Le fac-similé intrigue d’emblée. Efficace, intranquille. Sous l’aspect d’une page de brouillon fortement surchargée, il occupe la couverture du livre comme pour exposer sans fausse honte la puissance d’un désir mais aussi bien le scrupule à dire autant qu’à montrer ce qu’on découvrira. Et la chose semble se compliquer encore lorsqu’on met en rapport cette image avec le titre du livre, d’une beauté élémentaire, suggestive, équivoque — Faire la vie. L’affaire risque d’être forte, nous voilà prévenus, pour deux raisons au moins : elle nous regarde et ne va pas de soi.

« Hors du monde » et « hors saison » : tel est l’espace évidé depuis lequel Mathieu Larnaudie compose Blockhaus. Retiré dans une villa normande en front de mer pour écrire, le narrateur se laisse emporter par le génie du lieu, les échos lointains de la grande Histoire et les fracas du monde contemporain, comme autant de colères qui grondent.

S’il n’y a qu’un seul texte à lire sur la pandémie, c’est bel et bien le remarquable Changer le monde de Laurent de Sutter qui vient de paraître. Dans ce bref et incisif essai, le théoricien de la postcritique déploie une saisie aussi originale que juste du virus qui a obligé une large partie du monde à se confiner. Avant de se projeter aveuglément dans le monde d’après, il faut d’abord revenir aux Grecs pour qui toute épidémie relève non d’un principe médical mais appelle à une vision politique : celle de la co-existence avec les puissances étrangères. Autant de pistes neuves de réflexion sur lesquelles Diacritik a voulu revenir avec Laurent de Sutter le temps d’un grand entretien.

Depuis 2003, Perrine Le Querrec publie à un rythme frénétique, multipliant les sujets, les formes, proposant des livres qui constituent à chaque fois des objets différents et audacieux. Les trois textes publiés début 2020 dessinent de manière saisissante les contours d’une poésie contemporaine parmi les plus remarquables.

C’était la révélation de la rentrée et c’est désormais le Prix du Livre Inter 2020 (présidé par Philippe Lançon) : Avec Avant que j’oublie, Anne Pauly signe un splendide et rare premier roman. Paru chez Verdier, dans la collection « Chaoïd », ce vibrant récit creuse la mémoire d’un père par sa fille plongée dans un deuil où, entre douleur et cocasserie, il s’agira pour elle de bâtir un mausolée incandescent. Roman de transfuge de classe diront certains : rien n’est moins sûr. A l’occasion de sa publication, Diacritik était allé à la rencontre de la romancière.

7textes composent L’Abattoir de verre de J.M. Coetzee, désormais disponible en éditions Points, dans la traduction française de Georges Lory. 7 textes qui, rassemblés, forment le portrait fragmenté, diffracté d’une femme dont les lecteurs fidèles du romancier sud-africain, prix Nobel de littérature en 2003, perceront rapidement l’identité.

Pierre Vinclair, né en 1982, est l’auteur de dix-sept livres (depuis 2007 et L’Armée des chenilles, un premier roman publié chez Gallimard) auxquels doivent être ajoutées un certain nombre de traductions — notamment Kojiki (Japon) en 2012 et Shijing (Chine) en 2019 au Corridor bleu. Il publie ce 4 juin chez Corti deux livres importants : La Sauvagerie, dans la collection “Biophilia” – “une épopée totale concernant l’enjeu le plus brûlant de notre époque : la crise écologique, la destruction massive des écosystèmes” ; et agir non agir, dans la collection “En lisant en écrivant” – un essai où, constatant que “la part sauvage décroit sur Terre à grande vitesse”, il s’interroge sur ce “que peut faire alors un poète en tant que poète ?”, étant donné qu’“au même titre que quiconque, le poète se sent pressé d’agir.”