Une traduction est-elle dépendante de son contexte ou notre conception de cette pratique a-t-elle évolué au point de nécessiter de revoir partiellement ou totalement refaire les traductions de nos classiques ? On pense, entre autres, à la retraduction collective de l’Ulysse de Joyce, à Berlin Alexanderplatz de Döblin par Olivier Le Lay, ou aux « nouvelles traductions » de 1984, de L’Île au Trésor ou des Nouvelles intégrales (tome 1) de Poe.

En ces semaines où les prix littéraires d’automne consacrent des livres tout juste parus, mettant en lumière des textes qui demeureront (L’Ordre du jour d’Eric Vuillard) et d’autres plus éphémères, il serait utile de revenir sur des aventures éditoriales au long cours, de celles qui marquent durablement le paysage de leur empreinte singulière : ainsi Tristram, maison d’édition qui fête cette année ses trente années d’existence, dans une forme tout autant insurrectionnelle qu’anthologique (mais la maison aime les paradoxes et la littérature lui est sport de combat), avec la publication d’une Association de malfaiteurs.

Eric Losfeld

«Quand ce livre apparaîtra en vitrine des librairies, je suppose que 50% des acheteurs virtuels ne connaîtront pas mon nom (ça, c’est normal). 43 % diront : « Tiens, c’est l’éditeur porno, ça doit être croustillant », 5% diront : « Ah, Losfeld ! c’est l’éditeur qui a sorti deux ou trois bouquins rigolos ! ». Et 2 % seulement se souviendront que je suis un éditeur surréaliste ».
Ces lignes, Eric Losfeld les écrit dans les dernières pages d’Endetté comme une mule (1979) que les éditions Tristram rééditent en poche. En 2017, de toute évidence, lire ces Mémoires d’un éditeur, c’est redécouvrir le monde de l’édition des années 50 à aujourd’hui à travers une passion, dévorante, indissociablement littéraire et politique.

Hubert Lucot
Hubert Lucot

Dans quelques semaines paraîtra aux Éditions P.O.L le prochain livre d’Hubert Lucot, À mon tour. Cet ouvrage sera le dernier qu’aura écrit celui qui vient de mourir dans la nuit du 18 janvier 2017.

Rendre hommage à cet écrivain né à Paris en 1935, dire combien son œuvre compte et comptera ne peut se faire sans avoir aussitôt à l’esprit le titre d’un autre de ses livres, publié également chez P.O.L en 1984, Langst.

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Bernard Wallet objet du dossier du Matricule des anges (n° 170, février 2016) et en entretien. Thierry Guichard l’a rencontré dans un petit village aux confins de la Provence et du Languedoc, à l’occasion de la réédition chez Tristram, collection Souple, de son unique livre publié — sous son nom ! il en a tant publié signé par d’autres, notamment chez Verticales, qu’il fonda — Paysage avec palmiers (lire la critique du livre sur Diacritik).

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En 1992, Philippe Sollers, éditeur de Paysage avec palmiers chez Gallimard (« L’Infini ») écrit en quatrième de couverture : « Beyrouth n’était qu’une simple préparation à une sauvagerie désormais ouverte et universelle. L’histoire, comme le désir de mort, n’a pas de fin ». Le livre de Bernard Wallet paraît le 7 janvier dans la collection de poche « Souple » des éditions Tristram. Ces « choses vues » au Liban disent l’horreur de la guerre, l’horreur qui s’exerce sur celui qui en est le témoin mais aussi une réalité qui ne peut s’approcher que par fragments et éclats. Et la permanence du conflit.

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Écrire, n’est-ce pas toujours se situer dans une filiation, un « qui suis-je ? », interrogation d’une identité comme d’une inspiration ? Écrire n’est-ce pas d’abord avoir lu ? Le Portique du front de mer de Manuel Candré énonce sa source : la découverte séminale, vingt ans plus tôt, de Vermilion Sands de Ballard et les « paysages intérieurs que sa lecture a fait lever en moi ».

Il ne faudrait surtout pas faire entrer de force Complications de Nina Allan dans la catégorie de la seule science-fiction, quand bien même ce genre nourrit son approche du réel comme du récit. Si ce livre déploie des univers parallèles et nous fait découvrir des dimensions inconnues, c’est bien le pouvoir de toute fiction que la romancière célèbre. De l’Angleterre victorienne à la “Forteresse” d’un futur dictatorial, elle exploite toutes les strates du temps, faisant de ce recueil une approche renouvelée de la forme même du roman, ici compliquée.