Quelle bonne idée celle des éditions bleu-atour autour de republier un texte de Aziz Chouaki Baya, Rhapsodie algéroise, premier livre en prose écrit par l’auteur, alors inconnu, en 1986 et édité en 1989 aux éditions Laphomic, dont la disparition plongea ce premier écrit dans l’oubli. Aziz Chouaki est désormais une figure atypique de la culture algérienne, né du temps de la colonisation, en 1951.

Avec son dernier livre, Sous le viaduc une histoire d’amour, Leïla Sebbar renoue avec un genre, le journal personnel, qu’elle a souvent pratiqué. On se souvient d’un ouvrage précédent, Métro (2007), qui couvrait les années 1997-2006, dans lequel chaque fragment portait le nom d’une station de métro et nous présentait « une Babel souterraine ».

56 ans après l’indépendance et la fin de la guerre, l’Algérie a besoin de mémoire, non pas de la mémoire officielle entretenue des deux côtés mais de la mémoire individuelle, celle des gens qui ont vécu dans ce pays, avant la guerre, pendant ce que l’on appelle l’époque coloniale, puis au moment de la guerre d’indépendance, jusqu’en 1962.

Le titre du livre de Robert Colonna d’Istria attire notre attention sur deux éléments paradoxaux : la datation, 1200 ans de solitude, allusion évidente au roman de García Márquez, Cent ans de solitude (1967) qui raconte sur plusieurs générations, au long d’un siècle, l’histoire de la famille Buendía depuis la fondation du village de Macondo et le lien avec l’histoire d’une famille corse, et pas n’importe laquelle, puisqu’il s’agit de la famille Colonna d’Istria.

De Fouad Laroui, écrivain maroco-néerlandais de langue française, on avait gardé le souvenir émerveillé de son Une année chez les Français (2010), succulente et sensible découverte par un enfant marocain, l’auteur probablement, de la langue et de la culture française. Depuis, Fouad Laroui, mène de front une carrière d’ingénieur, au Maroc, au Royaume-Uni, et de professeur de sciences économiques, à Amsterdam, où il enseigne aujourd’hui l’économétrie et les sciences de l’environnement. Et celle d’écrivain, avec une production régulière de romans, de nouvelles, de chroniques journalistiques qui en font un des auteurs les plus attachants de cette génération d’intellectuels, originaires d’Afrique du Nord, le Maroc en l’occurrence, et qui témoignent avec une grande lucidité sur la présence de l’Islam.

Edmond Charlot fait partie de ces libraires-éditeurs pionniers qui eurent, dans les années 30, l’idée novatrice de se lancer dans l’aventure d’un projet complet qui associait l’édition de livres et leur commercialisation dans un espace appelé librairie, conçu aussi comme un lieu culturel avec expositions de tableaux, rencontres culturelles et prêts de livres. A l’instar du corse José Corti qui, fonda, en 1936, à Paris, une librairie, centre de résistance intellectuelle pendant l’occupation allemande, et une maison d’éditions qui publia, entre autres, André Breton, René Char, Julien Gracq, Lautréamont, Gaston Bachelard, Edmond Charlot créa sa librairie, sous le nom de Les vraies richesses,  lui aussi, en 1936, mais à Alger. Les deux se sentaient aussi bien découvreurs de talents que passeurs.

La récente publication de la correspondance croisée entre Yourcenar et Silvia Baron Supervielle est aussi d’un très grand intérêt. Cousine éloignée du poète Jules Supervielle, née à Buenos Aires en 1934, et installée à Paris dans les années 60, Silvia Baron Supervielle a été une grande traductrice en langue française d’auteurs argentins.