La poésie : on passe son temps à essayer de la débusquer, dans tous les recoins où elle daigne se nicher. Elle n’est pas une chose du passé réservée aux manuels d’école ; comme toute écriture, elle est vivante, se métamorphose au fur et à mesure qu’émergent des voix qui l’incarnent, l’altèrent et la transforment. Alors il faut guetter ces métamorphoses, pour cela se déplacer sur la ligne de front, et entrer dans ce Bunker en compagnie d’Hélène Lécot, éditrice, qui présente l’origine et l’intention qui ont permis l’émergence de cette nouvelle maison de poésie contemporaine.

Et une fois de plus, en ce début d’après-midi, m’allongeant sur le canapé de l’atelier afin de me plonger dans la lecture d’un livre dont je ne sais encore à peu près rien, je résiste avec difficulté à la tentation de m’endormir. Le livre me glisse des mains sans que je n’aie eu le temps, ou le réflexe, de marquer la page où j’en suis. Le bruit qu’il fait en tombant me fait reprendre mes esprits. Décidé à rester éveillé, je sors me dégourdir les jambes. Dans la forêt proche, alors que l’orage gronde au loin, me revient ce titre : Je marche ou je m’endors.

Dieu et Newton, leur rencontre, en cette nuit de 1727.

« Parfois Dieu se lasse de sa forme de lumière et de silence. L’éternité lui donne la nausée, son manteau tombe. Nous voyons une ombre prendre forme parmi les étoiles, la nuit vient. Dans la maison de Newton à Londres, on se prépare sans le savoir à cette visite étrange. Tard le soir, une voiture arrive en glissant dans la pluie le long de la rue où habite Newton. Elle franchit le porche de la maison de Newton et vire dans la cour obscure. »

Voici ce qu’un songe ardent, derrière le front, m’incita à écrire.

Plutôt que des « barrages » contre les idées et les pratiques d’extrême-droite, ce sont des passoires que les social-démocraties du 21ème siècle ont délibérément construites. Une manière de trier dans la panoplie du pire, non de l’empêcher. Comment voir autre chose que la prolifération du pire et ne plus indexer à ce dernier notre rapport à la politique parlementaire ? Qu’y peut ledit Nouveau Front Populaire ?

Cela vous arrive sans doute aussi : vous venez d’achever la lecture d’un livre, en entamez un autre et deux paragraphes entrent en écho. Ma dernière expérience de ce type, sujet d’un nouveau transport en commun, est liée à Jusqu’à ce que mort s’ensuive, exceptionnel roman d’Olivier Rolin (Gallimard) qui interroge la forme d’une ville, le Paris des barricades arasé par le baron Haussmann, lu juste avant Circulez La ville sous surveillance de Thomas Jusquiame (Marchialy) qui interroge les origines d’un contrôle des populations urbaines et passe par Haussmann. Tous deux citent le préfet de Paris, tous deux lui donnent Walter Benjamin comme contrepoint.

Ça commence par une rencontre aux Mots à la bouche. En réalité, ça commence plus tôt, dans une librairie à Marseille où le livre se démarque sur une des tables (ce titre) : Johnny, est-ce que tu m’aimerais si j’avais une plus grosse bite ? Je ne connais pas encore l’auteur, Brontez Purnell — je ne sais pas que je vais le rencontrer deux semaines plus tard à terrasse d’un café parisien, pour un entretien et quelques photos —, mais je connais la maison d’édition, Rotolux, pour avoir édité Anthologie Douteuses et Firestar. Je fais confiance. Je prends le livre. C’est ma mère qui paie. Alors je le lis.