Arpenter les routes, les rues et les sentiers. Multiplier les vues, les cas de figure, sans hiérarchie, sans typologie. Une somme de singularités, juste des individus, des paysages, des objets, pris à ce point précis de leur existence et de l’état du monde.
Auteur : Vivianne Perelmuter
Ce qui frappe avant tout à la maison de retraite, c’est l’odeur : un curieux mélange d’asepsie et de flétrissure. Pourtant, le lieu est presque neuf, d’une irréprochable propreté, le personnel est gentil, disponible, à l’écoute. Gabriel et toi êtes toujours bien accueillis. Ta mère a une chambre individuelle, assez vaste, au rez-de-chaussée, avec salle de bain attenante.
Ils n’étaient pas Gaulois mais ils se sont battus pour la France…
Demeurait le sentiment océanique. Béquille ou planche de salut : même dans les pires moments, la nature a toujours été pour toi source de réconfort et d’équilibre.
Fuir l’appartement déserté était une de nos priorités. Le samedi ou le dimanche, nous roulions. Toujours un peu vers les mêmes destinations : soif d’espace, de petit dépaysement, d’air. Dans la nature, libre de ses gestes, le corps content, Gabriel semblait épanoui et heureux (il l’est d’ailleurs toujours, maintenant, dans de telles circonstances).
Jusqu’au 21 octobre, se joue au théâtre des Amandiers Rêve et folie, long poème enténébré du poète autrichien Georg Trakl, dans une mise en scène épurée et romantique de Claude Régy. Une expérience singulière qui explore les potentialités du théâtre contemporain.
Tu es né et tu as grandi à Amiens. C’est une ville sans charme, assez laide, une ville de la « reconstruction » (60% du centre a été détruit durant la seconde guerre mondiale), connue seulement pour sa cathédrale et pour la tour construite par Auguste Péret dans les années 50. Les séquelles de la guerre sont toujours présentes.
Ma mère venait de rentrer en maison de retraite médicalisée. Vivre seule, à la merci de sa mémoire défaillante, devenait dangereux. Une place s’était libérée subitement et elle avait quitté Amiens du jour au lendemain, emportant juste quelques meubles et ses affaires. Tant que l’appartement n’était pas vendu, nous en profitions encore, mon fils et moi, quand je venais le voir.
Maman est folle / on n’y peut rien / mais j’veux pas qu’on la vole / ni qu’on l’emmène au loin, chantait autrefois William Sheller.
Vie et mort d’un animal, au lieu d’une silhouette illustre ou d’une figure minuscule. C’est à ce changement de perspective que Stéphane Audeguy nous invite dans ce roman alerte. Il y a là quelque chose comme un roman picaresque, mais sur le mode animalier : on traverse avec lui, par son regard, des strates sociales, on parcourt les mers et sillonne les terres du Sénégal à Versailles. Bien sûr, ce sont les hommes qui le mènent, qui orientent sa trajectoire, mais les hommes passent tandis qu’il reste le fil rouge du récit. C’est d’ailleurs l’une des qualités de ce roman : les hommes apparaissent et passent, deviennent des acteurs essentiels du récit, pour mieux s’évanouir, tandis que le lion Personne reste une basse continue du récit. Le roman est alors comme désaxé, et entraîne le lecteur dans des bifurcations imprévues.
Il faisait gris mais nous roulions pourtant vers la mer. C’était un samedi je crois.
Ce samedi 1er octobre, à Drouot, à l’occasion de la « Nuit Blanche », les Platonnes présentent La Banquette. Kristina Mitalaité et Nariné Karslyan, historiennes de la philosophie et de la religion et Nicole Miquel, photographe et performeuse, décident, en effet, de subvertir le Banquet de Platon et d’en faire une performance féministe. Ainsi naît La Banquette des Platonnes – projet monumental où chacun des sept discours du Banquet originel de Platon fait l’objet d’une réécriture soigneusement féministe et se présente en performance polymorphe, comme l’explique Nariné Karslyan :
Mon voyage était long et compliqué. Marseille – Amiens, puis location de voiture pour aller chercher mon fils à l’école le vendredi soir (il était scolarisé à la campagne, dans un petit village).
