Je suis là, au milieu du monde, et ma conscience ne me souffle que des mots. J’aimerais en faire des légendes et pas seulement des noms, car la terre use tous les noms dans lesquels on essaie d’enfermer ses nuances et ses détails.
Auteur : Bernard Noël
Pierre Dumayet – Bonjour à tous, aujourd’hui nous sommes réunis sur ce plateau pour tenter de comprendre ce que veut dire écrire aujourd’hui. Pour débattre sur ce thème d’aujourd’hui nous avons invité des invités…
Chacun a son pays natal, mais ceux qui ont le même n’en ont pas la même image.
Il y a un tir, la couleur de ce tir et l’effroi qui l’a libéré, qui le diffuse lentement et, dans la couleur de ce tir, comme une infiltration où quelque chose de plus fort se décroche et parvient au-devant de son terme. Ce terme, qui n’est pas tenu d’aboutir quand bien même il serait visé, n’est que début ou chancellement quand la couleur surgit et quelque chose s’obscurcit, s’efface et surgit à nouveau dans une exclamation de pur effroi et la couleur, devenant effroi à son tour par contagion, gagne le corps au point où le corps se soumet et s’abjure et se vend au plus offrant, se déshabille et s’agenouille face contre terre.
Dans la lumière de fin de journée une photographie est posée sur un chevalet au milieu de la grande table en bois. Anne-Lise Broyer travaille, concentrée et silencieuse, crayon et gomme à la main. Avec un infini soin elle trace des sillons noirs puis les estompent pour faire frémir un bosquet de feuilles au premier plan de son image.
Où sont les morts, ces grands vivants labourant le ventre de la terre, semailles souterraines à l’abri des regards ? La grille annonce l’entrée dans un autre monde, la grille nous murmure qu’on va chez les morts sans risquer pourtant de les rejoindre. Un aller avec la promesse du retour, un simulacre de voyage sans mettre un pied dans le royaume des absents.
Le mot « public » désigne deux phénomènes liés l’un à l’autre mais non absolument identiques. Il signifie d’abord que tout ce qui paraît en public peut être vu et entendu de tous, jouit de la plus grande publicité possible.
Tous les jours, on surveille l’eau. On va voir ce qui sort de la Seine. Ce soir, on découvre sur les quais des batardeaux dont les bastaings ont été empilés la nuit précédente, et des murets de parpaings montés sans qu’on s’en aperçoive. On n’a rien vu venir. Ils sont drôles comme leur nom, mais on a le rire jaune quand on pense à l’eau qui pourrait s’insinuer dans nos maisons, qui remplirait d’abord les caves avant de diluer la terre des jardins, pour finalement tout recouvrir de noir. Depuis des jours, la pluie tombe et l’eau monte.
L’œuvre de Philippe Artières s’élabore à la croisée des sciences humaines et de la littérature, pour saisir l’ordinaire des existences anonymes, le bruit ténu des pratiques quotidiennes, à travers documents et archives : affiches, enseignes lumineuses, publicités et banderoles sont le territoire de cet auteur qui a fait de la notation et des graphies ordinaires son territoire.
Après la parution du grand entretien mené par Johan Faerber avec Philippe Vilain, auteur de La littérature sans idéal (Grasset), la rédaction a reçu plusieurs courriels demandant sinon un droit de suite, du moins la possibilité de réagir aux propos du romancier. Diacritik a choisi le texte de Catherine Serre (auteure et par ailleurs lectrice de Diacritik), qui livre une réplique en forme de partage. Une réflexion à partir des réponses de Philippe Vilain. Un rebond.
Sur le chemin d’une taverne, Breq trouve une personne à demi-morte gisant dans la neige. Breq la reconnaît : c’est un ancien militaire qu’il a connu il y a longtemps, Seivarden. Le narrateur décide de le recueillir pour le sauver d’une mort certaine, bien que s’encombrer d’une telle personne risque de l’entraver dans sa quête. Breq nʼest en effet pas sur cette planète par hasard : il est sur la piste d’une personne qui peut lui procurer un objet rare, précieux, et surtout extrêmement dangereux.
C’est ainsi que commence La Justice de lʼancillaire, premier tome d’une trilogie de science-fiction, paru en 2013 et couronné en 2014 de la plupart des prix du genre dans le monde anglo-saxon. Par Samuel Minne
Aussi peut-il être opportun de citer la description d’un bourg typique de l’Alabama, écrite il y a trois quarts de siècle par Clifton Johnson, photographe itinérant :
Nous qui nous rassemblons sur la Place des Innocents ce soir, nous sommes libres. Libres, nous choisissons de nous affirmer en tant que minorités en France à un moment où cette affirmation fière est plus que jamais nécessaire. Nous nous rassemblons ici ce soir, sur la place des Innocents, contre un monde qui s’acharne à nous effacer. Et pour nous imposer, nous avons besoin les uns et les unes des autres.
Ça me plaît que vous n’ayez pas le mal de moi.
L’événement a eu lieu, et il a suffi qu’il ait eu lieu. La pensée qui s’est ouvert un chemin à ce moment-là, à distance des mots et dans la chaleur de la vie, on cherche à la réduire, à la rentrer dans ce qui nous sert de culture journalistique, politique ou savante, à l’y ramener en usant d’artifices, des procédés mécaniques du jargon d’expert et même de la rhétorique et du style.