Né en 1980, Cédric Le Penven vit et travaille comme enseignant à la campagne, dans le Sud-Ouest de la France. Outre un essai sur l’œuvre de Thierry Metz, poète encore trop peu connu à l’écriture pourtant saisissante de douleur mal contenue, il a publié depuis les années 2000 une douzaine d’ouvrages de poésie, livres dans lesquels on retrouve parfois quelques échos de ses conversations avec ses élèves mais également l’expression insistante de son besoin de nature. Ce ne sont pourtant là que contrepoints dans une œuvre poétique dominée par la difficulté à être avec les autres, avec soi-même, à devenir père après avoir été un enfant, un adolescent battu, jeté à terre, plus bas que terre.

Après Papa(Seuil, 2020), Régis Jauffret poursuit ses incursions dans la mémoire parentale avec Maman (éditions Récamier). L’entretien révèle un écrivain confronté simultanément aux secrets familiaux et aux bouleversements technologiques qui remettent en question l’acte même d’écrire. Entre révélations posthumes sur une mère au double visage et interrogations sur l’avenir de la littérature face à l’intelligence artificielle, Régis Jauffret explore les territoires où l’authenticité humaine résiste encore aux algorithmes.

Nous apprenons, avec une immense tristesse, la mort de Stéphane Bouquet. Poète, scénariste, critique, l’« ancien jeune homme » écrivait dans Tout se tient (P.O.L, 2025, lire ici la critique de Christian Rosset) se rapprocher « mais à distance des probabilités de la mort ». En hommage, nous republions l’article que Jean-Claude Pinson avait consacré à l’un de ses précédents recueils, Neige écran.

Et virgule (2025) est le troisième volet d’une « trilogie » après Théorèmes de la nature (2017) et Descriptions (2021). Et, et… La conjonction coordonne ces trois livres qui n’en forment qu’un seul, un peu comme les cinq « chapitres », ou les cinq bords du « chapeau » qui agençaient Les jungles plates (2010). « Et virgule »… La virgule, elle, indiquerait une suite, une autre suite, ou que l’objet poétique que nous tenons dans les mains, que nous croyons tenir entre nos mains, n’a pas de fin, qu’il est infini, inachevable : 141 poèmes pour Et virgule, comme Théorèmes de la nature, et 143 pour Descriptions. Plus de quatre cents poèmes donc, 425 exactement, tous en prose, d’inégale longueur (parfois juste une phrase, une phrase-vers), et qui n’excèdent jamais une page.

En 2019, Baptiste Lanaspeze racontait à Diacritik l’origine et les lignes fortes de sa maison d’édition. Il y exprimait l’urgence de changer de grands récits-cadre. Six ans plus tard, toujours plus solidement ancré dans la ville « marron » de Marseille, entouré d’une équipe engagée, l’éditeur répond aux questions de Nathalie Ong, Yann Crespel, Valentin Printant, et s’entretient avec eux de cette « société écologique » dont chacune des parutions des éditions Wildproject enrichit le manifeste.

« Éleveur de chèvres », c’est l’expression qu’emploie Violaine Bérot pour parler de ce métier qu’elle a exercé pendant douze ans et qu’elle a été contrainte d’arrêter. Pour se « consoler », elle a choisi de reprendre son autre métier, écrivain. Parmi ses œuvres, Pastorales occupe une place à part.  Née d’une rencontre avec Florence Debove, autrice et bergère et Jean–Christophe Cavallin, auteur et chercheur, Pastorales est un recueil de chants qui donne à voir la vie quotidienne en montagne avec chèvres et brebis. À la vie, à la mort ! Entretien.

Est-ce un jeu tragique, une mise en abyme, une tentative de saisir le monde d’aujourd’hui ? Dans son roman Trash Vortex, Mathieu Larnaudie dresse le portrait d’une société obsédée par sa propre fin, en s’emparant du motif des gyres de déchets, notamment plastiques, qu’on retrouve dans l’océan. À travers quelques figures, souvent choisies parmi les élites politiques et économiques (la riche héritière, le directeur de cabinet, le réalisateur à succès…), le roman offre une analyse sociologique, psychologique et poétique de personnages de notre époque, qui pourraient sortir des limbes pour relancer une autre forme d’Histoire. À l’équilibre entre aventure et métaphore, Trash Vortex est aussi une invitation à être pleinement présent au monde, comme l’a souligné Mathieu Larnaudie dans le grand entretien qu’il nous a accordé.

Paru en 2022, Plein soleil est un roman intense et elliptique, rythmé par le suspense d’un bon roman policier et par une narration toute en désamorçage, retournement et tension. S’il fallait apposer un genre littéraire au livre de Natol Bisq et l’ancrer dans une catégorie littéraire, nous dirions peut-être qu’il s’agit d’un thriller postmoderne et post-queer. Il semble plus juste de situer Plein Soleil entre le labyrinthe et la brume, entre les Détectives Sauvages de Bolaño et Testo Junkie de Paul B. Preciado.

« [L’action indirecte, telle que le vote,] détruit tout sens de l’initiative, étouffe l’esprit de révolte individuelle, apprend aux gens à se reposer sur quelqu’un d’autre afin qu’il fasse pour eux ce qu’ils devraient faire eux-mêmes. » (Voltairine De Cleyre, militante et théoricienne libertaire)

« La corruption du meilleur engendre le pire. » (Ivan Illich, philosophe)

À cause de la destruction des espaces de vie, de la (sur)pêche et des pesticides, 73% des vertébrés sauvages ont été exterminés en 54 ans et 67% des arthropodes (dont les insectes) en 10 ans. Quant au climat, le seuil des 1,5°C a été franchi en 2024 – augurant un emballement brutal et irréversible. Cette limite planétaire est en conséquence largement dépassée, à l’instar de 5 autres (parmi les 9 qui ont été identifiées) : artificialisation des sols, pollution, perturbation des cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore, altération du cycle de l’eau douce et effondrement de la  » biodiversité ». Pour quelle raison, alors que nous mettons en oeuvre des actions écologiques depuis 50 ans, notre situation (celle du vivant en général) ne cesse d’empirer ?

Le paradoxe entre raison et sensibilité appartient à une parenthèse, celle de la Modernité. Les présocratiques, héritiers des pensées archaïques, cultivèrent l’obscurité de leur langage pour saisir la physique du Tout. Mythologie, tragédie, Mystère ajoutèrent à leurs fins théoriques et pratiques. La scolastique du Moyen Âge œuvra sans retrancher ni à la magie, ni à la puissance des symboles et analogies. La Renaissance porta haut le pouvoir de la poésie complémentaire aux textes religieux et aux premières investigations scientifiques. Au XVIIe siècle, l’hubris des conquêtes territoriales, de l’essor des techniques et autres découvertes marqua un tournant.

Je me souviens que j’avais éprouvé une très forte émotion en voyant à sa sortie en France Kaos, le film des frères Taviani qui est une adaptation de quatre nouvelles de Luigi Pirandello. À cette époque, au début de l’année 1985, nous ne savions pas ce qui nous attendait. Le numérique n’avait pas encore changé notre rapport au monde. Nous vivions dans une espèce d’opacité que nous finirions presque par regretter aujourd’hui.

La Grande Conspiration Affective de Romain Noël est un ouvrage singulier qui ne se lit pas mais qui se vit. Le récit se dessine comme un voyage à travers un dédale de questionnements sur l’amour, l’écologie, la destruction, les larmes. On y trouve des réflexions, des partages de récits de vie, des rencontres et des poèmes. Qu’est ce qui fait société ? Qu’est ce qui nous permet d’être ensemble ? L’aventure livresque est donc différente pour chacun.e d’entre nous. Nous devenons, comme le narrateur du livre, un être à la quête de notre unité dans la multitude. Entretien avec l’auteur de cet étonnant « thriller théorique ».

Le 17 mai prochain se tiendra la deuxième édition du festival PLS à Montreuil, au sein de La Parole Errante, un lieu auto-organisé d’expérimentation politique, culturelle et sociale. Hangar et ancienne usine, la Parole Errante voit le jour en 1997, lorsque le conseil départemental confie la gestion autonome de cet espace au poète et dramaturge Armand Gatti, qui, avec ses compères, en fait à la fois un lieu de répétitions théâtrales et un espace d’accueil pour des assemblées politiques et des fêtes de soutien. Aujourd’hui cette idée d’un lieu culturel avec un ancrage dans les luttes politiques en dehors des logiques politiciennes continue d’exister grâce au collectif bénévole La Parole Errante Demain qui organise des soirées de soutien autour des questions décoloniales, des luttes minorisées, des colères internationales, des fêtes de soutien face à la police et la justice.