Orchestrée depuis 1982, la divulgation de Visite ou Mémoires et Confessions (Visita ou Memórias e Confissões) ne devait se faire qu’après la mort de Manoel de Oliveira, survenue le 2 avril 2015 à l’âge de 106 ans. Revenu ainsi d’entre les morts, le réalisateur livre un film autobiographique en ouvrant les portes de la maison où il a vécu 40 ans.
Trois livres d’Erri de Luca paraissent ce mois-ci chez Gallimard, comme la partition ou le feuilleté de l’ensemble de son œuvre : une pièce de théâtre, Le Dernier voyage de Sinbad ; un livre de correspondances avec le biologiste Paolo Sassone-Corsi, Le Cas du hasard ; et un recueil de courts récits, Le Plus et le moins, composant ce que l’écrivain nomme un « atlas », s’achevant sur trois poèmes.
Diacritik a rencontré Erri de Luca, pour un entretien vidéo en trois parties, dans lequel l’écrivain italien évoque Naples, l’écriture, sa haine de la notion d’identité, sa passion pour le récit oral et la littérature destinée, comme il l’écrivait dans Le Tort du soldat (2014) à « rétablir le nom des choses ».
Paru en mars dernier, le nouveau roman graphique de Craig Thompson, Space Boulettes (« Space Dumplins » en version originale) est un space opéra, un conte pour enfants et une relecture d’Alien. Et une réflexion sur le vivre ensemble, sur la condition sociale aux USA et la question des ressources énergétiques. Une oeuvre foisonnante à des années lumière de Blankets, Chunky Rice et Habibi. Entretien avec l’auteur de Space Boulettes. Où l’on parle de SF, de cacas de baleines et d’apprentissage de la vie.
Jonathan Franzen l’écrivait en 1996 déjà, dans Perchance to Dream, un article publié dans le Harper’s : « Nous vivons dans une culture fortement binaire.»
Je n’ai pas de première phrase.
J’ai pensé à « Aujourd’hui, Maman est morte », ou « Longtemps, je me suis couché de bonne heure », mais Maman est vivante et je me suis toujours couché tard.
Je n’ai aucune idée de ce que je pourrais ensuite raconter.
Et je sais que les mots ont trop servi, et que tout a été dit.
C’est mal parti.
A mi-saison, que dire du Bureau des légendes, saison 2, la série dirigée par Eric Rochant dont le personnage principal est incarné par Mathieu Kassovitz ? Parce qu’elle est disponible en intégralité sur Canal Plus à la demande, le comité de visionnage de Diacritik s’est livré à une séance de binge watching. Pour ne rien « divulgâcher », critique sous le sceau du secret.
La Fondation Henri Cartier-Bresson expose une rétrospective de l’œuvre de la photographe américaine Francesca Woodman (1958-1981), constituée d’une centaine de tirages, vidéos et documents. Inaugurée en mai, elle se poursuit jusqu’au 31 juillet 2016.
Il s’agit d’une exposition d’abord présentée au Moderna Museet de Stockholm, en 2015, sur laquelle Jean-Philippe Cazier avait alors écrit. Diacritik republie son article.
Le Voyage de Hanumân, à paraître aux éditions Le Tripode le 22 septembre 2016, raconte l’exil de deux paumés au Danemark, et leur vie quotidienne dans un camp de réfugiés. L’Estonien Johann et l’Indien Hanumân, compagnons d’infortune, survivent comme ils peuvent. Entre les magouilles, les petites et grandes indignités, les humiliations et les mensonges, se dessine jusqu’au rire une carte sensible de ces zones transitoires où pataugent et se mêlent l’absurde, les espoirs et les peurs de milliers de laissés-pour-compte. Diacritik publie, en avant-première, le grand entretien que Lucie Eple a réalisé avec Andreï Ivanov.
Suite nigériane, avec Les Pêcheurs de Chigozie Obioma, Destiny de Pierrette Fleutiaux et Lagos lady de Leye Adenle. Et deux excursions.
De livre en livre, Jean-Paul Goux n’aura cessé de mener une réflexion, inquiète et obstinée, sur les manières d’habiter. Les personnages de l’écrivain sont en permanence à la recherche d’un lieu, ou plutôt d’un séjour, qui les mette aux prises avec le réel, les réconcilie avec le monde, leur donne la conscience infaillible d’être vivant : un lieu qui allie simplicité et naturel, en s’ouvrant nettement aux rythmes de la nature et à la scansion du temps. Les lieux, chez le romancier, sont toujours des observatoires ou des sismographes, qui ne mettent pas à l’abri d’une enclave, mais permettent de sentir ou d’éprouver avec une acuité plus grande les soubresauts du réel. Ces séjours privilégiés, fragiles, sont en permanence menacés, voués à la ruine, menacés par les bulldozer ou les méfaits d’un urbanisme incontrôlé : le désir d’un lieu et l’angoisse de le perdre, c’est dans ce battement-là que s’élabore l’œuvre du romancier depuis Les Jardins de Morgante.
C’est la fin des années 1990. Une page n’est pas encore tournée, et il y a des chances qu’elle ne le soit toujours pas. Pour l’heure, cela n’a pas vraiment d’importance, et d’ailleurs je n’y pense pas. Le siècle agonisant, le millénaire essoufflé, le monde en bout de course ne m’atteignent pas.
