Il en est parfois des livres comme de certains êtres : ils nous obligent. Il arrive qu’il faille répondre des livres comme on répondrait de l’existence de certains êtres qui n’ont pas encore commencé à exister. Ce sentiment je l’éprouvai pour Artaud, je l’éprouve aujourd’hui en lisant Le Mort-né. Cela vient peut-être de la coïncidence des limbes et de la pensée : de la place que l’on fait, que l’on est sommé de faire aux corps maudits dont le livre est le tombeau – à la fin le corps lui-même.

Benoît Féroumont est un petit chenapan : sous couvert de donner un coup de jeune à l’un des plus célèbres septuagénaires de la bande dessinée, l’auteur de Fantasio se marie en profite pour féminiser avec subtilité et humour des aventures historiquement (et parfois strictement) masculines. Il en ressort un album drôle, enlevé et girly qui transgresse les codes de la BD ado-adultes pour distiller quelques messages féministes bien sentis.

Lors d’entretiens que j’ai réalisés sur «création et critique», un glissement s’est opéré dans les échanges de la critique (littéraire) vers le politique. Quels enjeux critiques et politiques traversent le travail d’écriture ? Un nouveau cycle d’entretiens s’ouvre sur cette question, cette fois dans Diacritik, avec différentes auteures.

Ils sont vingt. Tous philosophes ou pour le moins anthropologues. Vingt qui, au temps où ils fréquentaient la rue d’Ulm, étaient communistes — des communistes plus que critiques. Vingt qui furent parmi les meilleurs élèves de Louis Althusser ou ont pour le moins suivi son cours sur Rousseau. Vingt qui partagèrent son amitié intelligente et généreuse. Vingt en somme dont Althusser fut le caïman vénéré en cette ENS de la rue d’Ulm vers laquelle beaucoup dans le monde avaient les yeux tournés. Vingt qui connurent dans cette même ENS des années d’enchantement et virent passer Foucault, Derrida et Lacan. Vingt enfin dont Wald Lasowski recueille aujourd’hui les témoignages à propos de celui qui fut, avec l’Italien Gramsci, le plus grand interprète de Karl Marx au XXe siècle.