Avec le documentaire Les mille et une vies musicales de Fleetwood Mac à voir sur Arte le 13 septembre à 22h30 et déjà disponible en streaming sur le site de la chaîne, la journaliste Sophie Rosemont nous rappelle brillamment à quel point le groupe à l’origine du sémillant album Rumours (1977) brille dans la traînée du temps, laissant loin derrière lui des milliers de musiciens et de chanteurs voisins de son histoire.
Sophie Rosemont réussit à dire l’alchimie puissante et parfaite d’une formation-pont entre l’Angleterre et les États-Unis dont la composition classique (Stevie Nicks, Christine McVie, John McVie, Lindsey Buckingham et Mick Fleetwood) a trusté les charts mondiaux dans les années 70 et 80. En 2023 (46 ans après sa sortie), Rumours figurait ainsi dans le top 10 des vinyles les plus vendus aux États-Unis.

Fleetwood Mac évolue après sa création en 1968 (forcément) d’une onde blues vers un soft rock inouï puisant dans la pop et le folk. Surtout, les cinq formidables incarnent les clichés – tout à fait réels et vécus dans leur propre chair – des expérimentations sexuelles, de l’addiction aux drogues et de la vie essoufflante du rock’n’roll. Ce triptyque, ils le chantent et le peignent assurément mais dans le même mouvement le traversent avec grâce, gratifiant au passage le monde de chansons-phénomènes (Dreams, Everywhere, Little lies, Gypsy) ; le lecteur ajoutera à loisir les titres de la bande son de sa vie. Mais unions et divorces entre les membres, coucheries, abus de substances, tournées aussi harassantes que glorieuses n’épuisent pas un groupe porté – on le comprend dans le récit mené par Rosemont – par deux femmes éblouissantes, chanteuses et compositrices : Stevie Nicks et Christine McVie. La première étant parfois en évident hommage inversé accusée de sorcellerie et la seconde, disparue il y a deux ans, centrale dans la vie de Fleetwood Mac qu’elle considère constitué – dit-elle – « de cinq membres indépendants avec du caractère. »

Le Spectacle peut bien se faire le réceptacle du scandale et accoler désormais le mot hippie chic à Fleetwood Mac. Restent les chansons, fortes et profondes, gouffres bouillants de spiritualité agnostique, refrains sidérants, à étudier au-delà de leur valeur biographique, dans un élan irrésistible vers la danse. Parmi les intervenants, judicieusement amenés dans un récit chronologique, on aperçoit la formidable journaliste et chanteuse Valli, érudite et pleine de vie, Alex Karpanos, le chanteur de Franz Ferdinand un verre de vin rouge à la main ainsi que la splendide et inspirée Weyes Blood qui donne la mesure de sa fascination pour Fleetwood Mac que ce documentaire place méthodiquement en majesté.

“Les mille et une vies musicales de Fleetwood Mac“ écrit et réalisé par Sophie Rosemont, 53 minutes. Disponible jusqu’au 13/10/2024 sur Arte.tv. Diffusion à la télévision le vendredi 13 septembre à 22:30.
