« La mort est passée. La photo arrive après qui, contrairement à la peinture, ne suspend pas le temps, mais le fixe. »
Mathieu Riboulet, Les Œuvres de miséricorde, Verdier, 2012

Les quelques réflexions qui suivent constituent plutôt un produit dérivé, car le dernier roman de Jérôme Ferrari À son image a déjà reçu la presse qu’il mérite tant par sa qualité que par son appartenance aux trente romans sur lesquels les projecteurs se dirigent dans la surproduction de la rentrée littéraire.

L’une des caractéristiques les plus fascinantes des éditions Inculte, en sens tout autant laboratoire du contemporain que maison d’édition, est la dimension collective du travail mené, via des revues, des rencontres croisées de ses auteurs, des collectifs ou des livres écrits à quatre mains comme A fendre le cœur le plus dur, signé Jérôme Ferrari et Oliver Rohe qui sort aujourd’hui en poche chez Babel. L’occasion de retrouver l’entretien vidéo réalisé avec Oliver Rohe lors de la publication du livre en grand format.

 


A fendre le cœur le plus dur, écrit par Jérôme Ferrari et Oliver Rohe, porte sur un ensemble de photographies prises par l’écrivain et journaliste Gaston Chérau en 1911, dans la Tripolitaine, en Libye, alors occupée par l’armée italienne et où Chérau est envoyé par le journal français Le Matin. A l’occasion de la publication en poche du livre, en Babel (Actes Sud), retour sur A fendre le cœur le plus dur, via un entretien avec les deux auteurs réalisé lors de la sortie du texte en grand format (Inculte).

OSteiner

Le massacre a eu lieu, le massacre a lieu, le sang est à peine séché et le sang coule, la terre au-dessus des cercueils est encore fraîche, remuée, on est toujours dans la sidération quoi qu’on dise, ce qui s’est passé déborde, nous déborde, débordera toujours. On veut tous faire quelque chose, allumer une bougie, mettre du rouge du bleu du blanc à la fenêtre, poser des fleurs, une simple rose ou un poème ou une corbeille, une couronne, un dessin d’enfant, je ne sais pas, verser des larmes aussi bien, chanter, prier, penser, je ne sais pas, on veut tous faire quelque chose et on ne sait pas quoi alors on fait ce qu’on peut, qu’est-ce qui peut être utile ?

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Nos dialecteurs ont un flair littéraire certain, eux qui ont décerné, dès samedi, leur Goncourt à Mathias Enard, pour Boussole, un roman exigeant, littéraire, foisonnant, un récit des frontières, comme celle qui scinde et unit les deux rives d’Istanbul : « se promener dans Istanbul était, quel que soit le but de l’expédition, un déchirement de beauté dans la frontière — que l’on voie Constantinople comme la ville la plus à l’est de l’Europe ou la plus à l’ouest de l’Asie, comme une fin ou un commencement, comme une passerelle ou une lisière, cette mixité est fracturée par la nature, et le lieu y pèse sur l’histoire comme l’histoire elle-même sur les hommes. »

L’une des caractéristiques les plus fascinantes des éditions Inculte, en sens tout autant laboratoire du contemporain que maison d’édition, est la dimension collective du travail mené, via des revues, des rencontres croisées de ses auteurs, des collectifs ou des livres écrits à quatre mains comme A fendre le cœur le plus dur, qui vient de paraître, signé Jérôme Ferrari et Oliver Rohe.