Avec son deuxième livre Crache le soleil, Camille Goudeau offre à la génération Y son roman d’apprentissage. Éléonore Poussière a 30 ans, débarque définitivement à Paris depuis Meaux, fuyant son « Chéri », lourdeau violent maltraitant et occupe un emploi d’hôtesse au Ministère du Travail de l’Emploi de la Formation professionnelle et du Dialogue social. Poste d’observation idéal du grand corps invisible de l’État, ce travail lui convient car elle y aiguise en secret, malgré elle, une fulgurante lucidité.

Nous apprenons, avec une immense tristesse, la mort de Stéphane Bouquet. Poète, scénariste, critique, l’« ancien jeune homme » écrivait dans Tout se tient (P.O.L, 2025, lire ici la critique de Christian Rosset) se rapprocher « mais à distance des probabilités de la mort ». En hommage, nous republions l’article que Jean-Claude Pinson avait consacré à l’un de ses précédents recueils, Neige écran.

Alors que deux des principaux poètes ayant activement participé au Collectif Change, ce rassemblement d’écrivains en rupture avec Tel Quel et Sollers qui s’est formé aux alentours de mai 68, et qui aura marqué la vie littéraire et intellectuelle jusqu’à la fin des années 1970, avant d’éclater à son tour –  Jacques Roubaud et Paul Louis Rossi – nous ont quittés ces derniers mois, il nous importe plus que jamais de célébrer un vivant : Jean-Pierre Faye, âme de ce Collectif du premier au dernier jour : un des derniers rescapés de l’aventure, avec Philippe Boyer (94 ans cette année) qui a depuis longtemps tourné la page, et Didier Pemerle (82 ans) qui a publié récemment Débandades chez Flatland.

En hommage à Florence Delay, romancière, académicienne, universitaire décédée ce mardi 1er juillet 2025, Diacritik republie deux articles consacrés à l’autrice et son livre Il n’y a pas de cheval sur le chemin de Damas (Le Seuil, coll. La Librairie du XXIè siècle) : la rencontre entre Florence Delay, Denis Podalydès et Martin Rueff lors de la soirée Coïncidences du 27 juin 2022 à La Maison de l’Amérique Latine et la recension de Jean-Pierre Ferrini, Conversion brève : Florence Delay (Il n’y a pas de cheval sur le chemin de Damas).

Et virgule (2025) est le troisième volet d’une « trilogie » après Théorèmes de la nature (2017) et Descriptions (2021). Et, et… La conjonction coordonne ces trois livres qui n’en forment qu’un seul, un peu comme les cinq « chapitres », ou les cinq bords du « chapeau » qui agençaient Les jungles plates (2010). « Et virgule »… La virgule, elle, indiquerait une suite, une autre suite, ou que l’objet poétique que nous tenons dans les mains, que nous croyons tenir entre nos mains, n’a pas de fin, qu’il est infini, inachevable : 141 poèmes pour Et virgule, comme Théorèmes de la nature, et 143 pour Descriptions. Plus de quatre cents poèmes donc, 425 exactement, tous en prose, d’inégale longueur (parfois juste une phrase, une phrase-vers), et qui n’excèdent jamais une page.

Le sous-titre du livre de Vincent Debaene énonce l’objet de l’étude : les rapports entre Anthropologie, littérature, discours, et le statut d’indigène – statut évidemment pris dans la situation du colonialisme. Le livre analyse ces relations dans le contexte du colonialisme français, en particulier dans certains pays d’Afrique. La réflexion sur ces rapports interroge la façon dont chacun des termes est, dans ce contexte, lié aux autres, est aussi construit par son rapport aux autres.

En 2019, Baptiste Lanaspeze racontait à Diacritik l’origine et les lignes fortes de sa maison d’édition. Il y exprimait l’urgence de changer de grands récits-cadre. Six ans plus tard, toujours plus solidement ancré dans la ville « marron » de Marseille, entouré d’une équipe engagée, l’éditeur répond aux questions de Nathalie Ong, Yann Crespel, Valentin Printant, et s’entretient avec eux de cette « société écologique » dont chacune des parutions des éditions Wildproject enrichit le manifeste.

« Éleveur de chèvres », c’est l’expression qu’emploie Violaine Bérot pour parler de ce métier qu’elle a exercé pendant douze ans et qu’elle a été contrainte d’arrêter. Pour se « consoler », elle a choisi de reprendre son autre métier, écrivain. Parmi ses œuvres, Pastorales occupe une place à part.  Née d’une rencontre avec Florence Debove, autrice et bergère et Jean–Christophe Cavallin, auteur et chercheur, Pastorales est un recueil de chants qui donne à voir la vie quotidienne en montagne avec chèvres et brebis. À la vie, à la mort ! Entretien.

En ces temps de remontées de relents nauséabonds qu’on croyait appartenir à l’Histoire, il est apparu nécessaire de se pencher sur lesdits relents, et de voir jusqu’où ils imitaient le passé, dans son fond comme dans sa forme. Quel rapport entre notre époque et celle de l’Allemagne nazie ? Entre la rhétorique de Hitler et celle de l’extrême-droite d’aujourd’hui ? Être capable d’identifier ces processus rhétoriques, ces mises en scène, ces manière d’opérer, c’est pouvoir retracer ces liens, cette reproduction de schémas extrêmement dangereux, et donc de commencer à les dénoncer, à les combattre.

Est-ce un jeu tragique, une mise en abyme, une tentative de saisir le monde d’aujourd’hui ? Dans son roman Trash Vortex, Mathieu Larnaudie dresse le portrait d’une société obsédée par sa propre fin, en s’emparant du motif des gyres de déchets, notamment plastiques, qu’on retrouve dans l’océan. À travers quelques figures, souvent choisies parmi les élites politiques et économiques (la riche héritière, le directeur de cabinet, le réalisateur à succès…), le roman offre une analyse sociologique, psychologique et poétique de personnages de notre époque, qui pourraient sortir des limbes pour relancer une autre forme d’Histoire. À l’équilibre entre aventure et métaphore, Trash Vortex est aussi une invitation à être pleinement présent au monde, comme l’a souligné Mathieu Larnaudie dans le grand entretien qu’il nous a accordé.

Le nouvel album Sparks a pour titre Mad ! Et celui de Neil Young and The Chrome Hearts, Talkin to the Trees (qui m’évoque ce film étrange, minimaliste, Speaking for Trees avec Cat Power). Ils passent sur la platine de l’atelier entre deux très longues plages de Morton Feldman ou de Franz Schubert, ainsi que tout ce qui ne contrarie pas le travail d’écriture.

Depuis une trentaine d’années, Belinda Cannone sonde le désir dans des essais et des romans. Paraît aujourd’hui Comment écrivent les écrivains, un texte polyphonique où se mêlent les voix de quinze écrivains, parmi lesquels Nathalie Azoulai, Jean-Pierre Siméon, Miguel Bonnefoy, Cécile Guilbert, Marie Ndiaye, François-Henri Désérable…