter la naissance d’une nation pour finalement en être le requiem.
Ce 22 janvier, La Voyageuse, trente-et-unième long métrage du cinéaste sud-coréen Hong Sang-Soo, sort au cinéma. Il s’agit de sa troisième collaboration avec Isabelle Huppert (après l’inoubliable In Another Country en 2012 ; et La caméra de Claire tourné à Cannes en 2017). Le film a obtenu le Grand prix du jury à Berlin en février dernier. Je suis allé le voir pour la première fois le 28 novembre dernier, sortant comme à chaque fois de la projection tout sauf déçu, ce qui ne signifie pas qu’on ne puisse l’être. Il suffit de jeter un œil sur le « conseil des dix » des Cahiers du cinéma (n° 816, janvier 2025) – « chef d’œuvre » (une voix), « à voir absolument » (deux voix), « à voir » (trois voix), « à voir à la rigueur » (une voix), « inutile de se déranger » (une voix) et « non vu » (deux voix) – pour se rendre compte qu’une partie de la critique montre une forme de lassitude, pendant qu’une autre continue de s’enthousiasmer.
Ailleurs, partout, de Vivianne Perelmuter et Isabelle Ingold, serait une sorte de documentaire : « une sorte » car le film sort des cadres attendus du documentaire, comme il tend à sortir des cadres du récit, des cadres de la fiction, des cadres du visible cinématographique – comme il tend à sortir de tout cadre. Dans ce film, la traversée des frontières n’est pas seulement le thème, elle est aussi un principe esthétique et politique : traversée du discours, de l’image – un nomadisme qui emporte le cinéma, le dérègle, le réarrange pour une création particulièrement puissante, enthousiasmante.
Avant d’être un film d’animation, La plus précieuse des marchandises a été un conte, écrit par Jean-Claude Grumberg, paru en 2019 aux éditions du Seuil dans la collection La Librairie du XXIe siècle dirigée par Maurice Olender, disparu en octobre 2022. Pour son dixième long métrage, Michel Hazanavicius signe une adaptation forte et lumineuse d’un texte puissant et nécessaire. Avec une prise de risque supplémentaire : le réalisateur a dessiné tous les personnages et osé dévoiler au monde une part jusque-là inconnue de sa palette de talents, voire de lui-même.
Comme souvent chez Ben Russell, les gros blocs d’images s’empilent un à un, cette fois pour construire Direct Action, un film-mur, solide et majestueux.