Le pogrom de Kishinev de 1903 prend, dans le cours de l’histoire mondiale, une importance particulière. Considéré comme précurseur de l’Holocauste, c’est l’événement avec lequel l’horizon du XXᵉ siècle s’assombrit, non seulement pour les territoires de l’Empire russe mais aussi pour l’Europe. Il sonne le glas de l’ancien monde, annonçant l’avènement des nationalismes totalitaristes, la destruction des juifs d’Europe et une crise de l’humanisme similaire à celle qu’avait connue le XIXᵉ siècle.

Avec Témoignage et littérature d’après Auschwitz, Fransiska Louwagie nous prouve que la question de l’écriture sur l’extermination nazie, qu’elle soit le fruit des témoins ou d’écrivains issus des générations postérieures, est toujours d’actualité. L’essai part du principe que l’existence de disparités majeures entre les auteurs des différentes générations n’empêche pas d’importantes continuités.

L’été arrivant, vous vous laisserez peut-être tenter, si la situation sanitaire le permet, par la visite d’un des nombreux musées consacrés à la Shoah, d’un lieu de mémoire en France ou à l’étranger, ou même par la découverte d’un des camps d’extermination, parmi lesquels Auschwitz-Birkenau est celui qui attire le plus de visiteurs chaque année.

Le « Seuil du jour« , d’hier pour nous, livre en accès gratuit le temps du confinement, est En Camping-car d’Ivan Jablonka, invitation au voyage, récit en mouvement d’un historien qui fut adolescent dans les années 80 et propose, dans ce récit de soi en mouvement, une forme d’« ego-histoire » un je serti dans une époque. Raconter ses étés en camping-car sur les routes d’Europe, c’est proposer une traversée tout autant spatiale que temporelle, redessiner la cartographie d’un « paysage intérieur » en mêlant l’intime et le collectif, réécrire son CV, en quelque sorte, CV pour Curriculum Vitae et Combi Volkswagen…

Tout récit de soi revient à sertir le « je » dans une époque. Quand il est celui d’un historien qui fut adolescent dans les années 80, le faire revient à enter une branche nouvelle sur le grand tronc autobiographique : une forme d’« ego-histoire » pour reprendre le terme qu’emploie Ivan Jablonka dans les dernières pages d’En Camping-car.

Atlal (Abdou)

Il faut écouter les lieux, entendre ce que les ruines d’un passé, un terrain vague, des souches d’arbres, auraient à dire. C’est par de longs plans contemplatifs et silencieux qu’Atlal invite à la découverte du village algérien d’Oulled Allal, meurtri dans les années 90 par la décennie noire, avant d’aller à la rencontre des témoignages de ses habitants. Une démarche que son réalisateur articule avec celle d’une pratique poétique dont son film porte le nom, consistant à « se tenir face aux ruines et à faire resurgir sa mémoire, ses souvenirs du visible vers l’invisible ». Rencontre et entretien avec Djamel Kerkar.

« Ce n’est pas dans une île de la Sonde,
ni dans une contrée du Pacifique que ces événements ont eu lieu,
c’est sur notre terre, celle de l’Europe » Marguerite Duras

Des mots de Duras, de sa douleur à attendre Robert Antelme, envahissent, dès le commencement, le film d’Emmanuel Finkiel. On est au plus près du souffle de la jeune Marguerite filmée en gros plan et portée à l’écran par une Mélanie Thierry très inspirée et dont on croit pouvoir toucher le grain de peau si fin, de peau de rose.

Tout récit de soi revient à sertir le « je » dans une époque. Quand ce récit est composé par un historien qui fut adolescent dans les années 80, l’écrire revient à enter une branche nouvelle sur le grand tronc autobiographique : une forme d’« ego-histoire », terme qu’emploie Ivan Jablonka dans les dernières pages d’En Camping-car.

Frederika Amalia Finkelstein par Maud Maillard

Olivier Steiner : Chère Frederika, tu le sais, je ne suis pas critique littéraire, et ce que je fais ici sur Diacritik est un journal dans le Journal, soit un espace de liberté que je veux totale, autant que possible. J’aimerais bien qu’on se parle en écrivant, sachant que ce sera lu, un tiers est donc « là », faisons ça ici sur Messenger.

SJL, 2014, Jean-Luc Verna (galerie Air de Paris)

Je tremble presque à l’idée de commencer ce texte, cette lettre que je t’adresse. Ce n’est pas exactement trembler, c’est une grande appréhension, un vertige, je sais aussi que tous ces mots, ceux déjà là et ceux qui s’annoncent, finiront peut-être à la corbeille, on verra. Je mesure tout le ridicule, le risque d’emphase et l’insignifiance peut-être de mon geste, sa vacuité, sa et ses vanité(s).