Gangster, c’est l’appartenance à un gang, à un groupe privé qui vient détourner des fonds ou le sens de ce qui est dit. Au point d’introduire partout dans le système des échanges et des idées, des formes de récupération et de réaction. Gangster est le nom du blanchiment d’un trafic. Blanchiment du sens, des valeurs, des arguments, des régimes de discours et de phrases que Lyotard avait soigneusement distingués dans Au juste, et encore dans un livre savant relatif au Différend.

En 2012, dans un entretien amical, Jean-Luc Nancy et Jean-Clet Martin échangeaient au sujet de Derrida, du corps, du politique, de Spinoza – échanges ouvrant ou soulignant des résonances, des lignes possibles entre l’œuvre de l’un et celle de l’autre, des transversales à l’intérieur de chacune de ces œuvres qui sont aussi des lignes qui tendent vers un dehors, comme pour toute pensée véritable.

Archéologies ferroviaires de Bruno Lecat est placé sous le signe de trois épigraphes qui, comme dans un morceau de musique, en donnent le la, soit, dans la dérive géographique que propose l’auteur, un : il s’agira, depuis Deleuze et Guattari, d’arpenter et « cartographier, même des contrées à venir ». Avec Calvino, de proposer « un voyage dans la mémoire » et avec Derrida, d’être dans une pulsion d’archive, de « maîtriser les traces, pour les interpréter ». Remis en mouvement, le passé est un avenir, le collectif une forme d’intime et tresser ces articulations une manière de définir ce que serait écrire.

Oui, la chair est triste, et il n’est nul besoin d’avoir lu tous les livres. Cette chair putride – restes d’animaux macérés, mélange de sang séché et d’os broyés – utilisée dans les canons à eaux des CRS pour disperser les manifestants, en France … elle dit quelque chose. Elle annonce, bien au-delà de cet infime exemple, un nouveau temps : celui du « sans limite ». Celui où la brutalité rend fière, où elle peut être assumée avec orgueil, même dans l’abject, même dans l’immonde.

Dans son dernier livre, Jean-Clet Martin propose une lecture de l’oeuvre de Giraud/Moebius qui est en même temps une analyse de ce qui appartient en propre à l’image de la BD. Ce livre est un livre de philosophie autant qu’il travaille la perception, permettant de penser ce que l’on ne pensait pas et que la BD nous conduit à penser, permettant de percevoir autrement la BD et par la BD, à partir d’elle. Entretien avec Jean-Clet Martin.