J’ai commencé à pratiquer la photographie à l’adolescence. Je désirais faire des films mais mes parents n’avaient pas de caméra. Je voulais raconter des histoires, j’essayais de créer des images qui fassent passer des sensations. J’ai réellement appris en photographiant les concerts de groupes d’amis. J’essaie d’explorer les possibilités que peuvent offrir les appareils, les pellicules. Pour cette série aux États-Unis, j’ai voulu photographier autant l’aspect road que l’aspect trip, que le résultat ne soit pas de simples paysages mais aussi des visions, des songes.

En 1980, Raymond Depardon répond à une commande du Sunday Times Magazine, une série de photographies réalisées lors de deux séjours à Glasgow, en juin et septembre. Le reportage ne sera jamais publié. Raymond Depardon a exposé quelques photos de la série au Grand Palais (Un moment si doux, en 2013-2014) ; le voici enfin reproduit en intégralité dans un livre sublime, au Seuil, préfacé par William Boyd. 72 photographies non légendées, elles parlent d’elles-mêmes, même si parfois les mots sur une pancarte ou une devanture dans la photographie en semblent le commentaire : « Revolution« , « some children pay a terrible price« .

L’art de faire des photographies est-il si éloigné de celui qui consiste à mesurer le poids des choses ? Enregistrer non seulement la masse et le volume mais donner à ressentir le poids, transférer la sensation de ce qui pèse sur un corps — ou de ce qu’un corps pèse — en une forme visuelle, avec ses tonalités, ses contours…. La photographie est une des formes de l’acrobatie, un défi lancé aux principes de la gravité : un exercice de trapèze.

L’exposition de Smith à la galerie Les Filles du calvaire, à Paris, (jusqu’au 27 février), qui comporte deux volets, TRAUM et Spectrographies, est traversée par le thème des fantômes. On avait laissé Smith, né en 1985, avec la série Löyly, présentée aux Rencontres d’Arles en 2012, qui comportait un aspect bio-documentaire, et qui n’était pas sans évoquer Nan Goldin. On le retrouve armé d’une caméra thermique et proposant une fiction multidisciplinaire et fragmentaire. Entretien par Charlotte Redler et Isabelle Zribi.