Les lecteurs fidèles de Jean-Noël Pancrazi savent depuis longtemps combien son enfance en Algérie, dans les années 50, l’a marqué et a nourri une grande partie de ses textes. En effet, né en 1949, dans un village de l’intérieur, près de Sétif, dans cette Algérie des hauts plateaux, une terre dure, loin des merveilles ensoleillées de la Méditerranée, l’écrivain a dû quitter son pays en 1962, dans des conditions dramatiques. Malgré son jeune âge, il a connu la guerre d’Algérie et reviendra souvent sur cette expérience où se mêlent les souvenirs heureux de son enfance mais aussi d’autres, douloureux, tant sur le plan familial (un climat peu harmonieux entre ses parents) que sur le plan historique : les attentats, les morts, la guerre civile qui fut, en définitive, pudiquement appelée pendant longtemps « les événements ». Conflit dont les blessures sont encore vivaces comme l’atteste l’actualité littéraire de cette rentrée.

Katharine Viner, rédactrice-en-chef du Guardian, avec le nouveau format tabloïd, crédit The Guardian

Lundi 15 janvier 2018 sera désormais un landmark dans l’histoire du vénérable et respectable quotidien britannique The Guardian, fleuron de l’indépendance journalistique et de l’investigation sans concession. D’une part le site du Guardian a fait peau neuve de manière claire, innovante et attrayante, comme le montre ce lien, d’autre part la version imprimée passe définitivement au format tabloïd, qui, jusqu’à un passé assez proche, demeurait l’apanage de la presse populaire, populaire selon les deux acceptions, à savoir vulgaire et qui plaît malheureusement à une majorité de lecteurs ou présumés tels. Le Guardian abandonne le broadsheet et, donc, le format berlinois, et entend briser ce carcan et ce monopole, comme l’avait fait il y a quelques années The Times et feu The Independent, dont la version papier a été totalement abandonnée.

Aurélien Barrau (DR)

Les conflits ne manquent pas. Les causes d’indignation sont légion. La violence est omniprésente. Et force est de constater que les prises de paroles, dans la très grande majorité des cas, visent à marquer le bienfondé de la vision de la communauté de celui qui s’exprime et à souligner l’ignominie de celle de ses adversaires. Que cette communauté soit ethnique, religieuse, intellectuelle, politique, nationale, professionnelle ou qu’elle se constitue comme intersection ou réunion de communautés éparses n’importe pas ici fondamentalement.

Le quotidien britannique The Guardian a établi, avant que 2017 ne se termine, un classement (loin être exhaustif) de ce qu’il considère être les meilleures fictions publiées en 2017. En tête de ce hit-parade arrive, sans surprise pour les lecteurs de Diacritik, le Booker Prize, dûment considéré comme magistral, Lincoln in the Bardo de George Saunders. Lequel est suivi par la toujours surprenante Arundhati Roy (second roman vingt ans après The God of Small Things), The Ministry of Utmost Happiness.

Vue de sa partie la plus occidentale, l’Union Européenne semble parfois composée de méchants et de gentils. Les évocations de la Pologne ou de la Hongrie s’accompagnent en particulier de subites poussées colériques et d’indignations. Il en va alors des valeurs démocratiques, du respect de l’État de droit, du progrès mis à mal par des régimes indignes de l’héritage commun. On se lamente qu’au cœur d’un ensemble déjà si fragilisé, refluent des politiques peu conformes avec l’idéal du moi européen. Pendant ce temps là, les rapports sévères et glacés du défenseur des droits à l’encontre de la France, comme les actions juridiques émanant d’associations comptent pour du beurre. Toute comparaison au sujet des libertés, du respect des conventions internationales ou de la dégradation partielle de nos droits se voit, soit écartée, soit reléguée à des différences de nature, sinon de degrés éloignés.

Paul Otchakovsky-Laurens

Je suis sans voix. Comme des milliers de lecteurs, et comme tant d’autres auteurs. Puisque le temps a choisi de s’arrêter aujourd’hui, avec la cruauté que l’on sait, je prends sans attendre le parti d’écrire, incapable d’agir autrement, et impatient déjà de retrouver les mots qui me liaient à lui.

Paul Otchakovsky-Laurens

« J’entretiens un rapport assez distant à la mélancolie » confiait, il y a quelques semaines, Paul Otchakovsky-Laurens à la sortie de son film Éditeur, alors considéré comme reviviscence d’un homme et désormais, depuis cet accident de voiture qui lui ôté la vie en Guadeloupe cette nuit, à tenir comme son lumineux et confiant testament. Car si la mélancolie et une puissante tristesse traversent et soulèvent chacun depuis l’annonce de son brutal décès, ce sentiment même de mélancolie n’affectait que peu cet éditeur qui, dans les 40 dernières années, a su définir l’un des plus beaux catalogues de la littérature française de la fin du 20e siècle et du début du 21e. P.OL., comme on l’appelait (terrible passé) et comme il figurait sur les couvertures de la maison qu’il avait fondée à la fin des années 1970, n’était pas un éditeur comme un autre. P.O.L. n’était pas seulement un brillant éditeur. P.O.L. était un des visages les plus ardents du contemporain : il était un des artisans les plus accomplis de l’écriture contemporaine, celui qui avait inventé, au quotidien, la littérature comme mode d’emploi.