Livre après livre, Mathieu Simonet élabore une œuvre singulière où l’intime ne cesse de se mêler au collectif. Façon, peut-être, de prendre au pied de la lettre l’injonction Guibertienne : Il faut que les secrets circulent !
Laurent Deglicourt
Si tant est qu’elle soit intense, fervente ou souveraine, une œuvre (perçue de façon fragmentaire ou dans sa totalité) nous rend – parfois – muets ou bègues.
« Oui, j’aimerais retrouver la fraîcheur d’un instant à jamais interrompu, un instant éternel, vierge, et lavé de tout soupçon », Fabio Viscogliosi, Mont Blanc.
Dans la librairie l’autre jour, sans crier gare, cet étrange sentiment de fraternité. Je feuillette le dernier ouvrage de Philippe Forest, écrivain que je lis de façon décousue, infidèle, de loin en loin.
Alors que l’exposition d’Anne-Lise Broyer au Château de Tours vient de se terminer, les œuvres de la photographe peuvent être contemplées dans deux autres expositions ayant lieu à Paris, à la Galerie S et à la BNF.
Larvatus prodeo. En français : je m’avance masqué. Cette devise, prêtée à Descartes, pourrait être aussi celle de Chechu Álava. Pourtant la philosophie cartésienne n’est pas la meilleure porte d’entrée dans l’univers pictural de cette artiste espagnole vivant désormais à Paris. Il faudrait aussi ajouter un « e » à la fin de l’adjectif. Ajouter des « e », mettre au féminin, c’est d’ailleurs ce à quoi elle s’emploie depuis vingt ans.
Nous avons finalement convenu de nous retrouver vers Tour et taxis, ce lieu étrange, immense, longtemps en déshérence, dénué de centre comme de périphérie, coincé entre Molenbeek et Laeken.
Claire est tombée. Elle est allée dans la chambre du fond, là où on range les conserves et les confitures.. . Et soudain, tu as entendu : « Laurent ! Je suis tombée ! »
Quitter Amiens est une épreuve pour les yeux ; disgrâce des faubourgs qui s’étirent piteusement : des bâtiments en tôles rouillées, des maisons isolées, des murs borgnes, toute une architecture disparate et cacophonique.
Je ne pourrais pas prendre mes vacances ailleurs qu’au bord de la mer. J’ai besoin des embruns, de l’air iodé, j’adore découvrir du sable dans mes chaussures quand je les enlève le soir… Il y a une sensualité des grèves, une poésie du littoral qui me sont absolument nécessaires…
Je n’aurais jamais dû accepter d’encadrer cette colonie de vacances en Espagne. Tout ça pour gagner des cacahuètes.
Je suis aux anges. Luc et C. viennent d’arriver, papa et maman aussi (elle semble de bonne humeur maman en ce moment). C’était bien cette baignade, l’eau, pour une fois, n’était pas trop froide et j’en ai profité autant que j’ai pu.
Vous aviez acheté des crabes, vous alliez passer à table. Ça a éclaté comme un orage dans la chaleur de l’été : ta mère a accusé Claire de vouloir tout régenter ; Pierre, pour une fois, a osé prendre la défense de sa vieille mère, la mèche était allumée… Noms d’oiseaux, remarques perfides : dans le registre de la vulgarité et de la mauvaise foi, ta chère maman a été parfaite.
Pierre est né à la ferme. La maternité, à cette époque, n’est pas encore ce lieu incontournable.
Une peinture. Un portrait plus exactement. Un portrait de toi que je m’étais mis en tête de réaliser.