Le 24 mars 1941, le Capitaine-Paul-Lemerle quitte le port de Marseille : c’est ainsi que s’ouvre pour ainsi le nouveau récit d’Adrien Bosc. A cette époque d’exodes et de fuites, où les routes et les mers sont chargées de réprouvés et d’apatrides, ce départ pour la haute mer n’a rien de singulier. Mais parmi les passagers qui fuient le régime nazi, les compromissions françaises et la guerre partout dans une Europe en feu, le lecteur croise André Breton et Claude Lévi-Strauss, Anna Seghers et Victor Serge, Wilfredo Lam et Alfred Kantorowicz.
Trois figures et non deux sont au centre du dernier livre de Valérie Zenatti, Dans le faisceau des vivants : Aharon Appelfeld, Valérie Zenatti et leur amitié, elle aussi personnage d’un roman sous le signe de la rencontre. Cette rencontre n’est pas seulement celle d’un immense écrivain et de sa traductrice, c’est celle d’un homme et d’une femme qui vont partager récits, langues et silences, c’est une évidence, une amitié unique, de celles, rares, qui dépassent les catégories et que seule la littérature est à même de saisir.
Je parle aux murs ? Tout enseignant l’aura pensé, au moins une fois. Je regarde mes élèves, je les écoute parler, je ne comprends rien. Sauf ceci : une distance immense, des kilomètres, des siècles. Plus : la certitude qu’aucun geste de ma part, ni de leur part, ne pourra jamais la réduire cette distance. De quoi s’agit-il ? Ça veut dire quoi que je parle aux murs ? Trouble de l’attention ? Distance générationnelle ? Culturelle ? Sociale ? Que puis-je faire ? Peut-être, au fond, rien.
Dès les cinq premières pages, Michel Houellebecq a planté ses balises, celles qu’on connaît par cœur et qui sont sa signature. Serait-ce une cynique stratégie marketing pour s’assurer l’immédiate bienveillance des fans, ou simplement le numéro d’un vieux cheval du cirque médiatique qui rejoue sans cesse les mêmes tours ?
She, le dernier album de Muthoni Drummer Queen, tourne, comme son titre l’indique, autour de la figure féminine. La chanteuse, parolière et musicienne kenyane y développe plusieurs approches de la condition féminine mais toujours en rapport avec le politique et le social. Ses textes sont à la fois critiques et visent à l’empowerment.
« Personne ne bouge » : l’incipit de Bacchantes, le dernier Céline Minard donne le la, celui d’un roman entre vrai/faux scénario de film de casse et jeu plus ou moins réussi avec les ficelles élimées du genre, dans la baie de Hong Kong, alors que s’annonce le typhon Shanshan, classé 10 sur l’échelle de Beaufort.
Sortir le grand jeu – ce jeu de mot sur le titre du roman de Céline Minard qui vient de paraître en Rivages Poches est facile, voire un peu vain au regard de la radicalité de son œuvre, pensée comme une exploration que l’on pourrait imaginer systématique des genres, ce qui serait méconnaître sa portée véritable :
Les aventures de Perlimtintin. Lettre à (la) France : il était une fois, moi et moi…
Le Rienologue est le dieu de la Bourgeoisie actuelle ; il est à sa hauteur, il est propre, il est net, il est sans accidents. Ce robinet d’eau chaude glougloute et glouglouterait in saecula saeculorum sans s’arrêter. Honoré de Balzac, Les Journalistes
Le 12 janvier 2019
Christophe Prochasson,
Vous vous êtes engagé, ainsi que votre institution, l’EHESS, dans un combat contre les « dérives autoritaires » en Europe et les « atteintes intolérables à la liberté de penser » en Hongrie (Voir votre lettre du 10 décembre 2018, figurant sur la page d’accueil du site web de l’EHESS).
Abandonnez toute affaire cessante les livres que vous lisiez pour vous précipiter sur Nino dans la nuit de Capucine et Simon Johannin qui vient de paraître aux éditions Allia. Deux ans après L’Été des charognes, ce roman s’impose incontestablement comme un des récits les plus vifs et remarquables de nos années 10. Loin des clichés réactionnaires bourgeois d’un Houellebecq, Nino dans la nuit est le grand roman de cette rentrée, celui qui s’offre, à travers la figure incandescente de Nino, comme un grand récit sur la nuit du contemporain, la folie de ses corps à la recherche de la grande vie du monde. Rencontre le temps d’un grand entretien avec les auteurs de ce puissant roman à quatre mains.
Yann Moix n’aime pas les femmes de cinquante ans. C’est son droit, cela s’appelle la liberté d’expression. Il a le droit de le dire haut et fort, et de passer pour un con aux yeux d’une bonne partie de la population.
Bouchra Khalili est sans doute une des artistes actuelles les plus pertinentes, son travail incluant en lui-même un ensemble de gestes politiques à la fois critiques et créateurs.
L‘émergence du gilet jaune dans l’espace de Facebook remonte à une époque où nous demandions à rejoindre des groupes qui n’étaient pas encore des pages. Parmi les plus populaires de l’année 2008, deux d’entre-eux remportaient de forts suffrages : le premier se moquait des « beaufs » qui dans l’avion applaudissent à l’atterrissage (« pour l’interdiction d’applaudir à l’atterrissage« , 1166 membres). L’autre, réagissait « contre les cons qui foutent leur gilet jaune fluo sur le siège auto” (1600 membres) ou « contre les cons avec leur gilet jaune en évidence sur leur siège de voiture » (541 membres).