Je passais ma vie dans les trains. Les TGV, les Corails Intercités, les TER… Je passais mon temps à anticiper, à prévoir, à réserver, à courir d’un espace à un autre.
Auteur : Laurent Deglicourt
Midi
Dans une réserve indienne
Du verbe « sauver »
18 heures 30
Dans un motel

Quand j’habitais Paris, nous allions souvent aux Buttes-Chaumont ou au Parc de la Villette. « Corvée de square », me disait un ami de l’époque qui ne cessait de se revendiquer père (ça devait plaire aux filles, c’était un grand consommateur…) mais était incapable de s’occuper de son fils.
L’envoi de paquets était fréquent. Des livres le plus souvent – Gabriel était un gros lecteur durant les années collège – et être son pourvoyeur te plaisait.
14 heures
Dans une réserve indienne
8 heures du matin
dans une réserve indienne
Du verbe « mixer »
9 heures du matin
Dans une réserve indienne
Ces moments que nous partagions, Gabriel et moi, étaient toujours incertains et précaires car menacés par le couperet de notre future séparation. Crainte de le quitter, crainte de lui manquer et donc de le faire souffrir, crainte de ne pas supporter le manque.
Durant deux étés, nous avons passé une partie de nos vacances dans la maison de la mère de ma compagne, en Isère. J’étais sauvage et ombrageux ; je m’y sentais comme un étranger mais la gentillesse de V., la beauté de l’endroit, la présence bienfaisante de la nature contribuaient à me civiliser un peu.
10 heures du matin
Haut dans les montagnes, près de la frontière avec l’Oregon
Avec le livre Fetish Ballad, tu signes – ou plutôt vous signez, puisque MagLau est une entité à deux personnages – un éblouissant voyage photographique dans le monde du fétichisme.
Gabriel savait être pénible. Il avait harcelé V., ma compagne de l’époque, pour qu’elle lui offre cette hache en bois. Elle avait cédé. Sitôt l’objet convoité obtenu, il s’en était bien sûr désintéressé. Un jour, trainant, morose, dans sa chambre vide, j’avais posé cette arme factice sur son oreiller rouge, comme un objet liturgique les jours de procession.
17 heures
Dans une réserve indienne
Avec Nocturama, Bertrand Bonello signe un film intense et nécessaire développant un point de vue parallèle sur le sujet sensible des attentats que nous connaissons en France et ailleurs. Pourtant, le film ne tombe pas dans le piège discursif ou dans celui du commentaire face aux évènements.