Le « Seuil du jour« , d’hier pour nous, livre en accès gratuit le temps du confinement, est En Camping-car d’Ivan Jablonka, invitation au voyage, récit en mouvement d’un historien qui fut adolescent dans les années 80 et propose, dans ce récit de soi en mouvement, une forme d’« ego-histoire » un je serti dans une époque. Raconter ses étés en camping-car sur les routes d’Europe, c’est proposer une traversée tout autant spatiale que temporelle, redessiner la cartographie d’un « paysage intérieur » en mêlant l’intime et le collectif, réécrire son CV, en quelque sorte, CV pour Curriculum Vitae et Combi Volkswagen…

Tout récit de soi revient à sertir le « je » dans une époque. Quand il est celui d’un historien qui fut adolescent dans les années 80, le faire revient à enter une branche nouvelle sur le grand tronc autobiographique : une forme d’« ego-histoire » pour reprendre le terme qu’emploie Ivan Jablonka dans les dernières pages d’En Camping-car.

Atlal (Abdou)

Il faut écouter les lieux, entendre ce que les ruines d’un passé, un terrain vague, des souches d’arbres, auraient à dire. C’est par de longs plans contemplatifs et silencieux qu’Atlal invite à la découverte du village algérien d’Oulled Allal, meurtri dans les années 90 par la décennie noire, avant d’aller à la rencontre des témoignages de ses habitants. Une démarche que son réalisateur articule avec celle d’une pratique poétique dont son film porte le nom, consistant à « se tenir face aux ruines et à faire resurgir sa mémoire, ses souvenirs du visible vers l’invisible ». Rencontre et entretien avec Djamel Kerkar.

« Ce n’est pas dans une île de la Sonde,
ni dans une contrée du Pacifique que ces événements ont eu lieu,
c’est sur notre terre, celle de l’Europe » Marguerite Duras

Des mots de Duras, de sa douleur à attendre Robert Antelme, envahissent, dès le commencement, le film d’Emmanuel Finkiel. On est au plus près du souffle de la jeune Marguerite filmée en gros plan et portée à l’écran par une Mélanie Thierry très inspirée et dont on croit pouvoir toucher le grain de peau si fin, de peau de rose.

Tout récit de soi revient à sertir le « je » dans une époque. Quand il est celui d’un historien qui fut adolescent dans les années 80, le faire revient à enter une branche nouvelle sur le grand tronc autobiographique : une forme d’« ego-histoire » pour reprendre le terme qu’emploie Ivan Jablonka dans les dernières pages d’En Camping-car.

Frederika Amalia Finkelstein par Maud Maillard

Olivier Steiner : Chère Frederika, tu le sais, je ne suis pas critique littéraire, et ce que je fais ici sur Diacritik est un journal dans le Journal, soit un espace de liberté que je veux totale, autant que possible. J’aimerais bien qu’on se parle en écrivant, sachant que ce sera lu, un tiers est donc « là », faisons ça ici sur Messenger.

SJL, 2014, Jean-Luc Verna (galerie Air de Paris)

Je tremble presque à l’idée de commencer ce texte, cette lettre que je t’adresse. Ce n’est pas exactement trembler, c’est une grande appréhension, un vertige, je sais aussi que tous ces mots, ceux déjà là et ceux qui s’annoncent, finiront peut-être à la corbeille, on verra. Je mesure tout le ridicule, le risque d’emphase et l’insignifiance peut-être de mon geste, sa vacuité, sa et ses vanité(s).

Godard, Notre musique

« Montrer trois triangles et dire qu’on est passé d’Euclide à l’Étoile de David (qui précédait Euclide du reste), c’est une pensée. Une pensée mise avec une autre pensée, dans un autre contexte, permet de porter un jugement, et de ne pas dire seulement « quel malheur », ou que sais-je… On peut approuver Madame Simone Veil quand elle dit, bien tard, que lorsqu’ils sont rentrés des camps de concentration, ils s’ennuyaient. C’est la vérité. Mais il a fallu cinquante ans pour qu’elle puisse le dire. Et après, on peut se demander, si on a l’esprit mal tourné comme moi : « Que faisiez-vous aux côtés de Maurice Papon dans le gouvernement de Giscard d’Estaing ? » C’est une question d’historien. Je ne peux pas lui en vouloir de ça. Moi-même, petit garçon, pendant la guerre, dans la famille, je notais sur une carte avec des petits drapeaux l’avance de l’armée allemande en Ukraine. Quand elle reculait, j’étais aussi malheureux que quand mon équipe de football était battue. Je ne connaissais rien, et après personne ne m’a dit. Je voyais ça comme des combats de chevaliers. »

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Né en 1974 en Martinique, Louis-Georges Tin préside le CRAN, le Conseil représentatif des associations noires de France dont il est un des cofondateurs en novembre 2005. Normalien, agrégé et docteur ès lettres, il est enseigne à l’université d’Orléans. Il est à l’origine de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie célébrée le 17 mai depuis 2005. Entretien avec le militant et auteur de nombreux ouvrages sur la discrimination, distingué à plusieurs reprises pour son engagement dans sa lutte contre l’homophobie, le racisme et le colonialisme.

Simone et André Schwarz-Bart
Simone et André Schwarz-Bart

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait », Mark Twain : C’est sur cette épigraphe (citation tirée des Aventures de Huckleberry Finn) que s’ouvre le dernier roman du couple Schwarz-Bart, L’Ancêtre en solitude, histoire d’un livre posthume qui aurait pu ne voir jamais le jour.