Le retour à la terre de Ferri et Larcenet : Manu et son double

Ça sent l’humus et la campagne, la tourbe et les arbres, ça fleure la création, l’envie, ça respire l’humour et l’autodérision. Larssinet revient le 29 mars prochain avec Les Métamorphoses, tome 6 du Retour à la terre de Manu Larcenet et Jean-Yves Ferri.  

Dix ans. Il aura fallu attendre dix ans pour que Manu Larcenet et Jean-Yves Ferri retrouvent le chemin qui mène aux Ravenelles après des détours par Plast (en Larssinet dans le texte) pour l’un et Astérix pour l’autre. Le 29 mars prochain, on repart donc à la campagne avec Manu, Mariette, la Mortemont, Loupiot, Monsieur Henri, l’ermite, Philippe de chez Dargaud… 

Quel bonheur de se replonger dans l’auto-biofiction signée des deux compères qui, depuis La vraie vie (Dargaud, 2005), raconte les affres du citadin Manu, auteur de BD, névrosé notoire parti s’installer avec dame et bagages (cartons serait plus juste) à la cambrousse. A son grand dam parfois. Souvent. Mais le bonheur est dans l’après : une fois les repères urbains perdus, remplacés par d’autres points d’orgue, la vie s’écoule presque tranquillement au rythme des saisons et du chant des oiseaux, des chuchotis des Atlantes et des affres récurrentes du Manu de papier. 

Presque une thérapie et indéniablement une « re-création », Le Retour est un miroir à peine déformant, contrepoint aussi drôle et sensible que Le Combat ordinaire. Le Retour à la terre est un pur moment de drôlerie poétique, où l’absurde le dispute au mélancolique, où la mise en abyme n’est pas qu’un prétexte aux facéties d’un duo qui se complète. Œuvre à quatre mains et deux esprits, Les Métamorphoses commence là où finissait Les révolutions (Dargaud, 2008) et tout ce petit monde a bien grandi (Pupuce, les chatons), s’est arrondi (le ventre de Mariette). A l’exception peut-être de Manu, grand nerveux devant l’éternel qui continue de se réfugier dans les cartons jamais défaits ou dans ses rêves de réponses existentielles.

Ferri et Larcenet manient la dérision comme personne(s) et Les Métamorphoses sont une fois encore la démonstration des talents élevés au carré du scénariste d’Astérix, créateur du mythique De Gaulle à la plage ; et de l’auteur de Blast, du Combat ou du Rapport de Brodeck.

Les Métamorphoses convoque tous les héros du Retour originel pour reformer l’univers onirique et décalé que les fans de la première heure connaissent par cœur. Tout en suggestions, en clins d’œil, en observations, en références, l’album de Ferri et Larcenet assume sa part de private jokes qui loin de tenir le lecteur à distance en font un témoin privilégié de la vraie-fausse biographie romancée de Larssinet et consorts. Tout en gimmicks, en running-gags, mais avec une vraie ligne (de vie), qui donne toute sa structure à la suite de strips qui composent ces 48 pages jubilatoires, Les Métamorphoses porte mal son titre puisque pour notre plus grand bonheur, rien n’a changé ou presque.

Parce qu’une fois encore, c’est hilarant de bout en bout, avec ces punchlines qui sonnent toujours juste, entre burlesque, fantastique, chronique du temps qui passe et des questions qui restent, il ne faut pas passer à côté de ce retour du retour (à la terre). 

Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet, Le Retour à la terre, Tome 6, Les Métamorphoses, 48 pages couleur, Dargaud, 12 €

Parution le 29 mars 2019.