Depuis quelque temps, le terme « post-vérité » est employé pour référer à nombre de postures scandaleuses qui nient les faits et usent d’artifices rhétoriques et émotionnels pour manipuler l’opinion. Le couronnement de cette mouvance « post-vérité » se lirait dans l’élection de Donald Trump dont les mensonges de campagne furent incontestablement innombrables.

Depuis quelques années, Jean-Philippe Cazier se rend dans des manifestations et rassemblements, appareil photo en main, et, dès son retour, il publie, dans Diacritik, les photoreportages de ces journées. Tout dans son regard est singulier, de sa manière de viser et mettre au point aux détails qu’il retient, toujours aigus et signifiants, mais sans l’immédiateté lisse des photographies de presse qui se contentent d’illustrer ou de rendre compte d’un événement. Ce que saisit Jean-Philippe au contraire c’est ce qui dépasse, ce qui sourd — des gestes, des expressions du visage, des mouvements. Son œil écoute. Il rend visible et audible ce que nous ne voyons ou n’entendons pas, ou pas forcément, ou pas comme lui. Le livre que publient les éditions Lanskine, Vous fermez les yeux sur notre colère, révèle cette dimension singulière de son travail photographique comme la force politique inouïe d’un engagement qui ne passe pas par le militantisme. Le livre accueille son lecteur, de même qu’il donne des visages et des noms à celles et ceux que l’Etat tente d’invisibiliser ou museler. Ce sont toutes ces dimensions, esthétiques comme éthiques et politiques, qu’un entretien avec Jean-Philippe Cazier tente d’aborder.

Chaque événement important – naître, mourir, devenir amoureux, tomber malade… – est à la fois parfaitement exceptionnel et terriblement banal. Chacun est unique et universel. Il existe pourtant quelques cas qui basculent manifestement d’un côté ou de l’autre. Le nazisme, par exemple, est une singularité absolue. En ce sens, il n’est justement pas un exemple. Il n’y eut qu’un nazisme dans l’histoire. Au contraire, le fascisme, même s’il réfère originellement à un moment politique spécifique de l’Italie du XXe siècle, présente certaines caractéristiques transhistoriques claires. Il y a une « essence » fasciste qui se manifeste ici et là et qui peut être reconnue. Ce qu’Umberto Eco nomme l’Ur-fascisme, le fascisme primitif et éternel.

Le 6 mars 2015, Christine Angot écrivait dans Libération : « ça sert à rien d’écrire des chroniques ». Neuf ans – presque deux quinquennats – plus tard, ce texte est toujours d’actualité. Ça sert à rien d’écrire des chroniques parce qu’apparemment tout le monde s’en fout. On a beau vouloir éveiller les consciences, interpeller, faire réfléchir, questionner, faire un pas de côté en usant de l’ironie ou en y allant frontalement pour mieux tenter de toucher les esprits et faire bouger les lignes, il semblerait qu’en cette fin juin 2024, ça n’a effectivement servi à rien.

Voici ce qu’un songe ardent, derrière le front, m’incita à écrire.

Plutôt que des « barrages » contre les idées et les pratiques d’extrême-droite, ce sont des passoires que les social-démocraties du 21ème siècle ont délibérément construites. Une manière de trier dans la panoplie du pire, non de l’empêcher. Comment voir autre chose que la prolifération du pire et ne plus indexer à ce dernier notre rapport à la politique parlementaire ? Qu’y peut ledit Nouveau Front Populaire ?

De plus en plus d’artistes travaillent avec du « vivant ». Le contexte écologique y incite. La naissance du bio art dans les années 1980 en avait amorcé le mouvement avec, par exemple, l’encodage d’un dessin dans l’ADN d’une cellule par Joe Davis (Microvenus, 1986). Aujourd’hui, la connaissance a évolué, les sensibilités ont changé et les dimensions éthiques, environnementales et sanitaires résonnent d’une toute autre force. Elles réactivent sous un jour nouveau la question : tout est-il permis aux artistes ?

Alors que, depuis octobre 2023, ce qui se présente sous les allures d’une riposte contre le Hamas se révèle être une entreprise de nettoyage ethnique, voire génocidaire, que les États et institutions internationales ne prennent aucune mesure efficace, que certains gouvernements participent en livrant des armes, en criminalisant toute dénonciation de la politique de l’État israélien, Elias Sanbar, dans La dernière guerre ?, explicite ce qui se déroule sous nos yeux, détermine les responsabilités, clarifie les termes, esquisse les lignes possibles d’un futur peut-être commun.

Dire qu’on attendait qu’il se passe enfin quelque chose au cours de la 49e cérémonie des César est un euphémisme. Depuis l’annonce de l’intervention programmée de Judith Godrèche au cours de la soirée de ce vendredi 23 février 2024, depuis l’édition de 2020 qui avait vu Roman Polanski récompensé personnellement par deux fois pour J’accuse (!) et Adèle Haenel se lever et quitter la salle… on attendait au minimum de la compassion, des remerciements, peut-être de la solidarité, pourquoi pas une prise de conscience…

« Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d’une autre vie ! » Chateaubriand

Les observateurs aux yeux perçants ont sans doute noté avec perspicacité à quel point depuis quelques mois la question écologique avait changé de substance dans le discours des journalistes, des politiques et des militants, voire dans les paroles des citoyens ordinaires. On parlait de « transition » et désormais on parle de « soulèvement ». On parlait de « réformes » et maintenant on parle de « révolution ». Depuis que la question écologique fait à peu près consensus social, les enjeux semblent en effet s’être transformés radicalement : ce qui est en question dans les medias, dans les conversations, dans les livres, ce sont désormais les manières et les modalités de la « transformation » écologique [mot neutre] et non plus la pertinence ou la nécessité ou non d’engager cette transformation.