Le but d’Hélène Giannecchini n’est pas de définir abstraitement l’amitié. L’autrice s’efforce de penser celle-ci comme possibilité subjective, éthique, politique : En quoi l’amitié peut-elle être la condition d’un rapport aux autres et à soi ? En quoi l’amitié peut-elle être la condition d’un autre mode de vie ? En quoi l’amitié peut-elle être la condition d’une forme d’agir politique ?

Que peuvent les vivants pour les morts? Que peuvent les morts pour les vivants? Lydia Flem pose ces questions, les développe, les prolonge dans Que ce soit doux pour les vivants. Livre subjectif, intime, en même temps que réflexion, Que ce soit doux pour les vivants entrelace de manière singulière une forme d’autobiographie, de biographie, d’essai, autant qu’il accomplit quelque chose : garantir la vie des morts, créer des liens avec les morts, témoigner. Entretien avec Lydia Flem.

Avec Un jour d’avril, retrouvons le meilleur de Michael Cunningham en un roman : le récit se déploie sur trois journées entre 2019 et 2021, chaque fois le 5 avril, d’une matinée à Brooklyn à un crépuscule dans une campagne américaine, en passant par un zénith islandais. En 2020 tout aura basculé pour le monde (le confinement) comme pour une famille… Chacune des trois journées est le concentré d’une année comme d’une vie et le roman se déploie comme un panneau peint, les ellipses entre les années venant concentrer les bascules dramatiques. Du grand art romanesque et un page-turner redoutable et bouleversant.

À l’occasion de la parution d’Un désir démesuré d’amitié, son nouveau livre, grand entretien avec Hélène Giannecchini où l’on croise Derrida, Barthes, Montaigne, Monique Wittig, Donna Haraway, Michel Foucault ou Maggie Nelson, comme autant d’amies et amis, puisque l’amitié se voit pensée dans ce récit comme une possibilité subjective, éthique, politique.

Pourquoi, à chaque fois que j’achève de lire un livre d’Aurélien Bellanger, me dis-je que mon temps aurait été mieux employé à faire autre chose ? Politiquement ambigu, stylistiquement pompeux, le nouveau livre d’Aurélien Bellanger estampillé « roman à clé(s) » avait pourtant quelques atouts depuis son titre provocateur jusqu’à son sujet sensible : la laïcité dévoyée, la disparition du parti de Jaurès, la montée en puissance d’un courant de pensée équivoque dont l’agenda serait de venir transformer sinon remplacer l’idéal originel…

Le but d’Hélène Giannecchini n’est pas de définir abstraitement l’amitié. L’autrice s’efforce de penser celle-ci comme possibilité subjective, éthique, politique : En quoi l’amitié peut-elle être la condition d’un rapport aux autres et à soi ? En quoi l’amitié peut-elle être la condition d’un autre mode de vie ? En quoi l’amitié peut-elle être la condition d’une forme d’agir politique ?

« On y pense ou on n’y pense pas », on tente de s’y préparer, on refuse d’y croire, « comme si l’envisager sous tous les angles permettait d’améliorer le pire, ou simplement d’y survivre ». Julia Deck écrit, dès les premières pages d’Ann d’Angleterre, comment elle a tenté d’apprivoiser l’inévitable (la mort de sa mère) avant de comprendre, le jour où sa mère a fait un AVC, combien ce training était vain. On ne se prépare pas à la disparition de celles et ceux qu’on aime.

Eric Hazan, écrivain, éditeur, fondateur de La Fabrique éditions, est mort aujourd’hui. Né en 1936, chirurgien, il avait repris, en 1983, la maison d’édition de livres d’art de son père, avant de fonder la sienne, en 1998, La Fabrique, indéfectiblement indépendante. Piéton de Paris, Eric Hazan défendait les causes qui lui étaient chères à travers les textes qu’il écrivait ou éditait. Son esprit de résistance et de combat manquera, alors que l’édition se voit toujours plus colonisée par l’extrême-droite. Demeurent ses livres et sa maison, qu’il avait transmise. Lire, résister : c’est en hommage à ses deux mots d’ordre, qui sont aussi les nôtres, que Diacritik republie un article qui lui avait été consacré, en 2017.

Une nuit, alors qu’il est en Grèce, Édouard Louis reçoit un appel de sa mère. L’homme avec lequel elle vit, ivre, l’insulte et la menace. Cette scène se répète mais elle a caché cette violence récurrente à son fils qui la pensait libérée après la rupture avec son père. Cette scène est celle de trop, il lui faut fuir. Mais comment ? comment fuir quand on a consacré sa vie à ses enfants, qu’on n’a rien à soi ? Le dernier livre d’Édouard Louis, Monique s’évade, est la tentative de dire « le prix de la liberté », sous-titre du livre et défi littéraire.

Le Terrain vague n’est pas un lieu où chacun vit replié sur lui-même, mais un espace ouvert où des bandes d’Indiens, liés par de nombreuses affinités et partageant quelques rejets, échangent au hasard des rencontres, élaborant ainsi des constellations animées par le désir de changement. N’en cherchez pas l’entrée au centre de la Cité, elle n’y est pas. Pour y accéder, il est nécessaire de se projeter à l’écart des lieux de pouvoir – donc de cultiver le goût des marges, et d’entretenir un rapport au temps non mesuré.

Dans Beautés de l’éphémère, Pierre Zaoui ne fait pas que s’intéresser aux bulles de savon, à leur histoire, à leurs significations théologiques ou philosophiques. La bulle de savon y est le support d’une réflexion éthique, elle est le moyen d’une valorisation de l’enfance comme point de vue éthique.

C’est la huitième fois depuis l’été 2021 que je referme après lecture un ouvrage de Jérôme Prieur avec l’intention bien ancrée de ne pas trop tarder à le rouvrir, afin de pouvoir le retraverser autrement, tant pour vérifier – par frottage – ce que ma mémoire en a gravé, que pour ressaisir ce qui m’aura échappé à première lecture ;

Le titre du « Libelle » qu’Emmanuel Beaubatie vient de publier, Ne suis-je pas un.e féministe ?, reprend une question posée plusieurs fois au cours de l’histoire. « Ne suis-je pas une femme ? » fut celle adressée par Sojourner Truth à la Convention des droits des femmes, en 1851, celle reprise en titre de son livre par bell hooks en 1981. Cette question, à la fois dépliée et décalée (femme, féministe), dit un questionnement essentiel, complexe, qui touche à la place d’un certain nombre de personnes dans les mouvements féministes : les trans, les lesbiennes, les femmes portant un foulard, les travailleuses du sexe, etc. dont la place n’a cessé d’être au mieux interrogée, au pire contestée, à coup d’exclusions et de violentes polémiques.

Avec Espèces dangereuses, Sergueï Shikalov écrit un roman générationnel et politique, le roman d’une génération de jeunes homosexuels dans la Russie des années 90-2000. Il écrit sur ce qu’aurait pu être cette génération, sur ce qu’elle a entrevu puis perdu. Il écrit sur ce qu’il en reste : des images, des mots, des rêves évanouis ou encore présents mais ailleurs, loin de la Russie.