« Histoires du moi, histoires du monde » : Entretien avec Sylvie Vignes autour du Banquet du Livre d’automne

Histoires du moi, histoires du monde

En partenariat avec Diacritik, se déroulera à Lagrasse, du 2 au 4 novembre, le Banquet du Livre d’automne 2018. Placé cette année sous le signe des « Histoires du moi, histoires du monde », le Banquet convie écrivains et critiques à s’interroger l’intime liaison entre la diction de soi et la fiction du monde, et inversement. Seront ainsi notamment présents Michel Jullien, Jean Rouaud, Jean-Michel Espitallier, Pierre Senges, Jean-Yves Laurichesse, Perrine Lachenal, Arnaud Sauli et Johan Faerber. L’occasion pour Diacritik d’interroger sur ce riche programme Sylvie Vignes, professeur au Master de Création littéraire de Toulouse Jean Jaurès, également partenaire de l’événement.

Je voudrais en premier lieu revenir avec vous sur la question soulevée lors de ce Banquet d’automne formulée dès son titre même : « Histoires du moi, histoires du monde ». Comment ce titre est-il né et comment le choix s’est-il porté sur l’articulation du monde et des hommes qui l’habitent ?
Dans le texte de présentation aux journées, on peut notamment lire cette mise en perspective féconde : « Qu’est-ce qu’on écrit lorsqu’on écrit ? Soi ou le monde ? L’ambition de la littérature a toujours hésité entre l’exploration de l’intime et le fracas de la grande histoire des hommes. » Pourriez-vous nous expliquer ce qui s’envisage, selon vous, au cœur même de cette articulation ?

Depuis 2014, le master Création littéraire que j’ai la chance et le grand plaisir de diriger à l’Université Toulouse-Jean Jaurès est associé au Banquet du Livre d’automne de Lagrasse. Les sujets émergent souvent au printemps à l’occasion de discussions entre les organisateurs du Banquet et les universitaires volontaires pour encadrer les étudiants lors des cinquante heures dévolues à la préparation des entretiens et lectures publiques dont ils auront la charge. Situé peu de temps après la rentrée universitaire, cet événement est pour nous une très précieuse occasion d’émulation, les étudiants de M1 étant amenés à faire quasi leurs premiers pas en médiation culturelle dans la belle salle voûtée de l’Abbaye, devant un public fourni de fins connaisseurs : une véritable intronisation !

Les sujets choisis – saison oblige – tiennent bien sûr compte de l’actualité littéraire, mais, de manière plus générale, il nous a semblé que la littérature exigeante de notre temps privilégiait cette articulation entre l’intime et l’Histoire « avec une grande hache », comme disait Perec, qu’elle appartienne au XXe siècle, si riche en traumatismes collectifs, ou qu’il s’agisse d’un événement à dimension collective encore brûlant, un passé récent qui ne « passe pas », justement, dont le deuil est encore à faire.

J’avais d’abord proposé le titre « Mémoire du moi, mémoire du monde », l’allitération en « m » suggérant l’effet d’écho et de murmure obsédant, mais il nous a semblé que le mot « mémoire » risquait de tromper un peu le public sur notre projet. Le titre « Histoires du moi, histoires du monde » est effectivement plus parlant, et nous l’avons adopté ; la polysémie du mot « histoire », contrairement à celle du mot « mémoire », joue dans le bon sens, ouvrant sur les horizons que nous voulions explorer, y compris jusque dans le présent.

Un aperçu des auteurs invités au Banquet d’automne

Si la présentation de ces journées s’attache à souligner une hésitation entre intime et monde relevant de la nature même de la littérature, ma deuxième question voudrait envisager avec vous quelles sont selon vous les modalités modernes, et plus directement contemporaines, que cette hésitation peut prendre. A quels écrivains ou quels courants pensez-vous plus particulièrement pour rendre compte de cette hésitation ? Comment avez-vous choisi d’élaborer la programmation du Banquet en fonction de cette problématique ?

Pour cette session du Banquet du livre d’automne, plutôt que ceux qui « hésitaient » entre intime et monde, nous avons en fait privilégié ceux que leur histoire personnelle, ou celle de leur famille, amenait à les tresser indissociablement. Beaucoup d’écrivains contemporains se sont attachés à faire percevoir ce que doit être dans une conscience individuelle l’onde de choc d’une tragédie collective.

Parmi ceux auxquels je voue la plus vive admiration, nous avions déjà reçu, à Lagrasse ou à Toulouse, Sylvie Germain pour Le Livre des nuits qui embrasse, de 1870 à la bataille de Berlin, trois guerres « modernes », à travers près de cent ans de bruit et de fureur, mais aussi pour Magnus, puzzle d’une conscience éclatée, celle d’un orphelin amnésique après l’effondrement du Troisième Reich, et pour À la table des hommes qui, sous une forme différente, recourant à un très original élément fantastique, évoque ce qui ressemble fort au conflit en ex-Yougoslavie et aux attentats contre Charlie Hebdo ; Laurent Mauvignier pour Dans la foule qui interpelle le lecteur en faisant revivre le drame du Heysel à travers un récit polyphonique et Des hommes qui constitue à mes yeux l’un des ouvrages les plus « justes » et poignants consacrés à la guerre d’Algérie ; Hubert Mingarelli pour quasi toute son œuvre de Quatre soldats qui a pour – active – toile de fond les affrontements, en Galicie, entre l’Armée Rouge et les armées roumaine et polonaise en 1919 à La Route de Beit Zera qui interroge de la plus subtile et émouvante des manières le conflit israélo-palestinien ; Éric Vuillard pour la manière magistrale dont il revisite la Première Guerre mondiale dans La Bataille d’Occident

Mais il s’agissait surtout, cette fois, d’appeler à témoigner des écrivains dont l’histoire personnelle ou familiale avait croisé de manière particulièrement marquante un grand événement collectif et qui avaient inscrit leur personne même ou des figures de leur famille dans leur récit. Le Banquet du Livre d’automne 2018 fait une place aux écrivains et artistes qui ont inauguré la première Résidence de Lagrasse – Perrine Lachenal, Arnaud Sauli et Pierre Senges – et à l’actualité de critique littéraire en votre personne, Johan Faerber, puisque vous venez de publier un ambitieux essai sur la littérature contemporaine dont je retiens tout particulièrement cet intense passage, suivant l’évocation d’ouvrages de Tanguy Viel, David Bosc et Laurent Mauvignier pour lesquels je partage votre profonde estime : « Toutes ces chambres résonnent encore de celle de Proust. Elles en sont à un siècle de distance ses exactes contemporaines. Ce sont des chambres d’agonie et de patience dans lesquelles chacun attend ardemment que le monde revienne à lui-même et que la Phrase se donne depuis toutes les pages noires. »

Sont en outre conviés quatre écrivains : Jean-Michel Espitallier, Michel Jullien, Jean-Yves Laurichesse et Jean Rouaud. Michel Jullien présentera son dernier roman L’Ȋle aux troncs qui s’attaque à un sujet encore plus dérangeant que sa célèbre Esquisse d’un pendu dans la mesure où le scandale concerne l’Histoire récente : le sort des mutilés de guerre sous le régime stalinien. Jean-Michel Espitallier pour qui « habiter la vie en poète, c’est puiser dans les ressources de la langue pour tenter de saisir l’incompréhensible et de surmonter l’insupportable », sera amené lors d’un entretien à présenter La Première année où il aborde, en poète, un terrible deuil personnel sur fond de tragédies collectives (les attentats de 2015 à Paris). Les étudiants du master Création littéraire animeront quant à eux les entretiens avec Jean-Yves Laurichesse et Jean Rouaud. Le premier vient de publier Les Chasseurs dans la neige qui nous ramène jusqu’au siècle de Bruegel, mais les étudiants du master l’interrogeront surtout à propos de Place Monge et des Pas de l’ombre qui mettent respectivement en scène, avec toute la délicatesse expressive de sa pudeur, la Première Guerre mondiale et son grand-père, la Seconde et son père. Le second avec Jean Rouaud : il vient de publier un ouvrage qui, unissant érudition et rêverie, comme il en a le secret, nous ramène jusqu’à la Préhistoire – La Splendeur escamotée de frère Cheval –, mais les étudiants du master l’interrogeront surtout sur Les Champs d’honneur et Un peu la guerre, qui, à vingt-quatre ans d’intervalle, se répondent, mettant eux aussi en scène, entre beaucoup d’autres personnalités et conflits, une figure grand-paternelle, la figure paternelle et les deux guerres mondiales.

Nous avions pensé à bien d’autres talentueux écrivains concernés par cette thématique (Christophe Boltanski pour La Cache, Philippe Lançon pour Le Lambeau), et il va de soi que le sujet ne sera pas épuisé en trois jours, mais le talent de nos invités, que je connais personnellement et lis depuis longtemps pour la plupart (voire depuis « toujours » !) sont des plus prometteurs.

La critique littéraire a bien montré que, depuis les années 1980, l’autobiographie – sans disparaître, bien sûr – était assez massivement relayée par le récit de filiation. Le curseur se déplaçant vers les générations précédentes, l’intériorité se trouve de plus en plus souvent associée à l’antériorité. D’autre part, j’aime à citer cette phrase de Pierre Michon : « Je n’ai pas envie d’écrire des péripéties ». Il me semble que ce refus du superficiel, ce besoin de remplacer le vecteur horizontal du roman traditionnel par une forme, relevant souvent d’une certaine hybridité générique, qui permette de creuser plus vite vers l’essentiel est aujourd’hui assez généralisé. Avec le concours de Daniel Zimmermann, la romancière, nouvelliste et éditrice Claude Pujade-Renaud avait permis, en 1993, à 131 nouvellistes de s’exprimer brièvement sur leur art. Dans ce recueil, l’opposition récurrente entre des métaphores concernant le roman et celles concernant la « nouvelle-instant » est frappante : pour schématiser trivialement, à l’avancée de la moissonneuse-batteuse-lieuse du roman était opposé le trépan permettant une rapide descente vers de riches sous-sols. Vingt-cinq ans – soit en gros une génération – plus tard, il me semble, à tort ou à raison, que ces distinctions tendent à s’amenuiser. Dans la littérature exigeante qui s’élabore aujourd’hui, d’une part les différences génériques ne sont plus aussi marquées, d’autre part le souci de toucher quelque chose en profondeur est commun à des formes diverses. Laurent Demanze présente l’écrivain contemporain comme un enquêteur ; il me semble en effet qu’il manifeste souvent une urgence à explorer le monde tel qu’il lui apparaît et la psyché, sous la forme singulière que prend la sienne, pour rendre compte de ce qu’il met ainsi au jour plutôt que de raconter des histoires, même si les deux missions ne sont heureusement pas incompatibles.

Dans la tension que vous convoquez entre le moi et le monde, vous évoquez combien le monde se caractérise par la multiplication de singularités mais que ces mêmes individualités se trouvent précisément dépassées par un projet qui transcende chacun. Seriez-vous ainsi d’accord pour affirmer que ce projet qui permet de surmonter « ces minuscules histoires individuelles » peut porter le nom de littérature ?

Tout le monde, à l’évidence, ne met pas la même chose derrière le mot « littérature » : il suffit pour s’en convaincre de mesurer l’écart entre l’acception qu’il prend dans le dernier vers de L’Art poétique de Verlaine et sous la plume d’un Richard Millet désenchanté… Si « la littérature » a pu, à plusieurs reprises, et de plus en plus fréquemment au fil des décennies, comme vous le rappelez dans l’introduction fracassante et jubilatoire de votre essai, être présentée comme subclaquante voire raide morte, c’est sans doute parce que les fossoyeurs et les pleureuses étaient obnubilés par des phénomènes socio-culturels de masse. N’étant pas sociologue mais littéraire, je ne suis pas apte à prendre le pouls de si vastes entités. Plutôt que la vue panoramique (de toute façon si peu aisée à adopter sans recul), je privilégie le pas japonais qui me porte, sans que les appuis solides m’aient jusque-là manqué, d’œuvre réussie en œuvre réussie et d’admiration en admiration au sein de ce qui s’écrit et se publie aujourd’hui. Et quitte à passer pour une indécrottable idéaliste, j’avouerai que, tant qu’elle n’est pas confisquée par des « faiseurs », l’expression « création artistique » reste l’une des plus prometteuses que je connaisse ; j’espère bien, oui, qu’elle a les épaules assez solides pour continuer à porter des projets et des idéaux, là où la politique a si souvent, si cruellement déçu, et pour « relier », comme l’étymologie du mot « religion » en faisait la promesse.

Jean-Michel Espitallier © Hannah Assouline

En quoi la littérature peut-elle ainsi, selon vous, s’offrir comme ce projet dont le paradoxe est de parler depuis soi pour s’adresser à tous ? Le contemporain vous paraît-il être particulièrement le lieu de cet exercice paradoxal ?

Il faut rendre à César ce qui est à César : Montaigne avait commencé ! « Essayer » d’atteindre « l’humaine condition » à partir de l’examen de sa seule personne, au XVIe siècle – et pas dans ce qu’on a pu appeler le « beau XVIe siècle », celui de l’optimisme et du vigoureux appétit des géants de Rabelais, mais dans la partie du siècle meurtrie, salie et déchirée par les guerres de religion, celle où « l’autre » est particulièrement craint et honni…– quelle ambition époustouflante, quand on y songe ! Et comment ne pas donner raison à Proust lorsqu’il écrit que la lecture est, entre tous, l’accès privilégié d’une conscience à une autre, de l’intériorité d’un écrivain à celle d’un lecteur, à celle de tous ses lecteurs ?

Lorsqu’un écrivain ne se contente pas d’enfiler des clichés comme des perles, en refaisant mécaniquement ce qui a été (souvent mieux) fait avant lui, c’est bien toujours à partir de son ressenti intime qu’il écrit, et lorsque l’époque ne l’invite pas particulièrement au repli sur sa personne ou à un travail quasi exclusif de la forme, il parle aussi de son rapport au monde et aux autres, pour le partager avec les autres, le confronter à celui des autres. Selon Dominique Viart, avec le Structuralisme, le Nouveau Roman et la Nouvelle Critique, les trois décennies qui ont précédé 1980 ont favorisé ce type de repli « solipsiste ». Jean Rouaud, dans Un peu la guerre, rappelle justement de la plus plaisante façon les interdits édictés avant sa naissance et relayés avec tant de zèle par une grande partie des universitaires dans les années 70 : « Le réel – l’illusion référentielle, selon les doctes qui se pinçaient le nez quand il était question du roman – était littéralement tenu à distance, considéré comme suspect, voire nuisible pour la bonne compréhension des choses. On n’allait pas accorder un quelconque crédit à ce qu’on avait sous les yeux. Le réel, c’était bon pour les paysans, le peuple et la glèbe. […] Comme on se sent honteux alors d’appeler un chat un chat ! Le rouge au front, je connais. » 

De la Libération aux années 80, il ne manque certes pas de magistrales exceptions pour déroger à cette « règle » : Jean Giono, Marguerite Yourcenar, Romain Gary, Claude Simon – si loin, au fond, des brillants exercices de style et des virulents ukases d’un Robbe-Grillet bien qu’étiqueté comme lui « Nouveau Romancier » –, Julien Green, Julien Gracq… pour n’en citer qu’une pincée. Toutefois, depuis les années 80, il semble bien que la littérature qui se préoccupe de style soit redevenue, disons, plus massivement « transitive », qu’elle parle davantage et plus souvent aux lecteurs du monde qu’ils habitent et du passé qui l’a fait tel, tout en faisant de la subjectivité l’instrument le plus juste pour l’approcher. Maylis de Kerangal place l’expression « travailler le réel » dans la bouche du personnage qui a les honneurs de l’incipit dans Naissance d’un pont quand, après avoir repoussé comme « exécr[able] » un autre type de motivations, il en vient à préciser ce qui, dans son travail d’ingénieur, fait vibrer son cœur et « vi[vre] [s]on corps », « [l]e fait bander ».

Le contexte, le vocabulaire et le tempérament de Georges Diderot nous invitent manifestement ici à écarter le sens lacanien de « réel » – l’indicible, l’inimaginable – pour retenir une définition plus classique : la réalité dans sa dimension la plus concrète, ce qui est extérieur à nous mais avec quoi nous pouvons avoir une interaction, physique avant tout.   Il me semble qu’on peut tomber d’accord avec Dominique Viart sur le fait que, pour de nombreux écrivains actuels, surtout les plus jeunes, la transitivité littéraire est redevenue « naturelle ». Ils ne se soustraient pas à la pression du monde, mais se saisissent de ses problématiques et les « travaillent » avec leur imaginaire et leur style propres.

Michel Jullien

Plus profondément, vous indiquez pour finir que la littérature est effectivement portée par ce projet commun. Diriez-vous que la littérature est ce qui fait communauté contre tout délitement de la communauté ? Que la littérature est précisément, et plus que jamais au contemporain, la recherche même de ce commun qui peut parfois faire précisément défaut ? Plus qu’ontologique, ne faut-il pas lire ces histoires du moi qui vont vers les histoires du monde comme le projet politique même de l’écriture ?

Dans 7.Romans, sous le titre « Hémisphères », Tristan Garcia imagine une société future totalement émiettée en « communautés » n’entretenant plus aucun contact les unes avec les autres. Le paysage s’est ainsi couvert de grandes bulles noires où chacun vit « entre soi » (avec ceux qui partagent les mêmes interdits alimentaires, ceux qui promeuvent la même idéologie, ceux qui, comme lui, veulent légaliser l’inceste, ceux qui, comme lui, préparent exclusivement l’arrivée des extra-terrestres…), isolé des autres communautés par un système électronique arrêtant net toute circulation d’informations, d’images et de mots : « Dans les premiers temps, de nombreux individus imaginaient pouvoir vivre à la fois dans un Hémisphère et dans un autre, associant des croyances religieuses et des convictions politiques ou un idéal moral. Mais le chevauchement des Clôtures, outre qu’il posait des problèmes techniques, a placé les individus devant d’insolubles dilemmes et les hémisphères ont fini par se séparer d’eux-mêmes, ainsi que le font d’ailleurs les bulles d’air dans la nature. » À travers cette glaçante parabole science-fictionnelle, on voit que le terme « communauté » peut donc comporter lui aussi ses dangers de solipsisme et de repliement.

Selon le philosophe François Jullien, « Il faut de l’autre, donc à la fois de l’écart et de l’entre pour promouvoir le commun. » : il me semble que beaucoup de grands écrivains de notre temps ont à cœur de promouvoir ce « commun » bien compris, dans toute sa richesse.

Du 2 au 4 novembre : Banquet du livre d’automne 2018 à Lagrasse
Renseignements : La Maison du Banquet & des générations : 04 68 91 46 65 – amaisondubanquet.fr