Le matin du 3 mars 1996, à 8h15, Marguerite Duras s’éteignait dans son lit, 5 rue Saint-Benoît à Paris. Le souffle de cette démiurge qui a su entendre le Chaos du monde et pénétrer la force d’Éros s’arrête. Mais assise sur les cimes de l’Olympe, elle continue de nous parler avec sa voix d’oracle, celle que l’on entend scander, dans le silence de la nuit, l’apparition du soleil au zénith du Navire Night.

Stimulant et neuf : tels sont les deux termes qui viennent à la lecture de Marguerite Duras de Simona Crippa, paru récemment. Sobrement intitulé Marguerite Duras, cet essai interroge avec vigueur l’ensemble de l’œuvre de Duras, depuis Les Impudents jusqu’à C’est tout, de 1943 à 1995, en prenant le parti de présenter à la fois la vie et l’œuvre de Duras au filtre même de la mythologie. Si, parce qu’elle est une figure célèbre au-delà de toute célébrité, décriée au-delà de toute polémique même, Duras est un véritable mythe, l’autrice n’avait cependant jamais été sondée avec rigueur depuis la puissance d’un chant évoquant aussi bien les héroïnes de la mythologie antique que la diction de l’aède. Autant de raisons de partir à la rencontre de la spécialiste de Duras le temps d’un grand entretien.

Dans son étude sur l’œuvre littéraire et cinématographique de Duras, Simona Crippa met en évidence, à travers cette œuvre, les références mythologiques récurrentes et prégnantes. Il ne s’agit pas par là pour Duras de s’inscrire dans une culture déjà établie, simplement reproduite, ou d’intégrer dans ses œuvres les signes d’une culture classique légitimée par les institutions. Le référent mythologique, pour Marguerite Duras, serait le moyen d’une critique du texte et de l’image, d’une pratique de plus en plus radicale de la création, d’une politique du monde voulue révolutionnaire.

Âgée de 78 ans, devant la caméra de Jean Mascolo et Jean-Marc Turine sur le tournage du documentaire L’esprit d’insoumission, autour du groupe de la rue Saint-Benoît, Marguerite Duras se souvient de ce groupe d’intellectuels qui se réunissait chez elle à partir de 1942 : « C’était un pur mouvement de l’esprit surtout […] On voulait le bien des gens et de soi, on voulait la liberté des gens et de soi […] On était ce qu’on appelle des révolutionnaires, et nous quand on l’est à vingt ans on le reste, et nous sommes des vieux révolutionnaires, mais des révolutionnaires, vieux ».

« Personne n’a jamais écrit à deux voix. »
Marguerite Duras, Écrire.

La question m’a été posée à plusieurs reprises ces dernières semaines, de mon opposition quasi-systématique à la pratique des ateliers d’écriture ; de mon refus en tout cas d’y participer, ou d’en animer un — ce que j’ai failli faire à Bruxelles, en m’y installant il y a trois ans, parce qu’il m’avait semblé alors que ma reconnaissance dans la ville belge passerait forcément par cet exercice fastidieux.

J’aime lire Duras au-delà de Duras. Elle même disait qu’après sa mort il resterait le lecteur, les petits lecteurs, j’en suis un. Mais je ne lis pas Duras en son temps circonscrite, j’ai beaucoup lu Duras, jusqu’au dégoût, puis j’ai arrêté de la lire n’arrivant plus à voir les phrases comme au début, et je l’ai oubliée plusieurs fois, et j’y suis revenu, j’y reviens.

Les neurosciences, outil managérial des « réformes » Blanquer : l’affirmation demande explication et exige surtout son histoire, son récit, celle d’une idéologie en marche qui, désormais, préside aux décisions prises au sein de l’Éducation Nationale, à commencer par la suppression manquée de l’Inconscient et du Travail dans les programmes de philosophie en Terminale.

Dans le cadre du partenariat de Diacritik avec Ciclic, retour le temps d’un grand entretien avec Marc Perrin sur ses ateliers d’écriture menés notamment à Bourges. L’auteur du remarquable Spinoza in China a accepté de revenir avec nous sur la question du peuple, de la communauté, de ce que signifie Tenir journal et pourquoi « formes de vie » est une formule qui le convainc de moins en moins.

Cela commence par une bâche qui figure une énorme vague accompagnant l’Adagietto de la Symphonie n°5 de Mahler. Une comédienne et trois comédiens (Estelle Delcambre, Erik Gerken, Karim Fatihi et Clément Goupille) assis en chaque coin de la scène tiennent les cordes qui maîtrisent la vague et la font onduler, au dessus d’eux, derrière, tout contre.

Pour fêter le trou noir provoqué par notre spécialiste du genre, Aurélien Barrau, avec sa tribune publiée jeudi dernier (plusieurs centaines de milliers de nouveaux lecteurs en quelques heures ou le test grandeur nature des capacités d’accueil de notre serveur, on reconnaît là le scientifique), retour sur les enjeux de notre magazine, trois ans après sa création.

L’écriture théâtrale de Marguerite Duras trace les lignes d’une écriture de l’écriture, de la voix, du corps. Ce sont ces lignes que Christophe Pellet parcourt dans Le théâtre de Marguerite Duras, montrant en quoi l’écriture théâtrale de Duras présuppose une prise en compte des conditions matérielles de l’espace théâtral ainsi qu’une approche radicale des conséquences de celles-ci concernant le corps, la voix, l’écriture, le jeu.