The Thames Barrier

Les tristement célèbres inondations de 1953, consécutives à un énorme orage en Mer du Nord dans la nuit du 31 janvier au 1er février, ont laissé des traces indélébiles en Belgique, aux Pays-Bas, en Écosse et en Angleterre (où il y eut 307 victimes), particulièrement à Londres, puisque le lit de la Tamise ne put contenir cette marée inhabituelle. De fait les gouvernements successifs de sa déjà et toujours gracieuse majesté ont réfléchi, pendant de nombreuses années, à une solution qui permettrait d’endiguer une montée exceptionnelle des eaux du fleuve. Ces réflexions prirent pour base le rapport d’un mathématicien britannique d’origine autrichienne, Sir Hermann Bondi, qui, dès 1953, préconisa la construction d’une sorte de barrage flexible.

Antoine Culioli

Avec la disparition du linguiste Antoine Culioli, vendredi 9 février, c’est un chercheur discret et inlassable mais aussi un pan entier du cursus de très nombreux linguistes et anglicistes qui s’en vont. Après son admission à l’ENS (un magnifique exemple de l’efficacité et de l’exemplarité de l’école publique, puisque ses parents étaient de simples instituteurs corses), son succès à l’agrégation en 1944, et sa thèse en 1960, Antoine Culioli a accompli l’essentiel de sa carrière à l’université Diderot (Paris VII), où il fut professeur de linguistique et a largement développé une linguistique de l’énonciation, base fondamentale de son travail et de sa recherche.

Is it fake ? Cette question désormais récurrente que le 45è président des États-Unis a introduit de force dans la vie et le langage quotidien en rappelle une autre. Les cinéphiles ont tous en mémoire le remarquable film de John Schlesinger, Marathon Man (1976), et le célèbre harcèlement répétitif de l’ex-bourreau nazi, le terrifiant docteur Christian Szell, interprété par Laurence Olivier, qui s’attaque, roulette en main, à une dent très saine de Thomas Babington Levy (Dustin Hoffman) pour lui faire avouer ce qu’il ne sait pas de la vie de son frère agent secret, is it safe ? Toute une génération est allée chez le dentiste avec un plus d’angoisse après cela. Désormais toute une génération a tendance, en apprenant une nouvelle importante, à se poser cette question angoissante et récurrente, is it fake ?

En dehors du monde des passionnés de théâtre, et même parmi les aficionados qui, chaque année vont au in ou au off d’Avignon, il est fort probable que le nom de Jean Dasté n’évoque peut-être rien, en tout cas aucun souvenir précis, ingratitude inéluctable du temps qui passe envers celui qui a cependant et inlassablement servi la passion de sa vie, le théâtre, et tracé la voie de Jean Vilar, Roger Planchon et Ariane Mnouchkine, entre autres.

Inside the Trump White House, Fire and Fury. « Le feu et la fureur », que Donald Trump a promis à la Corée du Nord et à son dictateur Kim Jong-un, dans un de ses tweets aussi innombrables qu’ineptes. Si le titre de l’ouvrage de Michael Wolff fait référence aux menaces du 45ème président des États-Unis, il ne manque pas d’évoquer The Sound and the Fury de William Faulkner. Si l’intention de Michael Wolff était bien évidemment ironique puisqu’il s’agissait de démontrer que le feu et la fureur promis à l’extérieur règnent en maître à l’intérieur de la Maison Blanche, la comparaison s’arrêtera là. Parce que dans l’esprit de Trump d’une part, le fire est celui de la destruction par l’arme nucléaire, et que d’autre part, la seule analogie possible avec le pitoyable POTUS en exercice, c’est Benji, l’attardé mental Benjamin, un des personnages centraux du chef-d’oeuvre de Faulkner.

En 2012, Philip Roth a annoncé qu’il n’écrivait plus depuis deux ans et qu’il n’écrirait plus. Il tient parole, hélas ! Et on peut regretter que le jury du Nobel persiste à l’oublier, après lui avoir préféré, choix regrettable, un chanteur, malgré son talent évident et indéniable. Donc Philip Roth n’écrit plus, pour le plus grand désarroi de toutes celles et tous ceux qui le considèrent comme un monument de la littérature américaine.

Avant que 2017 ne referme ses portes le New York Times, tout comme son confrère britannique The Guardian, a établi une short list de romans publiés l’an dernier et qu’il ne faudrait surtout pas oublier à l’aube de 2018. A l’instar du quotidien britannique, le NYT a placé en tête, ce qui ne surprendra personne, le Lincoln in the Bardo de George Saunders, ainsi que Exit West de Mohsin Hamid, également mentionné par le Guardian, roman qui vient de paraître en France chez Grasset dans une traduction de Bernard Cohen. Vient ensuite le roman de l’écossaise Ali Smith, Autumn.