Diacritik publie : « il suffit de traverser la mer », un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
il fait si chaud
elle noue autour de son cou
un tissu mouillé
la clim ?
ironise Théo
aujourd’hui l’Algérienne
toute à la tâche
est
sans savoir pourquoi
joyeuse
en fin d’après-midi
à l’heure où passent les chèvres
elle saute sur le chemin
embrasser Shula la gamine
et part nager à l’océan
silhouette de femme
sculpturale
au pas antique
elle nage pareil
assurée forte
franchissant
la barrière des vagues
nage loin
sans crainte
aujourd’hui heureuse
on ne sait pourquoi
corps fatigué paisible
allongé sur le sable
respiration du ressac
d’un monde au diapason
le soleil
d’un brusque tempo
ou plutôt : la terre qui tourne
le soleil tombe
dans l’océan
la nuit arrive
les anges veillent
et s’il y avait communication entre A et B ?
écrites par la même personne après tout
communication inconsciente
car oui
on écrit dans le désir et
l’inconscient regorge de désir
B
la blonde rêveuse
accueille
des souvenirs / images
du passé
ce temps des prémisses
de la rencontre
lorsque rien n’a été dit
rien acté
registre émoi d’adolescence
la blonde quand même
se moque
d’elle-même
savourant
une sorte de romance
un état amoureux
monomaniaque
océan ce jour-là
en tumulte
pourvu qu’aucun n’embarque
se dit-elle
les vagues hautes rugissent
alors toujours
s’impose
lorsque les éléments se déchaînent
et les passions
l’évocation de
Wuthering Heights
(le livre est dans la maison bleue)