Catherine Weinzaepflen : il suffit de traverser la mer (feuilleton/30)

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Diacritik publie : « il suffit de traverser la mer », un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.

 

A

il fait si chaud

elle noue autour de son cou

un tissu mouillé

la clim ?

ironise Théo

 

aujourd’hui l’Algérienne

toute à la tâche

est

sans savoir pourquoi

joyeuse

 

en fin d’après-midi

à l’heure où passent les chèvres

elle saute sur le chemin

embrasser Shula la gamine

et part nager à l’océan

 

silhouette de femme

sculpturale

au pas antique

 

elle nage pareil

assurée forte

franchissant

la barrière des vagues

nage loin

sans crainte

aujourd’hui heureuse

on ne sait pourquoi

 

corps fatigué paisible

allongé sur le sable

respiration du ressac

d’un monde au diapason

 

le soleil

d’un brusque tempo

ou plutôt : la terre qui tourne

le soleil tombe

dans l’océan

 

la nuit arrive

les anges veillent

 

et s’il y avait communication entre A et B ?

écrites par la même personne après tout

communication inconsciente

car oui

on écrit dans le désir et

l’inconscient regorge de désir

 

B

la blonde rêveuse

accueille

des souvenirs / images

du passé

ce temps des prémisses

de la rencontre

lorsque rien n’a été dit

rien acté

registre émoi d’adolescence

 

la blonde quand même

se moque

d’elle-même

savourant

une sorte de romance

un état amoureux

monomaniaque

 

océan ce jour-là

en tumulte

pourvu qu’aucun n’embarque

se dit-elle

les vagues hautes rugissent

 

alors toujours

s’impose

lorsque les éléments se déchaînent

et les passions

l’évocation de

Wuthering Heights

(le livre est dans la maison bleue)