Fouad Laroui (DR)

De Fouad Laroui, écrivain maroco-néerlandais de langue française, on avait gardé le souvenir émerveillé de son Une année chez les Français (2010), succulente et sensible découverte par un enfant marocain, l’auteur probablement, de la langue et de la culture française. Depuis, Fouad Laroui, mène de front une carrière d’ingénieur, au Maroc, au Royaume-Uni, et de professeur de sciences économiques, à Amsterdam, où il enseigne aujourd’hui l’économétrie et les sciences de l’environnement. Et celle d’écrivain, avec une production régulière de romans, de nouvelles, de chroniques journalistiques qui en font un des auteurs les plus attachants de cette génération d’intellectuels, originaires d’Afrique du Nord, le Maroc en l’occurrence, et qui témoignent avec une grande lucidité sur la présence de l’Islam.

Kaouther Adimi (DR)

Edmond Charlot fait partie de ces libraires-éditeurs pionniers qui eurent, dans les années 30, l’idée novatrice de se lancer dans l’aventure d’un projet complet qui associait l’édition de livres et leur commercialisation dans un espace appelé librairie, conçu aussi comme un lieu culturel avec expositions de tableaux, rencontres culturelles et prêts de livres. A l’instar du corse José Corti qui, fonda, en 1936, à Paris, une librairie, centre de résistance intellectuelle pendant l’occupation allemande, et une maison d’éditions qui publia, entre autres, André Breton, René Char, Julien Gracq, Lautréamont, Gaston Bachelard, Edmond Charlot créa sa librairie, sous le nom de Les vraies richesses,  lui aussi, en 1936, mais à Alger. Les deux se sentaient aussi bien découvreurs de talents que passeurs.

Marguerite Yourcenar

La récente publication de la correspondance croisée entre Yourcenar et Silvia Baron Supervielle est aussi d’un très grand intérêt. Cousine éloignée du poète Jules Supervielle, née à Buenos Aires en 1934, et installée à Paris dans les années 60, Silvia Baron Supervielle a été une grande traductrice en langue française d’auteurs argentins. Elle a maintenu une correspondance assez régulière avec Yourcenar, entre juin 1980 et juillet 1987, comme l’indique parfaitement le titre générique, Une reconstitution passionnelle, proposé par Achmy Halley dans l’édition de ces lettes. La classique relation d’auteur à traducteur se transforme peu à peu, sous nos yeux, en une amitié fervente, au point que Yourcenar en vient à terminer ses lettres par un « Je vous embrasse en veillant sur vous, avec ma pensée » ou « Je vous embrasse bien amicalement », preuves d’affection qu’elle prodigue rarement dans la correspondance publiée à ce jour.  

Marguerite Yourcenar

Les lettres de Marguerite Yourcenar représentent souvent une espèce de journal intime, un espace caché et secret de confessions où elle justifie cette affirmation de Victor Hugo qui disait : « C’est toujours dans les lettres d’un homme qu’il faut chercher, plus que dans tous les autres ouvrages, l’empreinte de son cœur et la trace de sa vie ». A ce moment-là on ne sait plus si on lit une lettre ou un journal intime. Au-delà de ses destinataires lointains, Yourcenar nous fait entrer dans son cercle le plus proche.

Marguerite Yourcenar

L’interminable polémique avec l’éditeur Curvers est significative du souci, chez Marguerite Yourcenar, de son indépendance d’écrivain et d’être maîtresse de son œuvre. En 1954, au cours d’un voyage en Europe, elle connaît, en effet, un jeune belge cultivé, directeur d’une revue au titre très mozartien : La Flûte enchantée, cahiers d’art poétique qui sera publiée de 1952 à 1962. Leur amitié va se briser quand, en 1956, Curvers, pressé de publier Les Charités d’Alcippe pour présenter le livre en Belgique, le sort sans envoyer d’épreuves à Yourcenar. Celle-ci exige des corrections que lui refuse Curvers. C’est alors que Yourcenar corrige directement, à la main, des exemplaires du service de presse, à l’occasion d’une présentation publique. Il s’ensuit un procès qui va durer des années.

Marguerite Yourcenar

De l’examen de la Correspondance, on tirera aussi la certitude que Marguerite Yourcenar a toujours été une impitoyable et inlassable critique littéraire dans une relation sans cesse remise en question avec l’acte d’écrire. C’est ainsi qu’elle répond longuement à un jeune étudiant, Simon Sautier, alors en pleine élaboration d’un Mémoire sur ses textes : « J’ai passé huit jours à une étude ligne par ligne de votre travail, ce qui représente pour quelqu’un d’aussi enfoncé que moi-même dans le travail littéraire que je le suis, le maximum de ce que je puis donner. Je vous demande de comprendre que cette attention scrupuleuse est en un sens un éloge : je ne l’aurais pas eue si votre manuscrit avait été sans intérêt et sans valeur pour moi, et de comprendre aussi que je l’ai traité comme à la relecture je traite les miens, c’est-à-dire impitoyablement. »