C’est le 2e jour de la compétition et ça sent la révolte à plein nez dans les salles sombres après la tribune signée par 600 professionnels du cinéma pour dénoncer l’emprise de Bolloré sur le cinéma.
Répercussion immédiate sur la Croisette, séisme sur le red carpet : Canal + n’est pas applaudi au générique et Netflix est hué. Rien ne va plus aux pays des puissants, on n’est pas loin d’une prise de la Bastille.
Si cette prise de conscience – fort tardive – est de très bon augure, rappelons que Canal + est le premier financeur du cinéma indépendant français et que si jamais la personne en haut de la pyramide en prenait ombrage, il faudrait trouver des solutions rapides pour sauver la création audiovisuelle.
En attendant la guillotine, côté film on est sur une petite journée de mou.
Premier arrêt par le film Quelques mots d’amour de Rudy Rosenberg avec une très juste Hafsia Herzi qui joue une mère célibataire ne sachant plus comment réagir face au désir féroce de sa fille de rencontrer son père. Je ne sais pas trop quoi penser du film mais le combo jeunes enfants mignons et joli chien smart semble en avoir conquis certains dans la salle.
Si vous pensez que mes critiques sont trop succinctes, je vous signalerai que pour l’instant le retour le plus efficace que j’ai entendu d’un film a été au sujet de Teenage sex and death at camp miasma de Jane Schiebrun : « C’est une dinguerie, par contre c’est perché ». Je ne sais toujours pas de quoi parle le film mais j’ai une irrésistible envie d’y aller.

Nouveauté : la Compétition Immersive, dont c’est la 2e année, prend peu à peu de l’ampleur au très chic Carlton hôtel sur la Croisette. Précisons tout de même que la salle de projection se situe au -3 du palace. Je persifle, je persifle mais le lieu est beau avec ses sièges blancs design, petites loupiotes intégrées pour un effet esthétique, aux murs-écrans géants. On nous fait enfourner un casque de Réalité virtuelle et on se balade – depuis notre chaise qui tourne – dans une fable onirique assez incompréhensible mais belle.
Petit problème : cette configuration et le fait de tourner sur soi-même pendant plus de quinze minutes peut donner une très forte envie de vomir qui met plusieurs dizaines de minutes à se dissiper.
Alors certes, je reste ouverte d’esprit mais il me tarde que le confort et la technologie fassent bon ménage.
Et enfin, la compétition officielle avec Histoires parallèles de Asghar Farhadi, le film le plus attendu de la journée avec son casting qui comporte tout ce qu’il y a de plus chic comme acteurs et actrices français : Niney, Cassel, Efira, Huppert, Deneuve et India Hair.

Le film est long, Isabelle Huppert flippante – c’est finalement un repère immuable –, et le coup de force de Farhadi c’est de faire cohabiter dans une même scène Isabelle Huppert qui joue une autrice vexée, et Catherine Deneuve son éditrice. J’en frétille. Ça dure 2 minutes mais ça vaut la peine de regarder les 2h17 restantes.
Les vrais moments de la journée ont été de regarder un photographe trainer sur le tapis rouge à 22h45 pour appeler sa douce en vidéo et lui montrer le tapis rouge, les yeux brillants ; voir que la dame de la sécurité a enlevé une de ses chaussures ; écouter parler des diffuseurs de films, de films tellement pointus qu’ils ne savent pas où les sortir en salle ; et essayer d’écrire sous une tente blanche soufflée par le vent avec des critiques émerveillés comme des enfants à chaque bourrasque. Balayées Huppert et Deneuve. Ce qu’il nous faut finalement pour passer un bon moment, c’est un bon mistral.