Fantasio se marie : le groom qui aimait les femmes

Fantasio se marie

Benoît Féroumont est un petit chenapan : sous couvert de donner un coup de jeune à l’un des plus célèbres septuagénaires de la bande dessinée, l’auteur de Fantasio se marie en profite pour féminiser avec subtilité et humour des aventures historiquement (et parfois strictement) masculines. Il en ressort un album drôle, enlevé et girly qui transgresse les codes de la BD ado-adultes pour distiller quelques messages féministes bien sentis.

Neuvième opus de la série parallèle qui permet à ses auteurs de revisiter l’univers du célèbre groom de la maison Dupuis, Fantasio se marie par Benoît Féroumont est une pépite qui (re)donne le pouvoir la gent féminine et dynamite le duo historique autant que les préjugés : la place des « filles » dans la BD, les sombres heures de l’histoire (la collaboration pendant la 2nde Guerre Mondiale, la spoliation), l’intemporalité critiquable de la bande dessinée… Par petites touches, Benoît Féroumont s’applique à démythifier (sans tomber dans l’excès de caricature) le héros maison, leitmotiv de l’exercice du «Spirou de…».

Fantasio se marieFantasio amoureux transi, qui l’eut cru ? Le grand dadais complice de Spirou a trouvé l’âme sœur en la personne de Clothilde, fille de Madame Gallantine patronne de presse légèrement tyrannique et obsédée par l’apparence. Dès lors, finies les courses autour du monde, les torts à redresser, les virées masculines en voiture de sport. Fantasio va se marier et c’est l’inénarrable Seccotine qui se proclame colocataire des aventures (et de l’intérieur désuet) du célibataire en livrée de garçon d’ascenseur. L’entrée en scène de la jeune journaliste est alors un prétexte à des saillies qui font mouche sur le mobilier vintage, sur le refus de la modernité d’un Spirou (qui semble ne pas connaître Internet) au risque de tutoyer l’anachronisme.

Entre les lignes (et derrière les cases), Benoît Féroumont pointe (comme Morvan et Munuera, ou Yoann et Vehlmann dans une moindre mesure) la difficulté de faire vivre et revivre des personnages dont les traits de caractères sont parfois figés, répondant à un cahier des charges souvent immuable, du moins dans la série officielle. Si le dessin est rond et parfois presque enfantin (dans le droit fil du Royaume, sa série phare également chez Dupuis), il sait se faire sensuel et plein de second degré dans sa représentation des femmes, comme lors du défilé de mode que Spirou, Seccotine et les événements vont venir perturber. Et l’innocence graphique dévoile un second degré intéressant : non seulement Benoît Féroumont donne une place importante à la femme dans cette aventure, mais il passe en revue nombre de clichés sur l’image de celle-ci dans la bande dessinée comme dans la réalité.

Spirou de Feroumont

La dictature de l’apparence, les stéréotypes, la féminité, l’éternelle jeunesse et la place de la femme dans la société sont alors au cœur de ce récit aux présupposés foncièrement virils… Et les garçons en prennent pour leur grade : Fantasio se révèle docile jusqu’à la soumission, l’indépendance financière de Spirou est enfin mise à jour (bien cachée derrière un lourd et conflictuel héritage maternel) et les gestapistes belges sont les seuls vrais seconds rôles exclusivement masculins de cet album qui fleure bon le girl power.

Spirou de Feroumont

Vous l’aurez compris, Fantasio se marie n’est pas qu’une bluette endiablée qui surfe sur les atouts intrinsèques de la série créée il y bientôt 80 ans. Il y a quelque chose de La Mauvaise tête de Franquin dans cette course poursuite qui prend sa source dans le Bruxelles de 1942 pour trouver sa conclusion de nos jours, le regard tourné vers demain. Vers un futur où la femme est l’avenir du groom ?

Fantasio se marie

Benoît Féroumont, Fantasio se marie, Le Spirou de… Tome 9, 68 p., Dupuis, 14 € 50.

Lire les premières planches