À l’horizon 2100, la Terre est fragile. Cinq astronautes trié·es sur le volet sont en partance vers Titan, le plus imposant des satellites naturels de Saturne. Dans les soutes de leur vaisseau, des cuves d’azote liquide contiennent le génome de plus d’un million d’espèces. Récit d’une échappée, suspendu entre vraisemblance et questions éthiques, anticipation, poésie et rigueur scientifique, Sister-ship saisit, questionne, et nous ramène à notre condition de Terriens. Entretien avec l’autrice, Élisabeth Filhol.
Auteur : Mélodie Faury, Isabelle Guérin, Tamara Noguès et Sylvain Salques
Avec Une femme sur le fil, Olivia Rosenthal démantèle la linéarité d’une forme littéraire, tire sur le fil de l’écriture et de l’existence en déplaçant nos repères narratifs. Grâce à des fragments numérotés de 1 à 1000, l’écrivaine délivre une œuvre inclassable, à la fois intuitive et réfléchie, où elle explore les violences intimes à travers la figure du funambule, mêlant interviews d’artistes de cirque et réflexions sur l’écriture. Elle donne à voir une pensée qui s’élabore et se corrige continuellement, jusqu’à susciter le vertige. Entretien.
C’est après avoir longé, en autostop, la frontière américano-mexicaine que Sylvain Prudhomme écrit et publie Coyote. Tissant paroles, polaroids, récits et influences cinématographiques, il rassemble les vérités qui coexistent dans la zone traversée. Comment rendre ces rencontres sensibles aux autres, aux lieux, à ce qu’ils racontent pour se fondre en elles ? Coyote, composé d’éclats d’histoires recueillis par l’écrivain-passager, est publié chez Minuit, six ans après « On The Road », un reportage commandé par la revue America et paru en 2018. Entretien avec Sylvain Prudhomme.
Il y a trois films dans Les Guerres de Christine S. : le film lui-même avec des extraits de deux autres films de Philippe Vallois, Huguette Spengler, ma patrie la nébuleuse du rêve (1984) et On dansait sous les bombes (1994), un documentaire qui suit Christine Spengler lors d’un reportage qu’elle effectua au Liban. Plusieurs strates composent par conséquent ce portrait dans lequel on reconnaît le « style » d’un cinéaste.
Le titre du dernier livre d’Alain Galan est énigmatique. On se demande ce que signifie l’expression « battue à l’abîme ». Puis, le sens de cette expression finit par s’éclairer : comme on frappe avec un bâton des buissons pour en faire sortir le gibier, il s’agit de frapper avec un croc de chiffonnier des mots ou des phrases qui ont été jetés dans l’abîme au fond d’un ravin…
« Il faut beaucoup de courage pour embrasser ses erreurs. »
Donella Meadows, biophysicienne et systémicienne
À cause de la destruction des espaces de vie, de la (sur)pêche et des pesticides, 73% des vertébrés sauvages ont été exterminés en 54 ans et 67% des arthropodes (dont les insectes) en 10 ans. Quant au climat, le seuil des 1,5°C a été franchi en 2024 – augurant un emballement brutal et irréversible. Cette limite planétaire est en conséquence largement dépassée, à l’instar de 5 autres (parmi les 9 qui ont été identifiées) : artificialisation des sols, pollution, perturbation des cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore, effondrement de la « biodiversité » et altération du cycle de l’eau douce.
Dans le film qu’il réalise à la fin de sa vie, La Pudeur ou l’Impudeur (1991), Hervé Guibert se met en scène préparant son dernier voyage en Italie. Il remplit sa valise dans son appartement de la rue Raymond Losserand, alors qu’en fond sonore, les premières notes et paroles de la chanson de Christophe, L’Italie, se font entendre : « J’suis fatigué de faire semblant d’avoir une histoire / Le ciné ça marche pas toujours / Aujourd’hui j’ai fini / D’inventer ma vie /J’imagine l’Italie ». Puis, dans la deuxième partie du film, on le découvre alors sur l’île d’Elbe, profitant du soleil et de la mer, dans des moments suspendus au-dessus de la mort qui le guette et qui le cueille quelques mois plus tard, en décembre 1991.
À cause de la destruction des espaces de vie, de la (sur)pêche et des pesticides, 73% des vertébrés sauvages ont été exterminés en 54 ans et 67% des arthropodes (dont les insectes) en 10 ans. Quant au climat, le seuil des 1,5°C a été franchi en 2024, augurant un emballement brutal et irréversible.
« L’éternelle question ‘la fin justifie-t-elle les moyens ?’ n’a pas de sens en soi. Le seul vrai problème […] est de savoir si telle fin justifie tel moyen. » Saul Alinsky
Aux yeux du philosophe Marc Crépon, l’État est violent par essence, et la non-violence utopique : « À l’origine de tout régime politique, il y a toujours de la violence. Pour savoir quelle est, de deux formes de violence, la plus légitime, nous devons en appeler à un principe qui transcende le droit, qui est celui de la justice. Autant dire que la paix, la non-violence n’existent que dans les intentions d’autant plus sujettes à caution qu’elles ne sont elles-mêmes pas dépourvues d’ambiguïtés. »
Un masque, dans notre imaginaire, s’anime de diverses manières. En premier lieu, il renvoie au monde du Jeu, du théâtre, celui de la Tragédie ou de la Comédie. Il est un instrument par lequel on se dissimule, se dédouble. Il peut également appartenir au registre de la ruse. On connaît la célèbre maxime cartésienne, larvatus prodeo, « j’avance masqué »… Dans Le masque de Hegel, nous entrons dans un tout autre monde, celui qui sépare la vie de la mort, qui marque de son empreinte le visage d’un mort, ou qui reflète pour les vivants, le visage de la mort. Nous sommes davantage face à un memento mori. Le masque prend la place du crâne. To be, or not to be, se répète-t-on.
Selon l’activiste Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd, libéré de prison à l’instant où j’écris ces lignes, « […] on ne peut pas qualifier la protection de l’environnement d’écoterrorisme, ça n’a aucun sens. L’écoterrorisme, c’est ce que font les entreprises de combustibles fossiles et Monsanto. Eux, ils terrorisent l’environnement… » Au-delà de cette mise au point sémantique, le mot « écoterrorisme » a été créé en 1983 par l’écrivain libéral Ron Arnold dans le but de dénoncer les « crimes pour sauver la nature » et fut depuis l’objet de romans et même d’accusations par des hommes politiques. Mais l’usage de la violence, que ce soit contre les biens ou contre les personnes, est-il toujours injustifié ?
Quoique cela ne provoque chez lui aucun pathos particulier, à quatre-vingt-cinq ans le poète et traducteur Jacques Darras sent, comme on dit, son heure venir. Simplement, il entend s’interroger réellement, lucidement sur cette frontière qui surgit désormais devant lui.
Il y a Jérôme et Sylvie et il y a Jérôme et Sylvie. Le premier Jérôme et Sylvie ressort de la deuxième moitié du XXe siècle et vit fictivement dans le roman Les Choses de Georges Perec. Ce deuxième Jérôme et Sylvie ressort de ce premier quart du XXIe siècle et vit fictivement dans le roman En Salle de Claire Baglin. Ces deux couples sont emblématiques de leurs époques et leurs vies révèlent une progression/régression de l’évolution sociale.
Geoffroy de Lagasnerie : principes d’une éthique abolitionniste (Par-delà le principe de répression)
La lecture de Par-delà le principe de répression de Geoffroy de Lagasnerie, livre de théorie politique sur la justice pénale, procure un sentiment d’inconfort et de vertige, parfois perturbant, souvent jubilatoire, fidèle à l’écho nietzschéen du titre. Dans ces « dix leçons sur l’abolitionnisme pénal », denses, issues d’un cours public donné en 2023-2024, le sociologue et philosophe invite tout à la fois à mettre radicalement en cause des phénomènes et des réactions qui semblaient de l’ordre de l’évidence et dont on s’étonne finalement qu’elles n’étaient pas davantage interpellées ; à regarder le monde social autrement ; à imaginer un autre fonctionnement de ses institutions.
Profondément marquée par la ségrégation raciale et par la lutte pour les droits civiques, l’oeuvre de James Baldwin aborde avec une rare acuité les questions brûlantes de race, de sexualité et d’identité, nourries par son exil géographique et intime. Revenant sur son parcours, Antoine Chollet montre comment Baldwin restitue la complexité de l’expérience noire, en Amérique et en Europe, tout en mettant en lumière les tensions sociales de son époque et en interrogeant les frontières entre les individus. Un entretien qui explore l’engagement politique, la vision littéraire et l’héritage de la pensée de Baldwin qui aurait eu 100 ans en 2024.