Propriété privée, le grand roman de Julia Deck, vient de paraître en poche, dans la collection Double des éditions de Minuit. Dans ce quatrième récit, plus encore que dans les précédents, Julia Deck déploie avec grâce et férocité une critique sociale (sinon politique) aiguë de ce qu’on pourrait appeler des « bobos » épris de nature et choisissant de vivre dans un « éco-quartier » : le couple Caradec.

Avec Écologies déviantes, le militant et journaliste Cy Lecerf Maulpoix, nous offre un livre-parcours qui mêle récit de vie et de voyage, enquêtes historiques, lectures, interviews et réflexions politiques autour des tentatives passées, présentes et futures, d’articuler luttes écologistes et luttes queer. Un projet ambitieux et généreux sur le personnel, le collectif, la mémoire et les futurs possibles.

Indiscutablement, Farouches de Fanny Taillandier est l’un des romans les plus remarquables de cette rentrée littéraire. Dans une Ligurie, à la fois proche et distante de nous, la romancière nous conte l’histoire d’un couple, Baya et Jean, qui, entre attaques de sangliers et rixes entre bande rivales, sentent depuis leur maison comme une menace sourde s’immiscer progressivement dans leurs vies. Roman politique et géopolitique, fable écocritique et interrogation sans trêve sur le rapport au savoir et notamment à Wikipedia, Farouches offre une stimulante réflexion stimulante sur les liens de l’humanité avec le vivant sous toutes ses formes. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre de la romancière le temps d’un grand entretien.

Ici, la Béringie, le premier roman de Jeremie Brugidou, est un livre puissant et pluriel, porteur d’un imaginaire et de thèmes qui résonnent avec des questions fondamentales d’aujourd’hui : l’écologie, le rapport au monde, à l’animal, les catastrophes planétaires, l’invention d’imaginaires nécessaires à d’autres existences sur Terre, le capitalisme, le colonialisme… Entretien avec Jeremie Brugidou.

Le premier roman de Jeremie Brugidou est un roman d’aventure et une forme de dystopie, une réflexion anthropologique et politique autant qu’une œuvre qui tend vers la SF, un livre de rêves comme une enquête où la science et l’imaginaire vont ensemble. Le livre articule toutes ces dimensions pour dire et imaginer le monde – notre monde, ce qu’il est et ce qu’il pourrait être.

La littérature n’a sans doute jamais autant dit son souci du vivant qu’aujourd’hui, et en marge de nombreux romans qui se saisissent de cet enjeu primordial, quelques essais empoignent avec force cette urgence, comme celui de Pierre Schoentjes, Littérature et écologie. Le mur des abeilles ou celui de Jean-Christophe Cavallin, Valet noir, tous deux publiés chez José Corti.

Neuf et profondément original : tels sont les mots qui viennent spontanément à l’esprit pour qualifier le Manifeste pour une écologie de la différence que vient de faire paraître Hicham-Stéphane Afeissa. En des pages aussi fortes que lumineuses, le philosophe s’interroge sur la manière dont on pourrait mettre un terme au rapport profondément dominateur que les hommes entretiennent avec la nature, et notamment les animaux. Ne vivons-nous pas dans un déni de l’altérité que reconduisent certaines lectures écologiques ? Comment renouer les liens avec la nature et sa puissance créatrice sans l’écraser non plus que la nier ? Autant de questions déterminantes que Diacritik est allé poser au philosophe le temps d’un grand entretien.

Ailton Krenak est l’un des plus importants leaders autochtones au Brésil. Engagé dans la lutte écologiste et la défense des droits amérindiens depuis sa jeunesse, il a joué un rôle important dans la rédaction de l’article relatif aux peuples autochtones dans la nouvelle Constitution brésilienne de 1988. En 2015, les terres traditionnelles du peuple krenak (état du Minas Gerais) ainsi que la rivière Rio Doce sont ravagées par une coulée toxique provoquée par la rupture du barrage de contention de minerais de l’entreprise Samarco. En 2019, Ailton Krenak publie un recueil de textes, Idées pour retarder la fin du monde (Éditions Dehors, 2020), autour des cosmovisions amérindiennes et de leur capacité à « créer des mondes ». Au Brésil, il vient de publier deux autres ouvrages courts, tout aussi percutants (La vie n’est pas utile et Notre lendemain n’est pas en vente, 2020).

Critique de la société du déchet, énonce le sous-titre de l’essai de Baptiste Monsaingeon, Homo detritus, qui vient de sortir en poche chez Points (collection « Terre »). Cette critique de nos sociétés à travers le prisme de nos déchets est, de fait, un terrible « dis-moi ce que tu jettes et comment tu le jettes et je te dirai qui tu es »… L’essai ne part pas d’une hypothèse mais d’un constat, brutal : « L’anthropocène est un Poubellocène ».

L’urgence est là et le constat de Jonathan Safran Foer sans appel : nous sommes pleinement engagés dans une crise sans précédent, extinction des espèces, dérèglement climatique, catastrophes majeures liées à nos modes de vie, de consommation et d’alimentation.

L’avant-propos de L’Anthropocène contre l’histoire (en accès libre sur le site des éditions La Fabrique) suffit à situer son propos : daté d’octobre 2016, il revient sur le passage de l’ouragan Matthew qui a balayé Haïti puis les États-Unis, mettant face à face deux manières d’habiter la même planète, pour montrer que l’anthropocène ne peut être considéré comme un récit global. L’essai d’Andreas Malm articule deux questions principales : « comment rendre compte de ces temps d’intensification du chaos climatique », de la co-existence de situations antagonistes face à cette crise ? Comment changer nos récits, notre manière d’écrire comme de lire la littérature ?

Quelle place pour la littérature, et plus largement la culture, dans notre époque, au sens étymologique de ce mot, epokhê, point d’arrêt ? Comment se situer, agir, partager et résister au désastre, sans tomber dans la caricature bourgeoise, atterrante et pour le moins indécente de certains de ces journaux d’écrivains planqués dans leurs résidences secondaires, observant le monde depuis leur fuite ? Des auteurs et éditeurs ont fait le choix de la résistance selon une « écologie du partage ». Les librairies sont fermées ? ils mettent en ligne, en open access, une partie de leur catalogue, des titres qui résonnent comme des commentaires de nos présents.